mercredi 22 septembre 2021

HOMELIE 26ème Dimanche du Temps Ordinaire B. “ Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la… ” - Mc 9, 38-43.45.47-48 - 26 Septembre 2021

 

HOMELIE 26ème Dimanche du Temps Ordinaire B.

26 Septembre 2021 – Mc 9, 38-43.45.47-48

 

Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la… ”

 

Vraiment très dure cette parole de Jésus et les suivantes ! Bien évidemment, en aucun cas et pour aucune raison, Jésus nous demande de nous mutiler. Alors, comment comprendre ces paroles ? L’Orient utilise volontiers un langage imagé : en hébreu, le mot “plage” se dit : “Les lèvres de la mer”. En français aussi, nous avons bien des expressions que nous ne prenons pas heureusement au pied de la lettre : rien qu’avec le mot “porte” vous pouvez vous amuser à relever toutes les expressions imagées  qui le contient : “Prendre la porte” “Fermer sa porte à quelqu’un” “Toutes les portes lui sont ouvertes” “Frapper à la bonne porte” “Entrer par la grande ou la petite porte” “Mettre la clé sous la porte” … 

La main désigne ce que l’on fait : tu risques de faire du mal, ne le fais pas ! Renonce radicalement à ce qui risque de te faire faire le mal. L’œil désigne ce que l’on regarde : tu risques de regarder des choses mauvaises, malsaines : bagarres, violence, pornographie… dont les images pollueront ton regard sur les personnes : alors coupe ta vue, détourne-toi, éteins ton ordinateur, ton poste…! Le pied désigne la marche qui nous conduit quelque part ou dans un groupe: en ce lieu ou dans ce groupe, tu risques de faire le mal, alors n’y va pas !

Jésus nous parle un peu comme un chirurgien qui sait très bien qu’il faut extirper d’un organe la tumeur qui le ronge. Alors, il nous aide à avoir le courage de le faire… avec Lui : c’est vraiment le bon médecin. Car le mal, au départ, a toujours quelque chose d'attrayant, qui nous fascine et contre lequel il est très difficile de résister. C'est un peu comme une planche savonneuse. 

         Mais revenons à la première lecture de ce Dimanche : Livre des Nombres ch.11, versets 25-29. Eldad (“Dieu a aimé”) et  Medad (“amour”) prophétisent dans le camp des hébreux, alors qu’ils auraient du se rendre avec les autres prophètes à la Tente de la Rencontre auprès de Moïse. Josué lui demande de les arrêter : et pourtant, ils comptaient bien parmi les 70 anciens qui avaient été choisis !

Que nous raconte le début de l’Évangile de ce jour ? Jean, l’un des Douze, rapporte à Jésus qu’il a voulu empêcher quelqu’un de chasser les esprits mauvais au nom de Jésus, parce qu’il ne faisait pas partie de leur groupe.

Deux situations très voisines à quelques 1200 ans près.

Que lui répond Jésus : « Qui n’est pas contre nous est pour nous »

Et aujourd’hui ?

 Comme il est difficile de reconnaître que ceux qui ne pensent pas comme nous, qui ne font pas comme nous, qui ne participent pas aux mêmes activités que nous, et qui pourtant se réclament de Jésus Christ, puissent être cependant très proches et aller dans le même sens que nous ! Nous risquons de juger vite, de classer vite ceux qui ne sont pas du même bord, du même milieu, ceux qui ne sont pas de la même sensibilité liturgique ou plus encore de la même Église que nous. Et pourtant, beaucoup de ceux-là cherchent à mener une vie conforme à l’Évangile et à la fidélité au Christ, principalement dans le service de leurs proches qui en ont besoin.

“Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes !” répond Moïse à Josué.

 

Que l’Esprit de Pentecôte reçu au Baptême, conforté à la Confirmation, prié tous les jours, nous rende attentifs, accueillants et bienveillants à tous ceux qui, proches ou lointains, se conduisent selon l’Évangile de Jésus Christ.

“Il y en a qui paraissent en dehors du bercail et qui sont au-dedans, disait St Augustin, et d’autres qui paraissent dedans et qui sont dehors  

AMEN !

mercredi 15 septembre 2021

HOMELIE 25ème Dimanche ordinaire B. "Accueillir Dieu comme un enfant" - Mc 9,30-37 19 Septembre 2021.

