jeudi 15 octobre 2026

HOMÉLIE du 29ème Dimanche Ordinaire A– “Rendez à César ce qui est à César…" Mt 22,15-21 - 18 Octobre 2026

 

HOMÉLIE du 29ème Dimanche Ordinaire A– “Rendez à César ce qui est à César…"

Mt 22,15-21. 18 Octobre 2026

 

“Rendez à César ce qui est à César…

Et à Dieu, ce qui est à Dieu” Mt 22,21

 

Cette parole est devenue aujourd’hui une maxime pour définir la laïcité, "principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique". Il s’agit bien de "pouvoir" mais non de vie spirituelle comme Jésus va inviter les pharisiens et les partisans d’Hérode à ce que Dieu nous a invités à devenir.

 Après une introduction élogieuse mais tellement hypocrite, reconnaissant la droiture et la justice de leur interlocuteur, les adversaires de Jésus Lui demandent son avis sur le paiement ou non de l’impôt à l’empereur. Leur question est très habile, car Jésus est acculé à dire oui ou non :

S’Il dit oui, Il sera considéré comme un collaborateur de l’occupant romain et perdra tout son prestige et son autorité auprès du peuple opprimé par ces mêmes romains.

S’Il dit non, Il sera considéré comme un opposant et dénoncé pour être emprisonné : ses adversaires en seront débarrassé !

Comment Jésus va-t-il s’en sortir ?

En bon pédagogue (et parce qu’il aime ses ennemis comme Dieu les aime), Jésus dévoile d’abord leur hypocrisie. Puis Il se livre à une petite démonstration toute simple : “Montrez-moi la monnaie de l’impôt” leur demande-t-il. Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : “ Cette effigie  et cette inscription, de qui sont-elles ? ” On a traduit par “effigie” le mot du texte original “icône” (eikwn). L’icône de la pièce d’argent du denier est celle de César, alors : “Rendez à César ce qui est à César… Et à Dieu, ce qui est à Dieu”

Mais quelle est donc l’icône de Dieu ? 

Bien sûr, on pense tout de suite au Christ. Paul écrit : “Il est l’image (l’icône) du Dieu invisible, le premier-né de toute créature” Col 1, 15.

    Mais où trouve-t-on encore cette référence à l’image de Dieu ?

Elle se trouve tout au début de la Bible : “Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa…” Gn 1, 28. Or dans la Bible grecque des LXX (Septante), le mot image est le même que celui de l’évangile : « icône ».

De plus, en hébreu, le mot a une signification toute particulière : l’image, la “Tsélem”, désigne la reproduction en plus petit d’une idole de divinité païenne. Ainsi à Babylone, chaque année, lors des grandioses processions en l’honneur de toutes les divinités, les serviteurs et fidèles de chaque divinité se rangeaient derrière un modèle réduit de la statue de la divinité (dont la statue originale ne pouvait être déplacée hors de son temple en raison de sa masse souvent colossale). Ils pouvaient également suivre la bannière, l’étendard, la “Tsélem” de leur dieu. L’auteur sacré de la Genèse, qui écrit à cette époque, reprend à son compte cette référence à ces manifestations religieuses. Dire que l’homme est “l’étendard de Dieu” c’est lui révéler qu’il est appelé à signifier, dans le cortège de la création, la présence de Dieu.

Malheureusement, nous sommes obligés de constater que l’homme a trahi ce merveilleux désir de Dieu et défiguré son image. Dans son désir de sauver ses adversaires, Jésus les invite à retrouver de façon très inattendue, ce à quoi Dieu son Père les a appelés. Il faut donc que l’homme soit “rendu à Dieu” autrement dit qu’il redevienne ce qui est sa vocation première : révéler Dieu à la création entière, manifester sa présence dans un monde qui l’ignore, montrer partout que l’amour qu’Il nous donne est plus fort que la mort et son cortège de malheurs et de souffrances.

En Jésus, parfaite icône du Père, c’est chose faite.

Paul aux Corinthiens : “…et nous tous qui le visage dévoilé reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même icône, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur qui est Esprit” 2 Cor 3, 18. Il reste à chacun à devenir, jour après jour, “icône de Dieu”.  En cette journée mondiale consacrée à la mission dans le monde, n’est-ce pas cela qui nous est demandé ? N’est-ce pas cela que font les missionnaires, prêtres, religieuses et religieux, mais aussi tout baptisé: manifester par leur présence aimante et respectueuse la présence même de Dieu. 

