samedi 2 mai 2026

HOMÉLIE 5° Dimanche de Pâques. "Qui me voit, voit le Père" Jn 14,1-12. - 03 mai 2026

 

HOMÉLIE  5° Dimanche de Pâques.  Jn 14,1-12.

03 mai 2026

 

« Qui me voit, voit le Père »

 

                   A quelques heures de l’arrestation de leur maître, les disciples ont le cœur troublé : ils sont même un peu perdus se demandant ce qu’ils allaient devenir. Malgré les paroles de réconfort plein de promesses de Jésus, deux d’entre eux, Thomas et Philippe ne peuvent s’empêcher de Lui exprimer leurs inquiétudes fondamentales : « Où vas-tu ? » « Montre-nous le Père et cela nous suffit ! »

                   Qui d’entre nous n’a pas eu le désir, à un moment ou un autre, de voir Dieu ? « Celui qui m’a vu a vu le Père » répond Jésus et Il ajoute : « Je suis dans le Père et le Père est en moi ! » Pour les apôtres avec lesquels Jésus est depuis si longtemps, cette révélation a de quoi surprendre. N’ont-ils pas découvert la profonde communion  de Jésus avec son Père ? Qu’ils croient au moins à cause de ses œuvres ! A nous également, si nous désirons voir Dieu, de chercher à mieux connaître les paroles et les œuvres de Jésus, Celui « par lequel il faut passer pour aller vers le Père »

                   St Pierre, dans la 2ème Lecture de ce jour, nous le rappelle comme en écho. « Bien-aimés, approchez-vous du Seigneur Jésus : Il est la pierre angulaire rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu » (1 P 2,4) Et il ajoute : « Vous aussi, comme des pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle… » Autrement dit, nous avons à construire ce Royaume céleste fondé sur la pierre angulaire qui est le Christ : mais comment ?

                   C’est là que nous est précieuse la réponse que Jésus fait à Thomas qui semble ignorer le chemin. « Moi Je suis le Chemin et la Vérité et la Vie ». Il me semble important de bien comprendre le sens de ces paroles.

                   « Moi, Je suis… » Cette expression ne vous rappelle-t-elle pas une réponse que Dieu fit à Moïse ? Il venait de le rencontrer au buisson ardent dans le Sinaï afin de l’envoyer auprès de pharaon en vue de libérer son peuple de l’esclavage (Ex 3,14). Moïse lui demande de révéler son nom. Difficile à traduire car l’hébreu de la Bible autorise à donner plusieurs traductions :

                    « Je suis qui Je suis », qui serait la manière dont Dieu se révèle aux mystiques qui ne cessent de le chercher et de le contempler, Lui, Celui qu’on ne peut précisément nommer dans le mystère de son immensité.

                    Ou encore « Je suis Celui qui est », où Dieu s’adresse davantage aux philosophes qui réfléchissent sur sa nature.

                    Ou enfin « Je suis qui Je serai » où Dieu se révèle Celui qui sera avec nous de la manière que nous découvrirons au fur et à mesure que nous marcherons avec Lui. C’est ainsi qu’Il s’est manifesté tout au long de l’histoire biblique et qu’il le fait encore avec nous aujourd’hui en la personne de son Fils « l’Emmanuel, Dieu avec nous ».

                   Je suis « Le Chemin » : odos, odoV. (Qui a donné "Exode : chemin de sortie…d’Égypte). Un chemin est une voie qui permet d’aller d’un lieu à un autre ; qui d’une part fait éviter un tout-terrain pénible et d’autre part, mène quelque part, en évitant bien sûr les fausses-pistes ! De plus, il peut nous faire rencontrer des personnes sur ce chemin. Jésus marche avec nous, Il nous guide : ne nous a-t-Il pas dit qu’Il était le Beau Berger ? (Jn 10,11)

                   Je suis « La Vérité » aléthéia, alhqeia.. La notion biblique de vérité est enracinée dans la notion de solidité, de fiabilité, ce sur quoi l’on peut s’appuyer, bâtir, ce qui fuit les modes et résiste au temps : elle provient de la racine hébraïque "èmet" : la vérité, qui a donné "èmouna" : la foi, la fidélité, la confiance et "amen" : "je crois, j’adhère". C’est le contraire du mensonge, de l’illusion et du paraître. Jésus est notre Lumière (Jn 8,12).

                   Je suis « La Vie » zoë, zwh.  Il ne s'agit pas de la vie biologique (Bios bioV ) mais de ce qui nous anime ; ce qui fait que nous nous levons le matin  pour l’amour de nos proches, louer le Seigneur, gagner notre vie, mettre en œuvre nos projets et donner sens à nos activités.

                   Ainsi Jésus nous donne sa véritable identité, celle qui est unie à Son Père et à tous ceux qui croiront en Lui : ils feront les œuvres qu’Il a faites. Ils en feront même de plus grandes encore parce que, partant vers le Père, Il nous transmet la mission qu’Il a reçue Lui-même du Père et qui pourra être mise en Œuvre par l’effusion de l’Esprit-Saint. 

    Qu’il en soit ainsi, AMEN !

mercredi 22 avril 2026

HOMÉLIE 4° Dimanche de Pâques A - "Jésus, la Porte" Jn 10,1-10. - 26 avril 2026

 

HOMÉLIE  4° Dimanche de Pâques A Jn 10,1-10.

