jeudi 12 septembre 2019

HOMELIE 24ème Dimanche Ordinaire C, "Le Père Prodigue" - Lc 15,1-32 15 Septembre 2019.


HOMELIE  24ème Dimanche Ordinaire C, Lc 15,1-32
15 Septembre 2019.

« Toi mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » Lc 15,31

Cette parole, pleine de tendresse et de générosité du Père, convaincra-t-elle le fils aîné ? Finalement, qu’a-t-il décidé ? Va-t-il rentrer à la maison, se joindre à la fête et se réjouir de retrouver son frère « qui était mort et qui est revenu à la vie » ? Ou bien rester dehors, seul avec son amertume ? Le récit ne le dit pas et Jésus laisse ceux qui l’ont critiqué décider de ce qu’ils vont faire vis-à-vis de Lui. Il est tellement dérangeant par sa miséricorde et son souci de ceux qui sont perdus ! Mais ne révèle-t-Il pas l’amour inconditionnel du Père, cet amour qu’on a tant de mal à comprendre et à imiter tant il ne se vit pas comme un “donnant-donnant”, mais qu’il se donne sans retenue. Ne faudrait-il pas, d’ailleurs, donner au père de ces enfants le surnom de « Père Prodigue » à l’image de Dieu, Père, au lieu de le donner à son fils qui n’est prodigue que parce qu’il disperse les dons reçus de son père ?
C’est justement ce que ne comprend pas le fils aîné. Ne le méprisons pas trop vite : c’est quelqu’un de bien, qui peut dire à son père : « Il y a tant d’année que je suis à ton service, sans avoir jamais désobéi à tes ordres ». Qui peut en dire autant ? Pendant que commence la fête, il est encore au travail ; il est le fidèle, qui ne s’est jamais éloigné de son père. Mais voilà : il peine à découvrir qui est vraiment ce père qui ne s’était jamais vraiment remis du départ de son frère plus jeune. Il pense que l’amour de son père lui est dû : « donnant-donnant » ! Plus encore, replié sur lui-même, il n’a jamais osé lui demander un chevreau pour festoyer avec ses amis. Il ne comprend ni son père, ni même son frère, qui, lui, s’est souvenu de la générosité de son père vis-à-vis de ses ouvriers et a osé, sans doute de façon calculée, revenir vers lui. Finalement, n’est-ce pas le fils aîné et non le fils prodigue qui est en plus grand danger de se perdre ? Il en va ainsi, je crois, de nous-mêmes lorsque trop satisfaits de nous et de nos efforts pour rester fidèles, nous risquons d’oublier la folie de l’amour de Dieu. Il nous presse d’aller vers ceux qui sont perdus, loin de nos communautés familiales, paroissiales, scolaires, sociales ou politiques, parce que bien différents, étrangers à nos manières de faire ou de penser, parfois prisonniers d’eux-mêmes ou des “veaux d’or” qu’ils adorent. (cf. 1ère Lecture de ce dimanche : Ex 32, 7-14).
Notre pape François, (que certains voudraient traiter d’hérétique, car son attitude évangélique envers ceux qui sont loin les dérangent), ne nous invitent-il  pas continuellement à aller vers ceux que nous ne voyons pas dans nos assemblées et qui sont pourtant baptisés ? N’ont-ils pas quelque chose à dire de leur absence ou de leurs manques à l’égard de l’Église, de notre communauté paroissiale ? Ne sont-ils pas en recherche eux-mêmes ? Laissons-nous interroger par ces personnes dont les situations pourraient changer notre regard. N’est-ce pas également la fonction « diaconale », de service de chaque baptisé et que les diacres, par leur présence et leurs ministères mettent en lumière ?
Et puis, Seigneur, fais-nous ressentir, la souffrance de toute séparation, division, rejet au sein de ta maison et dans le monde. La joie dont parle l’évangile pourrait-elle naître sans la totalité rassemblée, l’unité retrouvée ? C’est bien là ton souci Seigneur !
Alors, « tu laisses les quatre-vingt-dix-neuf autres brebis dans le désert pour aller chercher celle qui était perdue, jusqu’à ce que tu la trouves » ! Ça peut durer très longtemps, comme l’attente du père à l’encontre de son fils cadet. Mais au terme, il y a la joie et la fête.
Que le Seigneur que nous célébrons et accueillons en ce Dimanche nous aide tous à être patients comme Il est patient, St Paul nous le rappelle dans la 2ème lecture de ce dimanche ; à le comprendre et le suivre en demandant à l’Esprit Saint  le petit grain de folie de l’Évangile loin de toute sagesse humaine, mesurée et modérée, « car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes » dit St Paul dans sa lettre aux Corinthiens. (1 Co 1,25). Qui sait s’il ne nous permettra pas de retrouver beaucoup de brebis perdues pour sa plus grande joie et la nôtre !
AMEN !

