mercredi 8 avril 2026

HOMÉLIE 2° Dimanche de Pâques A. "La foi de Thomas" Jn 20,19-31 - 12 Avril 2026

 

HOMÉLIE  2° Dimanche de Pâques A. Jn 20,19-31

12 Avril 2026

 

La foi de Thomas

                   Quel attachant personnage que ce Thomas ! Qui est-il ? Et pourquoi a-t-il douté ? Il est courageux ; il a du caractère : c’est le seul Apôtre à être sorti du Cénacle où les autres, la peur au ventre, s’étaient verrouillés. C’était un réaliste, qui avait bien compris qu’en montant à Jérusalem avec Jésus pour se rendre auprès de Lazare qui était mort, il risquait la mort avec son maître : "Allons, nous aussi, pour mourir avec lui!"  Jn 11, 16. Il était prêt à donner sa vie pour Jésus qu’il aimait passionnément. Sa mort l’avait profondément déstabilisé : il était persuadé que Jésus saurait s’en sortir, Lui qui était capable de ressusciter Lazare. Et voilà qu’Il était bien mort.

                   Tout devenait pour lui une immense question : quel était le sens de la vie de Jésus ? De son témoignage ? De la pertinence de ses paroles et de son enseignement puisqu’Il avait fini sa vie comme un pauvre malfaiteur, abandonné de tous. Qu’on lui annonce que Jésus était vivant, alors là, c’était trop pour lui : il ne voulait plus être trompé et déçu.

                   Son refus de croire sans preuve venait peut-être aussi de ce que Jésus, s’étant manifesté aux autres apôtres en son absence, il en était un peu jaloux et frustré d’avoir manqué ce moment qu’il désirait inconsciemment si fort au fond de lui.

                  En tout cas, le dimanche suivant, de nouveau Jésus se trouve au milieu d’eux : Il ne lui en veut pas et au contraire s’adresse à lui pour combler son attente. Il l’invite à toucher les "preuves de son identité" par ses plaies : l’a-t-il fait ? Personne ne le sait mais aussitôt éclate sa belle profession de foi, la première qui désigne Jésus comme Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jésus peut alors l’inviter à passer du voir au croire.

                   Sur le chemin de la foi, nous sommes invités nous aussi à dépasser le désir bien légitime de preuves visibles, concrètes pour accéder à une adhésion basée sur la confiance.

                   Mais confiance en quoi ou en qui ?

                   D’abord, confiance dans les témoins qui ont donné leur vie pour dire ce qu’ils avaient vu et entendu et qui nous est précieusement rapporté dans les Évangiles.

                   Confiance dans la pertinence, la grandeur, la beauté et le bonheur qu’apporte la vie selon l’Evangile. Et, en ce dimanche de la miséricorde, il est heureux d’évoquer la “présence” concrète, réelle, visible du Christ dans « celui qui a faim, froid, qui est malade, nu, prisonnier » chaque fois que nous allons à leur rencontre (Mt 25, 35-36)

                   Confiance dans la Communauté réunie comme les apôtres au Cénacle qui continue, dimanches après dimanches, à écouter les paroles du Christ, à comprendre ses enseignements et à se nourrir de son Corps.

                   Enfin, confiance dans le don de l’Esprit Saint qu’au soir de sa résurrection, Jésus “souffle” sur les Apôtres et qu’Il donne aujourd’hui à tous ceux qui le Lui demandent.

                   Non ! Le doute de Thomas n’est pas le doute du sceptique, du soupçonneux, limité  par sa raison, étranger au sens des réalités qui lui échappent et qui se ferme à toute nouveauté, qui finalement reste seul avec lui-même. Il est de ceux qui questionnent devant l’extraordinaire, l’insolite, l’inattendu, “l’incroyable” : ils veulent vérifier qu’ils sont bien dans la cohérence et la vérité de ce qu’ils croient et que c’est accessible à tous ceux qui le veulent bien.

