jeudi 31 août 2017

HOMELIE 22ème Dimanche Ordinaire, A "Si quelqu’un veut marcher à ma suite…" Mt 16,21-27 03 Septembre 2017



HOMELIE 22ème  Dimanche Ordinaire, A Mt 16,21-27
03 Septembre  2017

"Si quelqu’un veut marcher à ma suite…"

Dimanche dernier, Jésus avait loué Pierre inspiré par Dieu et l’avait choisi comme le roc pour bâtir son Eglise ; aujourd’hui Il le traite de “Satan” ! 
 Satan, en hébreu, signifie : “ennemi, adversaire” – “Diabolos” en grec : celui qui se jette (ballos- ballon) en travers (dia-positive). 
“Tu es un obstacle”, un “skandalôn”, qui fait trébucher
         Passe derrière moi”, autrement dit : c’est moi le Maître, je suis devant ; tu es mon disciple, tu es derrière ; tu as à me suivre.
          Pierre, comme les disciples, comme nous-mêmes, spontanément voudrait que Jésus manifeste immédiatement qu’Il est Fils de Dieu et donc, qu’Il a tous les pouvoirs dus à sa nature divine. Jésus, par trois fois, n’a-t-Il pas été tenté de la même manière ? A cause de ces faux désirs de gloire, de prodiges, de facilités qui trahiraient sa mission, Jésus rejette cette manière de voir et accuse Pierre d’être un “satan” ! “Tes pensées ne sont pas celles de Dieu…” faisant écho aux paroles du prophète Isaïe : Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit Yahvé. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées.” Is 55,8-9.

           Jésus annonce alors un tout autre chemin, beaucoup moins grandiose et spacieux, un sentier étroit, un chemin de croix, fait de souffrance et qui conduit à la mort, mais aussi à la vie définitive, la résurrection. Cette image du Messie est étrangère aux apôtres et pourtant conforme à celle de Jérémie et du Serviteur souffrant qu’annonçait Isaïe.
La proposition de Jésus tient toujours et rebute tout autant : renoncer à sa “vie” (psyché). Toute la mentalité moderne, qui nous entoure et qui imprègne nos propres réactions, nous parle d’épanouissement, de plaisir, de liberté, de créativité, de jouissance : « Je veux vivre ma vie ! ». Jésus propose aussi une autre manière de vivre sa vie, qui comporte également épanouissement, plaisir, liberté, créativité et répond bien à nos désirs de fraternité, de justice, d’amour. Mais, pour vivre cela, il faut suivre Jésus et apprendre comme Lui à se déposséder de soi-même pour servir et réaliser la vraie fraternité, la vraie justice, le véritable amour qui ne trompent pas.
                   Il ne s’agit en aucun cas d’être masochiste, mais de ne pas se prendre pour le centre de l’univers et vouloir conquérir le monde. Ecoutons encore l’extrait de la lettre de Paul aux Romains de ce Dimanche.
                   Il exhorte “par le tendresse de Dieu”, un Dieu qui nous aime et sait ce qui est bon pour nous…
         “à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint”… Sacrifice : “sacrum facere” autrement dit, à faire du sacré dans notre vie et de notre vie. Comment cela ? “En ne prenant pas pour modèle le monde présent, mais en nous transformant en renouvelant notre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu” (Paul a certainement écouté Isaïe !) “Ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait”. Voilà qui n’est pas morose et il y a de quoi faire : on ne va pas s’ennuyer !

         Comment, aujourd’hui ne pas demander à Jésus d’être avec nous pour le suivre ? Comment ne pas venir puiser au contact de sa Parole, de sa manière de faire, de regarder, d’être attentifs aux petits ; comment, à son contact dans la présence eucharistique, ne pas acquérir les forces nécessaires pour découvrir et faire sa volonté, celle qui nous conduira à la vraie vie ?

AMEN !

jeudi 24 août 2017

HOMELIE 21ème Dimanche Ordinaire A “Ce n’est pas la chair et le sang… »– Mt 16,13-20 27 Août 2017.