 

HOMELIE 25ème Dimanche ordinaire B. Mc 9,30-37

19 Septembre 2021. 

         Jésus annonce une deuxième fois aux Apôtres sa Passion, sa mort et sa Résurrection, mais il n’a pas plus de succès que nous le faisait savoir l’Évangile de Dimanche dernier. C’est l’incompréhension la plus totale. Cette fois-ci, même Pierre n’ose plus rien dire. De nouveau,  pour se désigner lui-même, Jésus emploie le mystérieux titre de « Fils de l’homme ». C’est probablement une citation du prophète Daniel qui annonçait un « Fils d’homme » venant dans les nuées du ciel (Dn 7, 13). S’appuyant sur cette prophétie, les Juifs de l’époque de Jésus attendaient un Messie triomphant, venant établir sur terre le Royaume de Dieu. Les disciples de Jésus sont dans cette optique-là. Ils rêvent de grandeur et de premières places dans le Royaume à venir. Jésus les invite alors à exprimer le sujet de leurs échanges en chemin. Pris comme des gamins en faute, ils se taisent « car ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand »

         Jésus fait alors un geste parlant. Prenant un petit enfant de 3/4 ans : Il le place au centre du groupe des disciples grâce auxquels Il fondera Son Église. Il le prend dans ses bras comme on serre contre soi ce qu’on a de plus cher, et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom un petit enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille… » Ce geste a du étonner, et en tout premier lieu les Apôtres, tant à son époque, l’enfant ne comptait pour rien : il n’avait pas son mot à dire. (D’ailleurs notre mot « enfant » vient du latin « infans » signifiant “qui ne parle pas” traduisez : “qui n’a pas droit à la parole”!).

         Jésus ne choisit pas un enfant pour sa grâce, son sourire ou son innocence, mais pour sa vulnérabilité, sa faiblesse, sa dépendance totale aux autres. L’enfant est celui que l’on repousse souvent comme turbulent, imprévisible et fatiguant, dont on est parfois tenté de se débarrasser. C’est ce pauvre-là que Jésus montre aux disciples comme son préféré. Mais plus encore : il le présente comme un modèle pour nous ou au moins une référence : de quelle façon ?

D’abord, un petit enfant, naturellement, est capable de tout recevoir comme un don (sans en être toujours bien conscient) ; il n’a  donc pas de droits à faire valoir ou à défendre. Il se situe au niveau de l’amour spontané et non au niveau du droit. Il sait qu’il ne sait pas tout et il questionne parce que pour lui, beaucoup de choses sont nouvelles. Sommes-nous encore étonnés, voire émerveillés ? Avons-nous soif de connaître, de chercher à comprendre, de questionner, même la Parole de Dieu ?

Un enfant sait qu’il ne peut pas tout : alors après avoir essayé, il demande de l’aide en toute confiance, sûr d’être entendu. Savons-nous demander en osant comme un enfant ? Savons-nous prier, non pas d’une prière mauvaise comme le fait remarquer St Jacques dans la deuxième lecture de ce jour (Jc 4,3) « parce que nous demanderions “plus” pour satisfaire nos instincts » mais parce que nous pensons que c’est nécessaire et que le Père des cieux, qui veille sur nous à tout instant, nous exaucera encore mieux que ce que nous Lui aurons demandé.

Un enfant fait confiance et croit ce qu’on lui dit, ce qu’on lui montre. Faisons-nous confiance à ceux qui ont reçu mission de nous éclairer, de nous éduquer, de nous guider ? La Parole de Dieu, l’ 

Église, ses serviteurs et ministres et même un proche, un ami ? Bien sûr, en gardant un esprit de discernement et de questionnement absolument nécessaire et responsable, mais aussi en rejetant toute forme de soupçon qui altère ou détruit la confiance. Nous en avons bien besoin en ce moment !

         Et si comme Jésus, nous mettions l’enfant au cœur  de notre Communauté ? Pas simplement parce que l’éducation nationale prend de nouvelles mesures pour qu’il y ait le même niveau culturel dans notre pays entre tous les citoyens quelques soient leurs origines, mais parce que c’est l’avenir du monde et de l’Église. Ne faut-il pas en prendre un soin tout particulier ? Se mettre à leur service, n’est-ce pas essentiel ?   Mais ce service est aussi un merveilleux chemin de transformation pour nous-mêmes. Il développe en nous des qualités de cœur qui sommeillaient peut-être : le sentiment de dépendance à autrui, de fragilité ; l’écoute, l’attention ; la compassion et la joie de compter pour quelqu’un. Il permet de créer un monde fraternel non fondé uniquement sur des règles et des droits, mais sur un “service d’amis”.

