jeudi 23 juin 2022

HOMÉLIE 13ème Dimanche Ordinaire C. "Laisse les morts enterrer leurs morts" Lc 9,51-62 - 26 Juin 2022

 

HOMÉLIE  13ème Dimanche Ordinaire C. Lc 9,51-62

26 Juin 2022

 

    L’évangile de  ce 13° dimanche peut paraître un peu déconcertant pour célébrer les ordinations de prêtres et de diacre. Voyons de plus près.

    Jésus  monte résolument à Jérusalem avec ses disciples : il est même écrit qu’Il "durcit sa face". C’est dire sa détermination. Ses jours sont comptés. Les samaritains, en rivalité avec les juifs de Jérusalem, leur refusent l’hospitalité. Les disciples, Jacques et Jean, en appellent à une terrible sanction inspirée par un épisode de la vie du prophète Élie (2 R 1,9) qui justifie le surnom que Jésus leur avait donné : "fils du tonnerre" [boanhrgeV] (Mc 3,17). Jésus les réprimande vivement.

    Alors se déroule une rencontre sympathique avec un homme déterminé à suivre Jésus : réponse de Jésus, qui a de quoi le refroidir sur les conditions de vie concrète : « Il n’a pas où reposer la tête »

    Suit un appel que Jésus adresse à un autre homme : mais devant sa demande légitime et filiale d’aller enterrer son père, la réponse de Jésus est cinglante; “Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le Règne de Dieu”.

    Enfin, le dernier homme qui veut le suivre, bien disposé, mais attaché aux siens, se voit appelé à une autre  disposition nécessaire : « Ne pas regarder en arrière ! »

    De quoi décourager des vocations !

    Pourquoi ce comportement si exigeant de Jésus ?

Il annonce le Royaume de Dieu qui est proche et ce Royaume fait entrer dans une vie nouvelle. Certes elle ne va pas sans lutte et c’est pourquoi, c’est un combat à mort qu’Il va livrer à Jérusalem d’où surgira la vie nouvelle de la Résurrection. C’est une tellement bonne nouvelle que plus rien d’autre ne l’emporte désormais, pas même le bien précieux qu’est l’amour d’un fils pour son père. « Laisse les morts enterrer leurs morts » devient alors une façon d’exprimer cette conviction : il n’est plus temps de s’occuper des morts puisque Dieu vient offrir une Vie Nouvelle. Il y a urgence absolue à mettre ses forces pour qu’advienne le Règne de Dieu. Les propos de Jésus n’ont pas pour but d’empêcher le disciple d’aller enterrer son père, mais de lui annoncer, par une image forte, que le Règne de Dieu vient balayer la mort. Être son disciple, c’est croire en cette Vie Nouvelle et ne pas se laisser enfermer par la mort.

    Mais Jésus également donne un double sens au mot « les morts ». Le mot désigne d’abord ceux qui sont morts physiquement. Mais il désigne aussi ceux qui sont morts spirituellement, ceux qui n’ont pas voulu se laisser conduire par l’Esprit Saint, écrit St Paul dans la 2ème lecture. Suivre Jésus qui est la Vie, c’est appartenir à la vie véritable et renoncer à s’attacher aux choses périssables. « Pour toi, semble dire Jésus à cet homme qu’il a appelé, va-t’en annoncer le Règne de Dieu » Va-t’en dispenser la Vie.

    Les deux autres conditions pour suivre Jésus (ne pas avoir d’endroit où reposer sa tête…Faire ses adieux aux gens de sa maison…)  vont dans le sens de cette annonce du Règne de Dieu et des ruptures nécessaires avec le passé, les ancêtres, les coutumes, le confort bien naturel d’une vie même simple.

    Cependant, la vie chrétienne n’est pas à côté de la vie. Jésus nous laisse redéfinir notre relation à nos parents, à notre passé, à tout ce qui fait notre vie. Seulement ce nouveau réseau de relations ne sera plus déterminé par des comportements inconscients et stéréotypés, des hérédités contraignantes ou des nécessités sociales, mais deviendra l’expression de notre liberté, de notre affection pour Jésus et de notre responsabilité, animées par la présence de Dieu Lui-même. Être disciple de Jésus, c’est finalement aimer autrement mieux, en particulier sa famille.

    Très sincèrement, avec le recul, je peux témoigner que l’appel du Seigneur auquel j’ai répondu il y a plus de 60 ans m’a permis d’apprendre à aimer de mon mieux les personnes qui m’ont été confiées sans perdre l’affection de ma famille qui m’a compris et soutenu tout du long.  En ces jours où plusieurs jeunes seront ordonnés prêtres au service de leurs frères, remercions le Seigneur de les avoir appelés et prions pour eux qui ont répondu à cet appel : que d’autres jeunes ne craignent pas de se mettre en route : eux et leurs familles ne seront pas déçus: ils en seront même profondément heureux !     

 AMEN !

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