jeudi 5 septembre 2019

HOMELIE 23ème Dimanche Ordinaire Année C, « Ne rien préférer à l’amour du Christ» Règle de St Benoît.Lc 14,29-33 8 Septembre 2019.


HOMELIE  23ème Dimanche Ordinaire Année C, Lc 14,29-33
8 Septembre 2019.

 « Ne rien préférer à l’amour du Christ»
Règle de St Benoît.

Temps de reprise, temps d’appels à des tâches humaines ou pastorales, certaines plus particulières comme l’accompagnement des enfants et des jeunes au catéchisme, à l’aumônerie scolaire ou dans les unités scoutes ;  des adultes en catéchuménat; des malades à visiter ou encore, l’appel à la mission en équipe. Il en va de l’avenir de nos proches, de notre paroisse, de notre Église ou du Royaume.
Mais Dieu m’appelle-t-il ? Comment et pour quelle tâche ? Quelle mission ? N’entendions-nous pas au début de la première lecture du Livre de la Sagesse de ce jour : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?  (Sg 9,13) » Alors, est-ce bien possible ?

Et puis l’appel de Jésus est tellement radical ! Encore une fois, il peut effrayer ! Mais quel est son propos ? Celui qui a rappelé aux pharisiens, qui détournaient leurs biens de l’assistance à leurs parents (Mt 15,3-6) en leur rappelant « d’honorer leur père et leur mère », ne nous demande certainement pas de nous séparer de nos familles. Ce qu’Il demande à tous ceux qui veulent le suivre, c’est de Le préférer à leur père, leur mère, leurs frères, leurs sœurs, leurs enfants pour les aimer autrement, à sa manière. Ne demande-t-Il pas encore de Le préférer à leur propre vie ? Le mot "vie" qui est utilisé dans le texte n’est ni "bios" , ni zoë, , mais" psukè"  , qui est parfois traduite par âme, au sens de l’intelligence, de l’esprit, de la manière dont on regarde les personnes, les évènements qui font notre vie, bref, notre propre psychologie. Or cette psukè est nourrie par notre "ego",  « appesantie par un corps périssable, et notre enveloppe charnelle alourdit notre esprit aux milles pensées » (Sg 9,15) entendions-nous encore dans la 1ère lecture de ce jour. En effet, il nous est souvent difficile d’aimer gratuitement, désencombrés du désir de possession ou d’égoïsmes qui gouvernent hélas bien trop souvent nos relations. La foi en Jésus me fait entrer dans des relations aux personnes et aux choses qui sont nouvelles : toute personne m’est une sœur, un frère ; tout bien ne m’est donné qu’en gérance. Jésus demande que je place ces relations nouvelles au-dessus des relations naturelles qui pourraient les empêcher de donner leur mesure.

Il préconise alors le devoir de s’asseoir pour que je prenne part à mon propre destin ; pour discerner quel est mon intérêt supérieur, bien compris et conforme à son appel à le suivre et si j’ai les moyens, le cœur et la volonté de marcher avec Lui. Ce qui demande de prendre de la distance par rapport à tous mes biens et d’accepter des renoncements inévitables en vue de m’enrichir d’autres valeurs, celles du Royaume principalement faites de toute forme de relation fraternelle.