          AMEN !

jeudi 8 octobre 2026

HOMÉLIE du 28ème Dimanche Ordinaire A– “Allez donc aux croisées des Chemins: tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce” Mt 22,9 - 11 Octobre 2026

 

HOMÉLIE du 28ème Dimanche Ordinaire A– Mt 22,1-14

11 Octobre 2026

“Allez donc aux croisées des Chemins:

tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce” Mt 22,9

 

Une parabole n’est pas une histoire vraie qui s’est réellement passée : c’est un peu comme une fable (les fables de La Fontaine) mais c’est un récit « jeté à côté de nos vies » pour nous faire comprendre quelque chose: parabolaiV:  Para=à côté ; ballo=jeter->ballon ! Et comme bien souvent dans les paraboles, il y a des propos excessifs, des comportements étonnants pouvant être mal compris et mettre mal à l’aise, par exemple :

-   Qui sont ces invités qui refusent de se rendre à des noces? Qui sont ces invités qui maltraitent et même tuent les envoyés du roi ?

-   Quel est ce roi, qui, après avoir convié ses invités, envoie ses troupes punir les meurtriers et massacrer leurs villes ? Quel est ce roi qui s’obstine à vouloir, coûte que coûte, remplir la salle de noces de convives, avec des “mauvais et des bons”, que les serviteurs ont été cherché tant tout le pays ?

Cette parabole de Jésus exprime l’immense désir de Dieu, son Père de voir tous les hommes rassemblés pour les noces de Son Fils avec toute l’humanité : aucune condition, aucune appartenance, aucune morale, aucune identité, tout le monde est invité !

         Dans la deuxième partie, le roi vient visiter les convives et il remarque qu’il y en a un qui n’a pas le vêtement de noces. Que peut bien signifier ce vêtement de noces ?

         Le vêtement, c’est important et très souvent mentionné dans la Bible.

Oui, bien sûr : indispensable pour vivre. [Si 29,21 ; 1 Tm 6], Pour dire qui on est : prophète, roi, grand prêtre, esclave, 

ainsi que son état : policier, soldat, joueur de foot…

Il est signe de retrouvaille : le père revêt l’enfant prodigue d’une nouvelle robe, Luc 15, 22 ;

La foule veut toucher la frange de l’habit de Jésus pour être guéri.

Quand Jésus est sur la montagne, il apparaît transfiguré et avec des vêtements éblouissants qui révèlent qui Il est réellement, Mc 9,3.

          Mais de nos jours encore, combien choisisse de porter un tee-shirt avec des dessins ou des mots dessus pour manifester ou signaler leur appartenance à un groupe, une équipe sportive…Ces tee-shirt atteignent parfois des prix exorbitants à la revente lorsqu’ils ont été portés par des gens illustres !

         St Paul reprendra la symbolique du vêtement pour déclarer  « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ».  Tout homme, à son Baptême, est ainsi revêtu du vêtement blanc des noces et, invité à recevoir le Corps de Son Seigneur, et il s’entendra dire : « Heureux les invités au repas du Seigneur ».

         Quant à l’homme de la parabole qui ne porte pas le vêtement de noce, il n’est pas dit qu’il est mauvais. Il est simplement dit qu’il resta muet. L’invitation au festin de noces ne l’a pas changé ; peut-être n’a-t-il pas "converti" son désir de bien profiter du  grand festin en oubliant totalement l’appel à se réjouir, à être associé au bonheur des mariés et du père qui l'a invité ; à le remercier, il reste sans réponse, (mot à mot “muselé”).

Ainsi pour que cette parabole, qui ouvre à tous l’invitation au festin, ne soit pas comprise de travers, laissant croire que, quoiqu’on fasse, “On ira tous au paradis…”, Jésus a mis en présence cet homme qui ne portait pas le vêtement des noces éternelles et il demande que nous soyons habité par l’Esprit de Jésus : bref que “revêtions Jésus Lui-même”, que nous Lui soyons unis. 

Quant à savoir combien il y aura d’élus,  Jésus ne répond pas. Cela dépendra des invités, c’est-à-dire nous tous, qui auront revêtu l’habit de noce, qui auront voulu ressembler à Jésus en étant unis à Lui, en particulier par la communion.

Le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, lève le voile sur cet avenir et nous montre ainsi la cité céleste, le ciel, le paradis : « Après quoi, voici qu'apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue; debout devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main… » Ap 7, 9

De quoi espérer et nous réjouir, de quoi nous encourager à vivre unis à Jésus et de Le faire connaître !