HOMELIE 21ème  Dimanche Ordinaire, Année A – Mt 16,13-20
27 Août  2017.

“Ce n’est pas la chair et le sang… »

Impensable que Pierre ait pu proclamer de lui-même : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu Vivant !”. Impensable, parce que l’espérance juive attendait un roi envoyé par Dieu à la fin des temps pour libérer son peuple des occupants romains et lui permettre de vivre l’Alliance, libre sur sa Terre. Ce n’est pas indifférent que la scène se passe en territoire païen à Césarée de Philippe, au pied du Mt Hermon : pourquoi ? Pour qu’il soit bien compris que Dieu n’est plus lié à une Terre mais à tout l’univers et à tous ceux qui voudront bâtir, en suivant son Fils, son “Ekklésia” [une assemblée] contre laquelle les forces de la mort ne pourront rien.
Impensable pour un juif comme pour tout croyant qui a découvert Dieu comme entièrement différent des hommes, le “Tout Autre”,  comme le présente St Paul dans la 2ème lecture de ce dimanche : « Ses décisions sont insondables, ses chemins impénétrables ! » (Rm 11,34), que ce Dieu-là puisse se faire homme ! C’est précisément sur cet impensable-là que vient se greffer la foi chrétienne. Il y eut dans l’Histoire Sainte bien d’autres “impensables” : la promesse d’avoir un fils pour le vieux couple d’Abraham ; tout aussi impensable que lui demander de l’immoler une fois que le fils est là. Impensable pour Moïse et son peuple de traverser la Mer Rouge à pied sec. Impensable que Dieu donne la victoire au jeune David devant le géant guerrier Goliath…et je pourrai continuer la liste. Le vrai croyant, comme Marie, accueille la parole qui annonce ou demande parfois de croire l’impensable. Il l'accueille parce que, plus puissant que l’impensable, il a la force de faire confiance à Celui pour  qui tout est possible. “Car rien n’est impossible à Dieu”  dit l’ange à Marie à l’annonciation. (Lc 1, 37).
Comment ne pas partager l’admiration de Paul pour Dieu : “Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! ” (Rm 11,13 - 2ème Lecture de ce dimanche)
          Mais continuons dans la série des impensables. N’est-il pas tout à fait impensable que Dieu confie à un homme autant de pouvoirs ? En effet, dans la Bible, le pouvoir des clefs symbolise, chez celui qui le possède, l’autorité et la domination du roi. Dans la première lecture de ce jour, Dieu met sur l’épaule d’Héliakim [signifiant : “Dieu a suscité”] la clef de la maison de David. La formule ouvrir/fermer [comme lier/délier] exprime la plénitude du pouvoir. Et Jésus remettrait à un homme fragile ce pouvoir des clefs ? Impensable ? Écoutons ce que Benoît XVI écrivait en 1998, avant de devenir successeur de Pierre.
         « Dans l’histoire de la papauté, les erreurs humaines et les manquements, même graves, n’ont pas manqués ; Pierre lui-même a reconnu qu’il était pécheur. Pierre, homme faible, fut choisi comme Roc, précisément pour qu’il fut évident que la victoire n’appartient qu’au Christ et n’est pas la conséquence des forces humaines »
         Et lorsque Benoît XVI accepta sa charge, il déclara aussitôt dans sa première homélie du 20 avril : “Si le poids des responsabilités qui sont placées sur mes pauvres épaules est énorme, la puissance divine sur laquelle je puis compter est certainement sans mesure”
                   Nous allons bien sûr prier tout particulièrement pour son successeur, le pape François, afin que son ministère sur terre soit en communion avec le ciel.

         Enfin, un peu plus loin dans cet Évangile de Matthieu, chapitre 18 verset 18, Jésus promet cette autorité à l’ensemble des disciples. N’y aurait-il pas, dans les intentions de Jésus, de ne pas faire reposer toute la responsabilité de la vie de l’Église sur les épaules d’un seul homme, fut-il admirable comme nous les avons connus ces derniers temps ?
                   Nous avons donc chacun notre part de responsabilité pour faire vivre et grandir l’Église : là encore, n’est-ce pas impensable de la part de Dieu ?
         Mais y a-t-il quelque chose qui soit impossible quand il s’agit de le faire avec Lui ?