Bienvenue à tous les enfants qui nous permettent d’accueillir le Christ et jusqu’à Dieu Lui-même !

                AMEN !

vendredi 10 septembre 2021

HOMELIE 24ème Dimanche ordinaire B. "Pour vous, qui suis-je ? - Mc 8,27-35 - 12 Septembre 2021

HOMELIE 24ème Dimanche ordinaire B. Mc 8,27-35

12 Septembre 2021

 

Pour vous, qui suis-je ?

C’est Pierre qui répond à Jésus avec cette belle profession de foi : « Tu es le Christ ! » (C’est-à-dire l’Oint de Dieu, le Messie). Mais aussitôt, Jésus défend aux disciples de parler de Lui à personne. En effet, il est encore trop tôt pour dire à tous  qu’Il est le Messie car même si tous les juifs de l’époque l’attendaient avec ferveur, ils n’auraient pas accepté, comme Pierre, un Messie tel que le décrivait  Isaïe dans la première lecture de ce dimanche (Is 50, 5-9a), qui souffrirait, serait rejeté par les anciens, les prêtres, les scribes ; qui serait tué et qui 3 jours après ressusciterait. Et Jésus devant les disciples, d’interpeller vivement Pierre : « Passe derrière moi Satan ! » "Satan" : mot hébreu qui signifie "adversaire", "accusateur", "obstacle", "celui qui fait tomber". Jésus ne fait que renvoyer Pierre à sa place : n’avait-il pas dit, en appelant ses disciples à sa suite: « Venez derrière moi ! ».

         Plus encore est le désir de Jésus de révéler l’infinie bonté de son Père, son pardon, sa miséricorde et jusqu’où va son Amour, puis qu’Il demande à son propre Fils de faire le don suprême de sa vie. Aussi peut-Il inviter à sa suite tous les disciples de tous les temps et de nous-même aujourd’hui :

 « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »

Ces paroles ne vont-elles pas à contre-courant (je dirai même "à rebrousse-poil») de tout ce qui, par ailleurs, nous est recommandé : soigner sa santé, sa réputation, ses moyens de vivre pour être autonome et faire de sa vie quelque chose de beau, d’utile ?

Sauver sa vie : mais quelle vie ?

Le texte original n’utilise pas le mot bios qui désigne la vie en soi, biologique ; l'existence; la vie relationnelle, sociale ou politique.

Il n’utilise pas non plus le mot zoë  qui désigne l’existence qui rend vivant et animé.

Il utilise le mot grec : Psukè  qui peut désigner le vital, l’âme, la vie de quelqu’un, une personne : son caractère, sa nature, son psychisme, ce qui a trait à sa psychologie, sa façon de regarder les personnes, les choses, les évènements.

Jésus nous invite quitter notre "moi", notre "ego" , dans le sens "d’égocentrisme" : tous les désirs, les sentiments, les passions, les affects, les intérêts qui sont centrés sur nous-même et qui ont été formatés par notre nature, mais aussi notre éducation, notre formation intellectuelle, notre idéologie, nos choix, nos habitudes et encore notre entourage et nos fréquentations.  Bref, Jésus nous demande d’abandonner notre "regard" pour accueillir le sien, le regard de Celui que nous présente les Évangiles, qui est à la ressemblance de son Père, bon avec tous, attentif, réconfortant, compatissant avec ceux qui souffrent, espérant avec les exclus de tout genre. Mais aussi dénonçant vigoureusement les injustices, démasquant les hypocrisies; et puis, pardonnant ; très à l’écoute de ceux qui viennent le trouver et posant les bonnes questions qui les aideront à changer et se libérer : en somme, « Celui qui est le Chemin et la Vérité et la Vie » Jn 14,6

         Alors oui, vivre maintenant avec Lui, apprendre à regarder comme Il a regardé Marie-Madeleine, Zachée, Matthieu, Bartimée, Nicodème. M’émerveiller comme Lui de la pauvre veuve qui mets sa piécette au Trésor du Temple, "tout ce qu’elle avait pour vivre" (Mc 12,43) et louer de ce que son Père fait comprendre les choses aux petits (Mt 11,25) ;  enfin, prendre le tablier de service pour soulager et finalement aimer comme il sait aimer.

         Prendre ma croix (pas la sienne qui serait beaucoup trop lourde pour moi) devient accepter mes contraintes quotidiennes, [fatigue des transports, ennuis de santé, exigence du travail, des horaires, des tâches éducatives et familiales, des besoins d’argent, des situations de voisinage …] : bref, tous  les renoncements imposés par l’existence ou librement choisis, parce qu’en mourant un peu à moi, je donne vie à d’autres. 