AMEN !

jeudi 1 octobre 2026

HOMÉLIE 27ème Dimanche Ordinaire A – “Les vignerons homicides » Mt 21, 33-43 - 03.10.2026

 

HOMÉLIE 27ème  Dimanche Ordinaire  A – Mt 21, 33-43

03.10.2026

 

“Les vignerons homicides »

 

En ce Dimanche, Jésus raconte une triste histoire où il est encore question d’une vigne, ou plutôt, d’un propriétaire qui avait une vigne qu’il avait confié à des serviteurs vignerons.

Mais qu’est-ce qu’une vigne ? Un petit arbuste qui donne du raisin ? On appelle cela un plant de vigne et en général, il n’est pas tout seul : il y en a des centaines pour que la récolte de raisin soit abondante. Alors la vigne désigne tout le terrain où se trouvent ces plants de vigne. Dans le midi de la France, la Drôme, le Gard, la Provence, mais aussi l’Hérault et le Bordelais et le Beaujolais et le Pays Nantais etc…, il y a des vignes à perte de vue.

Que produit la vigne ? Du raisin…à déguster ou pour faire un jus et ce jus, travaillé, peut devenir du vin. Quelque fois, on trouve une vigne qui est devenue tellement grande qu’elle fait comme un toit au-dessus d’une terrasse et abrite du soleil quand on a envie de déjeuner dehors ou de se retrouver avec des amis.

         Au Pays de Jésus, une vigne est très précieuse et on en prend grand soin. Alors la Bible compare souvent le peuple de Dieu à la vigne pour bien faire comprendre à quel point nous sommes précieux aux yeux de Dieu  (Ps 79). Il est comme cet ami dont parle le prophète Isaïe, des siècles avant Jésus-Christ qui fait tout ce qu’on peut faire de mieux pour sa vigne. Retourner la terre, enlever les pierres, mettre des plants sélectionnés ; puis construire une tour de garde pour qu’on ne vienne pas voler ses fruits ; enfin, bâtir un pressoir pour recueillir le jus et en faire du bon vin. La vigne, c’est le peuple de Dieu.

         Qui donc est ce propriétaire de la vigne, cet ami ?    C’est Dieu.

Qui sont les vignerons ? Ce sont les responsables religieux et politiques de son peuple « les chefs des prêtres et des pharisiens » qui feront mettre à mort Jésus, croyant s’en  débarrasser ! Mais n’est-il pas "cette pierre rejetée par les bâtisseurs devenue pierre angulaire " pour les païens comme pour les juifs ? (Ps 117, 22) C’est sur Lui que tout homme est invité à bâtir son existence.

Par ailleurs,  la violence du châtiment qui clôt la parabole pourrait nous scandaliser. Mais Jésus n’a aucune intention de punir. Il suscite seulement une réponse chez ceux qui l’écoutent et Il pose la question : « Quand le maître viendra, que pensez-vous qu’il fera à ces vignerons ? » Ce sont ses interlocuteurs qui donnent le terrible verdict : Jésus n’en reprend que la seconde partie : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire du fruit ».

Mais attention ! Une lecture rapide et superficielle de cet Évangile pourrait nous faire penser que Dieu, le propriétaire de la vigne, en colère contre ces vignerons qui ont tué son propre Fils, enlèverait le Royaume de Dieu au peuple élu, le peuple juif, pour le donner aux païens et nous serions aujourd’hui ces païens. En réalité,  Dieu, qui est fidèle à ses promesses, ne revient jamais sur les dons qu’Il fait : Il garde son peuple choisi (Rm 11,1) ; mais Il lui a adjoint les nations païennes.

Dieu notre Père compte donc sur nous, ouvriers de sa vigne, pour que nous lui fassions produire du fruit. Cela ne pourra « se réaliser qu’à travers la disponibilité à la conversion et à travers une foi renouvelée » pour éviter de devenir « des fidèles “de routine” qui dans l’Église voient désormais seulement ce qui paraît, sans que le cœur soit touché par la foi ». Ainsi, il y a quelques années déjà, Benoît XVI s’adressait-t-il aux catholiques rassemblés pour l’Eucharistie à Fribourg et les invitait chaleureusement « à s’interroger sur leur relation personnelle avec Dieu, dans la prière, dans la participation à la messe dominicale, dans l’approfondissement de la foi par la méditation de la sainte Écriture et l’étude du Catéchisme de l’Église Catholique.