AMEN !

vendredi 18 août 2017

HOMELIE 20ème Dimanche Ordinaire, A Mt 15,21-28 20 Août 2017



HOMELIE 20ème  Dimanche Ordinaire, A Mt 15,21-28

20 Août 2017

“O femme, grande est ta foi ! »

Choquants que le silence de Jésus puis sa rudesse envers cette Cananéenne qui, dans sa supplication, fait même une belle profession de foi, elle la païenne : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » Car enfin, cette pauvre femme n’a pas choisi d’avoir une fille tourmentée par un démon ni d’être cananéenne et non juive. Jésus semble limité dans sa compassion habituelle par sa propre tradition et se justifie d’une certaine manière auprès des disciples en répondant "qu’Il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël", et en cela, Il accomplit bien la prophétie d’Ezéchiel : “Oui, je le déclare, moi, le Seigneur Dieu :…La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai ; celle qui est blessée, je la soignerai : celle qui est faible, je lui rendrai ses forces” (Ez 34,16).
La femme souffre de la souffrance de sa fille et elle insiste, elle ne se décourage pas. Au refus méprisant de Jésus à sa deuxième demande, elle répond par une remarque de bon sens puisée dans la réalité courante : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Elle ne pense qu’à sa fille, tourmentée par un démon et passe au-dessus de cette attitude qui peut lui paraître humiliante. Par sa confiance en Jésus qu’elle considère comme un envoyé de Dieu, elle reconnaît l’Alliance de Dieu avec le peuple juif, mais elle affirme également l’universalité de l’Amour de ce Dieu qui guérit et qui sauve tout homme.
        
Isaïe l’exprimait bien ainsi dans la  première lecture qui nous a été proposée aujourd’hui : « Mon salut approche, il vient…et il vient pour tous et en particulier pour tous les étrangers qui s’attachent au service du Seigneur pour l’amour de son nom (c’est à dire, par amour pour Lui). Et Je les rendrai heureux dans ma maison de prière…maison de prière pour tous les peuples… (Oracle que Jésus reprendra pour justifier sa colère contre les marchands qui se sont installés sur le parvis du Temple réservé à la prière des non-Juifs. Mt 21,13.)

Jésus admire la foi de cette femme et la rejoint dans sa douleur : “O femme ! Grande (mègalè !) est ta foi ; que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Et à l’heure même, sa fille fut guérie.” Jésus se montre bien ainsi le pasteur qui guérit toute brebis, fut-elle extérieure à son peuple.

Quant au peuple juif vers lequel Jésus a été envoyé, Paul nous en parle dans la deuxième lecture de ce dimanche (Rm11, 13-15.29-32) et fait état de ce mystère qui reste toujours d’actualité aujourd’hui encore. Pourquoi ce peuple qui avait été choisi par Dieu Lui-même et qui avait été comblé de dons, de promesses, n’a pas reconnu en Jésus son pasteur ?  Les dons de Dieu restant irrévocables, Paul en conclut que les païens ont alors profité de la miséricorde de Dieu afin que le peuple juif obtienne aussi cette miséricorde.
Nous devons nous souvenir de ce passage d’évangile où c’est l’amour de cette païenne de Cananéenne envers sa fille et la foi qu’elle exprime avec tant de force envers Jésus, qui sauve sa fille. Elle nous invite à regarder toute personne avec considération et bienveillance en n’excluant personne et ainsi à contribuer à l’œuvre d’unité que patiemment l’Esprit-Saint, l’Esprit de Pentecôte, a fait souffler sur l’humanité sauvée de ses divisions et de ses guerres par Jésus Lui-même.

Notre Eglise est appelée à témoigner que le salut de Dieu s’adresse à tous les êtres humains. Tous sont invités à vivre en fils et filles du même Père et à devenir peuple de l’Alliance.