                   Dieu est tellement “autre” et les évènements, comme pour Thomas, sont tellement déconcertants qu’il est courant, dans la Bible, d’entendre des croyants et particulièrement des priants lui lancer des questions : Où es-tu ? Que fais-tu ? Jusqu’à quand nous laisseras-tu dans cette détresse ? Souvenez-vous du dernier cri de Jésus Lui-même sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Début du Ps 22 qui se termine par un chant de louange : « J'annoncerai ton nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai ».

 Ce sont des doute-questions qui débouchent sur la foi-louange.

                   Bienheureux Thomas qui éduque nos propres doutes, nous invitant à poser les bonnes questions ; à les partager entre nous ; à les porter et à les dépasser jusqu’à exprimer joyeusement notre foi. Et qui est son “jumeau” ? Ne le serions-nous pas tous un peu ?

AMEN !

 !

mercredi 1 avril 2026

HOMÉLIE Dimanche de Pâques. " La Résurrection du Christ " Jn 20,1-9 - 05.04.2026

 

HOMÉLIE  Dimanche de Pâques. Jn 20,1-9

05.04.2026

 

La Résurrection du Christ 

 

Nous célébrons aujourd’hui la Résurrection de Jésus, sa victoire sur la mort remportée par sa totale confiance en son Père et par son amour extrême pour nous tous, se rendant solidaire de tous nos malheurs et injustices. Mais qu’entendons-nous par « Résurrection » ? Si l’on vous demandait d’exprimer en quelques mots ce que cela signifie, que diriez-vous ?

L’Évangile de ce matin de Pâques nous permet de rejoindre les premiers témoins de la découverte de Jésus ressuscité. Cela n’a pas été immédiat et il a fallu un cheminement pour prendre acte de cette réalité toute nouvelle.

Premier constat, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Le verbe utilisé ici est blèpo, blepw qui signifie voir-constater, qui donnerait lieu à un procès-verbal décrivant ce que l’on voit de nos yeux de chair. Elle ne va pas plus loin ; elle n’entre pas pour chercher d’autres indices. Sur ce constat, elle en déduit qu’on a enlevé du tombeau le Seigneur et s’engage sur une fausse piste. C’est dire combien elle reste dans un univers très humain, dominé par l’émotion, bien compréhensible.

Arrive le disciple que Jésus aimait, Jean sans doute : que constate-t-il ? Le tombeau est vide ; il se penche et voit (même verbe blèpo) “les linges qui sont là, à plat”. Nouveau constat, avec un nouvel indice : les linges, à plat. Arrivé le premier, il n’entre pas, par respect sans doute pour Pierre, chef des Apôtres.

Simon-Pierre arrive à son tour: il n’hésite pas, il veut en avoir le cœur net et il entre. Que constate-t-il ? La même chose : les linges, cette pièce de drap de 4 m environ qui entourait le corps de Jésus et dont les deux faces reposent sur elles-mêmes. Quant au suaire, qui entourait la tête, il est resté en sa place, distinct du linceul. Il regarde.

Le verbe ici est théorao é qewraw (qui a donné en français : théorie, théoriser, théorème...). Il signifie : observer, regarder attentivement, examiner, inspecter et même contempler. Simon-Pierre se met donc à tenter de comprendre : on n’a pas pu voler le corps de Jésus puisque tout est en place. Alors ?

Entre enfin l’autre disciple : il voit les mêmes choses, sauf que le verbe utilisé Oraooraw [qui, sous une autre forme conjugale, a donné en français : ophtalmo] signifie voir au sens de comprendre : « Ca y-est ! J’ai vu ! » “Il vit et il crut”. D’ailleurs au verset suivant, l’évangéliste utilise le même verbe : «En effet, les disciples n’avaient pas compris (vu) que selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d‘entre les morts ». Jean, lui, avait bien retenu les paroles que Jésus avait annoncées aux disciples par 3 fois concernant sa Passion, sa mort et sa Résurrection le 3ème jour. 

Pour en revenir à la résurrection, ce mot n’existe pas dans la Bible. C’est un mot qui vient du latin : "resurrectio" de "resurgere". Alors, comment l’exprime-t-on dans les Écritures ?