Nos pensées ne sont sans doute pas encore totalement ses pensées, mais jour après jour, en nous imprégnant de ses paroles et en contemplant Jésus dans la prière, par la grâce de son Esprit-Saint, nous convertirons notre « psukè » et nous sauverons.

AMEN !

 

vendredi 3 septembre 2021

HOMELIE 23ème Dimanche ordinaire B. "Ouvre-toi ! Effata" - Mc 7, 31-37 - 5 Septembre 2021.

 

HOMELIE 23ème Dimanche ordinaire B. « Ouvre-toi ! Effata » Mc 7, 31-37

 5 Septembre 2021.

 

Mes sœurs et mes frères, si vous avez été bien attentifs aux lectures de la Parole de Dieu de ce jour, n’avez-vous pas été étonnés, voire même choqués d’entendre dans la première Lecture de l’extrait du livre d’Isaïe : « Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu… » (Is 35,4).

 Vengeance contre qui ? Revanche sur qui ? Quel sens donner à ces paroles prophétiques qui semblent aller à l’encontre du Dieu qui se révèle assez différemment dans toutes les Écritures et que Jésus nous a fait connaître. Il faut d’abord, comme souvent, resituer la prophétie d’Isaïe qui s’adresse aux juifs déportés, esclaves à Babylone plus de 500 ans avant JC. Elle leur annonce leur libération prochaine réalisée par Dieu qui, loin de vouloir se venger, vient Lui-même sauver son peuple : « Alors s’ouvriront les oreilles des sourds…la bouche du muet criera de joie… ». Dieu prend bien ainsi sa revanche contre le mal qui atteint et abîme son humanité et veut nous redonner notre dignité.

Avec Jésus s’accomplit cette prophétie

Jésus s’adressant au sourd-muet lui dit : « Ouvre-toi !-  Effata ! » (C’est de l’araméen et cela signifie également : “libère-toi” : nous retrouvons cette racine en arabe, dans le terme « Fatah », mouvement de libération de la Palestine).

 Pour s’ouvrir, il faut nécessairement écouter pour pouvoir parler : « Ses oreilles s’ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia et il parlait correctement » (Mc 7,36) (Correctement : orthos = pas simplement phonétiquement, mais pour dire des choses « orthodoxes », selon la vérité de Dieu ; par ailleurs, le texte original dit que ce sourd bégayait). Il nous faut donc d’abord être un bon “récepteur” pour être ensuite un bon “émetteur”. 

 Comment ?

ü  Appliquons-nous à écouter, en essayant de comprendre, surtout si cela nous surprend ; pour cela, soyons vraiment attentifs aux autres, qu’ils soient notre frère ou notre Dieu.

ü  Quel est notre champ d’écoute ? D’abord nos proches à qui nous risquons de répondre assez vite: « Je sais ! Tu me l’as déjà dit !». Puis nos amis mais dont nous nous faisons parfois des personnages à notre idée. Savons-nous nous laisser  surprendre lorsqu’ils changent ou évoluent ? Notre voisinage, nos collègues ou camarades d’école et encore d’autres champs comme les médias.

ü  Notre champ d’écoute est aussi le silence parfois difficile de la prière, mais où Dieu est présent et tout particulièrement lorsque nous Le cherchons et « étudions » sa Parole.

Mais ton ouverture personnelle, si elle est nécessaire  ne saurait être suffisante. Il faut la situer dans l’effort d’attention et d’ouverture de toute la communauté paroissiale dans sa diversité. Ouverture entre nous, mais comme Jésus vers les païens, la Galilée des nations, ouverture à tout ce qui se vit à Montigny et Voisins, sur nos lieux de travail ou de vie associative.

         Le LIEN mais aussi le site paroissial internet  sont des moyens qui vont dans le sens de cette démarche: vous y trouverez tous les groupes et équipes qui se mettent au service de tant de personnes, dans les domaines matériels, sociaux, caritatifs, éducatifs, affectifs, culturels et spirituels.

Ces quelques recommandations mises en pratique ne doivent pas nous faire oublier que c’est Jésus lui-même qui guérit et nous dit : « Ouvre-toi, Effata ! ». Dans une prière pleine de confiance, demandons-Lui de le faire pour chacun de nous.

         Accueillons cette parole du Sauveur comme un appel pressant. « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu ». Proclamait Isaïe !

AMEN !