En cette Eucharistie dominicale, rejoignons le Seigneur de tous qui nous appelle autour de Lui pour nous donner cette force de communion.
         AMEN !

dimanche 13 août 2017

HOMELIE FÊTE DE L'ASSOMPTION de MARIE, A - Lc 1, 39-56 15 Août 2017



HOMELIE ASSOMPTION de la Vierge MARIE, Année A -  Lc 1, 39-56
15 Août 2017

La fête de l’ASSOMPTION  est une des fêtes les plus anciennes célébrée dès le IV° siècle à Antioche de Syrie et au V° siècle en Palestine où elle est appelée DORMITION, car les premiers chrétiens représentaient Marie "s’endormant dans la mort", expression bien biblique, entourée des Apôtres. De fait, Marie est la première créature humaine dont les chrétiens ont affirmé "qu’elle était montée au ciel sans connaître la corruption.
Cela peut nous étonner, mais c’est bien dans la cohérence de la foi chrétienne. En effet, de même que Jésus est monté aux cieux dans la gloire de Dieu, de même sa mère “Marie a été élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel” selon l’expression de Pie XII définissant la foi catholique relative à l’Assomption de la Vierge Marie le 1er novembre 1950.
                  Mais elle n’est pas la seule à être enlevée ainsi au ciel : la Bible  nous présente quelques grands personnages tel qu’Hénoch, le patriarche, enlevé lui aussi, car « il suivait les voix de Dieu » Gn 5,23. De même, Elie le prophète, qui monta au ciel dans la tempête sur un char de feu : 2 Roi 2, 11 ; peut-être Moïse, qui mourut face à la Terre Promise et dont on ne retrouva jamais la tombe : Dt 34, 6.
                  De tous les grands personnages contemporains de Marie, que reste-t-il ? Des Pilate, Hérode, Caïphe et même des empereurs romains Auguste, Tibère et Claude … ? Tel n’est pas le cas de Marie car bien des habitants de tous les continents la connaissent, se mettent sous sa protection, l’invoquent et la prient, même chez les musulmans où “ Sitti Myriam” tient une grande place dans la dévotion populaire.
         Cependant et malheureusement, Il y a eu et il y a encore des déviations concernant le culte marial : on confond “adorer” Dieu et “vénérer” Marie. Et au Brésil, par exemple, bien des fidèles ont abandonné l’Eglise catholique pour rejoindre les groupes évangéliques dénonçant une “mariolâtrie” chez les catholiques dans le culte de Marie et des saints.
         Mais il y a aussi des avancées, notamment dans le mouvement œcuménique européen. On entend dire que la différence entre protestants et catholiques, c’est la Vierge Marie : les premiers la rejettent, les seconds la vénèrent. Il n’y a rien de plus réducteur et faux que cela. Les protestants, qui sont très fidèles à ce que dit la Sainte Ecriture, reconnaissent Marie et son extrême disponibilité à Dieu. N’est-elle pas  la croyante qui reçoit cette béatitude de la part d’Elisabeth comme nous le rappelait l’évangile de ce jour ? « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Ainsi, des théologiens protestants et catholiques d’Europe (Groupe des Dombes) proclament ensemble qu’il “faut donner à Marie toute sa place mais rien que sa place”.
         De plus, un accord anglican-catholique a abouti entre théologiens des deux Eglises, en attendant d’être ratifié par les hiérarchies respectives. Voici la déclaration : “ Etant donné la compréhension à laquelle nous sommes parvenus sur la place de Marie dans le mystère de l’espérance et de la grâce, nous pouvons affirmer ensemble que l’enseignement disant que Dieu a pris la bienheureuse Vierge Marie en la plénitude de sa personne, dans la gloire, est en consonance avec l’Ecriture” Nous ne sommes vraiment pas loin du dogme de l’Assomption !

         Si Jésus a été le “Oui” de Dieu, Marie a été le “Oui” à Dieu.
         Que la contemplation du mystère de Marie, Mère de Dieu, élevée dans la gloire auprès de Lui, plutôt que nous diviser, nous fasse avancer vers l’unité, apprenant à être ensemble humbles comme la servante du Seigneur et lui demandant sa protection maternelle.
AMEN !