J’y ajouterai la pratique d’une charité ouverte, bienveillante et compatissante. Depuis quelque temps, de nombreuses personnes, plutôt jeunes, s’adressent à nos communautés paroissiales pour demander le baptême et recevoir les enseignements du Christ. Vivons nous-mêmes notre propre Baptême et témoignons humblement de la joie et la force que le Christ nous donne, car avec Lui et sans Lui, nous ne pourrons rien faire.                                                                                                        

AMEN !

jeudi 24 septembre 2026

HOMÉLIE 26ème Dimanche Ordinaire A – “Parabole des deux fils » Mt 21,28-32 - 27 septembre 2026

 

HOMÉLIE 26ème  Dimanche Ordinaire A – Mt 21,28-32

27 septembre 2026

 

“Parabole des deux fils »

 

 

La conduite du Seigneur est étrange, disent les compatriotes du prophète Ézéchiel. Et de fait, les textes de ce Dimanche en sont l’illustration.

Jésus, qui était dans la condition de Dieu s’est dépouillé pour prendre la condition d’esclave, dit l’hymne de St Paul aux Philippiens (qui est peut-être un des hymnes liturgiques le plus ancien du christianisme).

« Les voleurs et les prostituées vous précèdent dans le Royaume des cieux » (Mt 21,31) dit Jésus aux responsables religieux de son peuple.

Pour qui donc ces paroles sont-elles étranges ?

Peut-être pour certains qui se sont fait un Dieu à leur image. C’était bien l’attitude des chefs des prêtres et des anciens qui n’estimaient pas le besoin de se convertir lorsque Jean-Baptiste les y invitait ("En quoi des gens qui suivaient fidèlement les prescriptions de la Loi données par Moïse, et donc par Dieu, avaient-ils besoin de conversion ? "). Une espèce de suffisance les empêche de se remettre en question. Ils savent ce qu’il en est des choses de Dieu et ils ne peuvent plus voir autre chose que leurs propres certitudes. C’est ce que leur reproche Jésus : (" Même après avoir vu Jean-Baptiste vivant selon la justice…même après avoir vu la conversion des pécheurs…vous n’avez pas voulu croire ")

         Les publicains et les prostituées ont réagi tout autrement. Ce sont des pécheurs publics, certes et ce n’est pas cela que Jésus complimente. Ils sont comme le premier fils de la parabole : ils ont commencé par refuser de travailler à la vigne : jusque là, rien d’admirable ! Seulement voilà : Jean Baptiste les a touchés, ils ont écouté sa parole et ils se sont convertis, ils ont changé leur vie. Ce n’est pas parce qu’ils sont pécheurs qu’ils entrent dans le Royaume, mais parce qu’ils se sont convertis. Se sachant pécheurs et ayant un sentiment très vif de leur indignité, de leur pauvreté, ils étaient sans doute plus aptes à se convertir, ils avaient les oreilles et le cœur plus prêts à s’ouvrir.

         Les oreilles et le cœur prêts à s’ouvrir, voilà l’attitude fondamentale du croyant dans la Bible.

Lorsque la plupart d’entre nous ont dit ‘oui’ au Seigneur, ‘je veux te suivre’, ‘tu es mon Dieu’, c’était sincère. Mais bien vite, nous risquons de continuer à vivre sans trop nous soucier de la volonté de Dieu. Bien sûr, il y a souvent coïncidence entre nos actes et cette volonté de Dieu, mais lorsque entre elle et notre vouloir personnel surgit une discordance, c’est celui-ci qui l’emporte : nous nous laissons entraîner par nos désirs et à nos caprices.

         Or la vie chrétienne, le "oui" au  Seigneur n’est pas de l’ordre d’une simple inscription, comme le second fils qui dit Oui à son Père et ne fait rien. C’est un vouloir vivant et continu, une acceptation constante et actuelle de la volonté de Dieu sur nous. C’est un ‘Oui’ sans cesse répété. une réponse à un appel personnel de Dieu. Cet appel varie selon les circonstances et c’est pourquoi Jésus demande que nous ayons les oreilles et le cœur ouverts chaque jour pour le suivre, pour connaître le chemin. Il faut donc savoir remettre en question ce que l’on fait, pour se maintenir toujours en état de disponibilité devant Dieu.

         Comment ?  Le seul moyen de connaître la volonté de Dieu, c’est de l’aimer : c’est, dans la prière, d’accorder notre vie à Sa Parole puisée à la lecture des Saintes Écritures ou écoutée avec attention. Puis être cohérent avec cette Parole de Dieu : la méditer et la garder dans son cœur. Enfin, d’ouvrir les yeux et d’être attentif aux besoins de nos frères, puisque Dieu nous fait signe en eux.

         Alors, même si nous avons pu avoir une première réaction de refus, nous goûterons combien il est bon et heureux d’aller travailler à la vigne du Père, car Lui-même s’en réjouit.

 

AMEN !