Cela ne suffit pas encore, car cela pourrait me conduire à ne compter que sur moi-même, alors que Jésus conçoit son appel comme un chemin parcouru avec Lui, jamais sans Lui : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit, car sans moi, vous ne pouvez rien faire » Jn 15,5.
Cela n’empêche pas que ce discernement, je puisse évidemment le faire avec un frère, une sœur en Christ, pourquoi pas avec mon conjoint, avisés eux aussi, qui m’aideront à clarifier et purifier ma décision et peut-être aussi, à la prendre.

Comment savoir si Dieu m’appelle ? Comment connaître sa volonté ?  Dieu se manifeste, entre autres, à travers les multiples appels qui seront inévitablement lancés en cette reprise d’année scolaire et de travail mais bien souvent par de belles rencontres et échanges profonds.

Écoutons encore l’auteur du livre de la Sagesse : « Et qui aurait connu ta volonté si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? » (Sg 9,17)
Alors demandons-Lui sa Sagesse, plus encore, son Esprit Saint  et fortifions nous du Pain de la route, Jésus, qui se donne aujourd’hui dans cette Eucharistie.
Bonne et sainte reprise à tous !
AMEN !

mercredi 28 août 2019

HOMELIE 22ème Dimanche Ordinaire année C – Lc 14, 1a.7-14. 1er Sept. 2019


HOMELIE  22ème Dimanche Ordinaire année C – Lc 14, 1a.7-14.
 1er Sept. 2019 

« Mon fils, accomplis toute chose avec humilité»
Ben Sirac le Sage 3,17

L’Évangile de ce dimanche illustre parfaitement cette maxime du sage de la Bible. Jésus, en observateur perspicace et presque amusé, remarque les invités à un repas qui choisissent les premières places. Il nous donne alors une petite parabole pleine de bon sens à la limite de la roublardise puisqu’il invite, non sans humour à choisir la dernière place pour être invité à la première !
Ce petit calcul ne porte sans doute pas toujours ses fruits mais le sens est clair : ne cherche pas à t’élever ; sois toi-même. La véritable humilité (du latin humus,  la terre… qui a donné le mot homo,  l’homme) cherche à faire la lumière sur ce que l’on est sans vouloir être ni inférieur, ni supérieur aux autres. Pour Sainte Thérèse de Lisieux, l’humilité, c’est la vérité.
L’humilité est une disposition intérieure nécessaire lorsque l’on veut se mettre au service des autres, proches ou lointains, et en particulier de ceux qui sont dans le besoin : malades, personnes âgées, enfants ou handicapés. Être invité à « monter plus haut », comme le signale Jésus, ne serait-ce pas entrer davantage en communion avec eux ?
                   Acquérir cette humilité, c’est regarder, contempler et appeler Celui qui s’est fait humble dans la vérité de sa mission, Jésus, Fils de Dieu. Par sa solidarité avec les plus méprisés, il a révélé jusqu’à quelle profondeur allait l’amour de Dieu pour l’humanité. Relisons l’hymne de la lettre aux Philippiens : Ph 2, 3-11. 
                  « N'accordez rien à l'esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l'humilité estime les autres supérieurs à soi;  ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres. Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix!  Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».

Mais, dans cet évangile, Jésus se mettrai-il seulement à enseigner les bonnes manières ? Avez-vous remarqué que s’il est invité à un repas chez un pharisien, dans la parabole qu’il raconte, il parle de noces. Or dans la Bible et en particulier dans les Évangiles, le festin de noces désigne le Royaume de Dieu. Dans ce royaume, il n’appartient à personne de s’attribuer les meilleures places : c’est Dieu qui les donne. Plus encore, ce sont les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles qui sont les invités prioritaires comme la deuxième partie de l’évangile d’aujourd’hui nous l’indique à travers les conseils que Jésus donne à son hôte.

En ce temps de reprise d’activités, adoptons dès maintenant les mœurs nouvelles du Royaume par notre humilité envers tous pour manifester l’amour que Dieu porte à tous ses enfants.