De deux façons liées à la manière dont on parle de la mort : soit « couché avec ses pères », soit « endormis ». Ainsi ressusciter c’est « se relever d’entre les morts » anasthnai ou « se réveiller d’entre les morts » hgeirw.

Il ne s'agit donc pas d'un retour à la vie terrestre, comme pour Lazare (qui est de nouveau mort) mais d’accéder à la vie pleine et définitive que Dieu nous donne, avec notre être tout entier, corps et esprit.

C’est pourquoi, Jésus se manifeste avec son Corps marqué à présent par ses plaies, mais affranchi des conditions terrestres habituelles qui font qu’Il est présent au milieu de ses disciples, « toute portes étant fermées » ou même qu’Il est à plusieurs endroits différents au même moment : Jérusalem et Emmaüs par exemple.

Mais Jésus ressuscité nous est présent non pas comme un corps réanimé, mais selon St Paul, comme un "corps spirituel". De plus, il a choisi des signes de sa présence corporelle en désignant le corps ecclésial, l’Église. Il a aussi demandé de transformer notre regard en considérant « l’affamé, l’assoiffé, l’étranger, celui qui est nu, le malade, le prisonnier » (Mt 25,40) comme Lui-même, en personne. Et bien sûr, Il a désigné le Pain et la Coupe de vin consacrés, comme la réalité corporelle et spirituelle de sa présence, chaque fois que nous les partageons en faisant mémoire de Lui.

Certes la Résurrection du Christ défie nos perceptions humaines. Comment l’accueillir et la comprendre progressivement ? Suivons l’invitation de St Paul qui nous est faite en 2ème Lecture : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non celles de la terre »

Soyons témoins joyeux de ce Seigneur ressuscité qui est venu donner sa Vie à tous et renouvelons la foi de notre Baptême !

AMEN !

mercredi 25 mars 2026

HOMÉLIE Dimanche des RAMEAUX. "Entrée de Jésus à Jérusalem" Mt 21,1-11 - 29 Mars 2026

 

HOMÉLIE  Dimanche des RAMEAUX. Entrée de Jésus à Jérusalem 

Année A. Mt 21,1-11 - 29 Mars 2026

 

Avec Jésus, entrant dans Jérusalem sur une ânesse, nous contemplons Dieu qui se présente tout entier à l’humanité. Il n’est pas comme les puissants qui asservissent leurs frères mais comme le roi qu’annonçait le prophète Zacharie « qui vient vers toi, Jérusalem, humble monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Za 9,9).

Nous chantons, en ce début de célébration, comme la foule qui acclamait Jésus : « Hosanna, fils de David » en grec "Wsanna", mais en hébreu : “hôchia’nâ” (h(y<Oh aaaa)fn) ce qui signifie : « Au secours ! (fils de David) » et qui s’accompagne d’une bénédiction : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Les rameaux, dont le feuillage reste longtemps vert, veulent rappeler qu’une vie nouvelle nous est donnée par la mort sur la croix et la résurrection de ce “fils de David”, Jésus, Fils unique de Dieu. Nous pourrons ainsi les placer sur les croix de nos maisons.

Devant la manifestation des foules accueillant Jésus, la ville de Jérusalem est “grandement secouée”  eseisqh pasa h poliV(même racine que séisme !) : quel est-il donc ce roi qui renonce à la toute-puissance alors que l’on aurait tant besoin d’un chef qui chasse les occupants romains ?

Mais parce que nous le connaissons, que nous l’aimons, Lui qui nous a tant aimés, nous l’accueillons en le saluant par le rameau que nous tenons à la main. En entrant tous ensemble dans l’église derrière la croix, nous montrons que nous voulons suivre Jésus pas à pas, tout au long de cette semaine sainte et dans notre vie, sur le chemin de la Passion pour arriver avec Lui à la Résurrection.

AMEN !

 

    Chers amis, l’Évangile de ce Dimanche est celui de la Passion de Jésus Christ selon Saint Matthieu. En raison de sa longueur, je ne ferai pas d'homélie mais inviterai chacun à garder le silence et à contempler telle ou telle scène de ce récit pour adorer le Seigneur.