AMEN !

vendredi 23 août 2019

HOMELIE 21ème Dimanche Ordinaire, Lc 13,22-30 "Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? " - 25 Août 2019


HOMELIE  21ème Dimanche Ordinaire, 2 Août 2019 –
Lc 13,22-30

« Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? »

Question qui était bien d’actualité à l’époque puisque certains rabbins affirmaient que tous les Israélites auront part au monde futur (Mishna, Sanhédrin X, 1) ; mais d’autres rabbins soutenaient que ceux qui périssent sont plus nombreux que ceux qui seront sauvés (Quatrième Esdras IX, 15).

Comme d’habitude, Jésus ne répond pas à la question ou plutôt, il entraîne plus loin. Quelle est en effet la vraie question ? N’est-ce pas : « Est-ce que moi je serai sauvé ? Et comment ? Qui peut me le dire ? »
Personne : mais voici les conditions. « Efforce-toi d’entrer par la porte étroite ». Quelle est cette porte étroite et où se trouve-t-elle ? Elle est dans ma vie de tous les jours. Mais, tout d’abord, une remarque de bon sens : plus je suis chargé, encombré, plus une porte me paraît étroite ! Il me faut m’alléger, me détacher de certaines choses non nécessaires, futiles et sans doute de “l’encombrante personne qui est moi-même” disait avec humour St Thomas Moore: traduisez, de mon ego prédominant.
Mais Jésus dit mot à mot: « Luttez pour entrer par la porte étroite». Il parle de l’effort qu’il faut faire pour entrer dans le Royaume de Dieu. Ces efforts se présentent à nous le plus naturellement du monde. Ainsi, le moindre geste d’attention aux autres, la moindre parole bienveillante, chaque tentative que je fais pour me dominer, pour ne pas céder à mon propre plaisir ou à ma mauvaise humeur, mais au contraire pour aller vers quelqu’un qui a besoin de moi, est toujours une façon de passer par la porte étroite. Chaque fois que je ne rends pas le coup injuste que l’on m’a infligé, chaque fois que je dis « oui » à une croix que j’ai à porter, je fais un bout de chemin par la porte étroite qui mène au Royaume. Par cette image de la porte étroite, Jésus nous redit le sérieux et même les difficultés de la condition humaine et en même temps, la nécessité absolue de se convertir sans cesse aux valeurs de l’Évangile. Mais qu’écrit St Jean désignant Jésus ? « En vérité, en vérité je vous le dis, je suis la porte des brebis…Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn 10,7.9). Voilà, d’une certaine façon, la réponse qu’il donne à la question posée au début de notre Évangile. Si la porte c’est bien Lui, alors il suffit, non sans luttes, de le suivre mais ne nous accompagne-t-Il pas, comme une autre comparaison qu’Il fait de Lui-même dans ce même passage d’Évangile de St Jean, où Il se présente comme le Beau Berger ? (Jn 10)

Jésus continue avec l’image de la porte qui cette fois-ci est fermée. Il y a un véritable risque de rester dehors, à l’extérieur du Royaume, parce que nous aurions  été mot à mot, "ouvriers d’injustice"  et que notre vie serait incompatible avec celle du Royaume de l’Amour.       
Jésus adresse à ceux qui le connaissent, à nous, un appel urgent et insistant pour s’engager dans une vraie attitude de conversion. D’autres, « venant du levant et du couchant, du nord et du sud, (qui ne l’ont pas connu ni fréquenté), se verront ouvrir la porte et se mettront à table », car leur vie sera faite de tous ces passages de portes étroites que nous avons évoqués et qui les ont fait connaître du « maître de maison », parce qu’ils ont vécu selon son Esprit.
Ne nous étonnons pas de voir le Christ annoncer pour le Royaume un renversement de situations humaines : « Oui, il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers » comme dans le Magnificat. Encore une fois, toute familiarité superficielle avec le Christ, toute piété sans conversion ferait trouver la porte fermée. Nous sommes invités avec insistance par le “maître de maison”, Jésus Lui-même, à entrer par la porte étroite pour nous introduire dans la compagnie “d’Abraham, Isaac et Jacob et de tous les prophètes” et bien sûr, en sa compagnie plus qu’amicale, divine ! N’hésitons pas ; avançons  sans peur avec Lui en passant par ces portes étroites qui se présentent à nous : n’est-Il pas toujours avec nous ?
AMEN !