26 avril 2026

Jésus, la Porte

 

Ce quatrième Dimanche de Pâques est traditionnellement appelé le “Dimanche du Bon Pasteur” et l’Église nous invite tout particulièrement à prier pour que Dieu suscite des vocations de pasteurs.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, voyant que les pharisiens ne comprenaient pas l’image du Bon Pasteur, Jésus propose une autre image : celle de la Porte. En effet, les portes, dans l’espace du culte du Temple de Jérusalem, avaient une grande importance. On accédait à la présence divine par une série de parvis gardés par des portes. Il y avait le parvis des païens où tout le monde pouvait se rendre pour prier ; puis, franchissant un mur qui ceinturait l’espace du Temple, on entrait, au centre, par la “Belle Porte”, sur le parvis des femmes : une inscription en hébreu, en grec et en latin prévenait que tout non-juif serait mis à mort s’il franchissait cette porte. Puis, gravissant un escalier,  on entrait par la porte de Nikanor dans le parvis des hommes qui entourait la cour des prêtres et des lévites, au-dessus duquel se trouvait l’autel des sacrifices. Alors, les prêtres seuls accédaient à l’édifice par une première salle, le “Saint”, séparé par un double rideau du “Saint des Saints”, où seul le grand prêtre au jour de Kippour, pouvait entrer, car il était le lieu par excellence de la présence divine. Tout cela certes, soulignait le caractère de sainteté absolue de Dieu, mais en même temps le rendait inaccessible à bien des catégories de gens et, d’une certaine manière, les excluait.

                   Jésus ne l’entend pas ainsi. Avec nombre de prophètes, de patriarches et de matriarches, Il vient révéler un Dieu qui libère l’homme de tous ses enfermements et exclusions. Aux marchands qui se sont installés sur le parvis des païens, Il s’adresse à eux avec virulence en leur disant : "N'est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands ! » (Mc 11,17). Lorsque Jésus meurt sur la croix, le double rideau du Temple se déchire : la présence de Dieu est maintenant, en effet, dans Celui qui vient de donner sa vie et ouvre les portes à tous les hommes. Le livre de l’Apocalypse, qui clôt la Bible, se termine par la vision de la Jérusalem céleste aux douze portes toujours ouvertes, face aux quatre points cardinaux : l’invitation à rencontrer Dieu s’adresse à tous les peuples.

                   C’est par Jésus qui est la porte que l’on va vers Dieu.

                Qui aujourd’hui sera le signe de Jésus “porte” pour aller vers Dieu ? Qui ouvrira pour “aller paître sur de verts pâturages” ?

Ne sont-elles pas les trois missions principales du prêtre ?

·         Ouvrir les esprits et les cœurs à l’enseignement de Jésus ;

·       Donner la vie de Jésus, de son Esprit par les signes qu’Il nous a laissés que sont les sacrements ;

·       Être “pasteur” connaissant ses brebis, guidant le troupeau qui lui est confié avec soin.

         Pour ma part, je suis certain que Dieu appelle, car Il veut sans aucun doute qu’Il y ait des “pasteurs”, certes bien humains, comme St Pierre, mais qu’Il envoie, comme Il a envoyé son propre Fils et qu’Il s’engage à accompagner comme Il l’a fait avec Lui. Seulement aujourd’hui où le monde change vite à travers des bouleversements sociaux, économiques et bien sûr politiques, qui est assez sûr de pouvoir s’engager définitivement ? Les jeunes qui envisagent le sacerdoce ne sont d’ailleurs pas les seuls concernés. De plus, les ministères des prêtres sont très variés et leurs affectations changent en fonction des besoins du diocèse. Devant l’orientation définitive de sa vie vers le sacerdoce se présente aussi pour le jeune l’attrait d’un bonheur plus accessible dans l’amour humain et la formation d’une famille qui apportera la joie d’une paternité;  enfin, l’attrait des biens de ce monde mais aussi,  plus récemment, les scandales provoqués par la conduite immorale et destructrice de certains ministres peuvent légitimement effrayer ou au moins faire réfléchir en profondeur ceux qui ont entendu un appel du Seigneur et se dispose à y répondre.

                   Vivre avec Jésus dans la force et la joie d’aimer comme Lui n’est-ce pas plutôt une chance et un grand bonheur que de Le suivre sur son appel ? Et que de frères et sœurs ne sont-ils pas alors donnés !  Prions pour que l’Esprit Saint éclaire tous ceux qui ont discerné un appel de Jésus afin qu’ils puissent y répondre en toute liberté et dans la joie pour le bien de tous et la plus grande gloire de Dieu.         AMEN !

 

 

M


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


jeudi 16 avril 2026

HOMÉLIE 3° Dimanche de Pâques. A. "Le chemin d’Emmaüs" Lc 24,13-35. - 19 avril 2026

 

HOMÉLIE  3° Dimanche de Pâques. A. Lc 24,13-35.

19 avril 2026

 

Le chemin d’Emmaüs 

 

Qui dans sa vie n’a pas découvert, d’une manière ou d’une autre, qu’il était en chemin, tout particulièrement lorsqu’une épreuve survenait : deuil, accident de santé, rupture de relation, perte d’emploi, examen à passer ou tout simplement, choix difficile à faire lorsqu’il subsiste beaucoup d’inconnues ou d’incertitudes. N’est-ce pas le cas aujourd’hui pour beaucoup d’entre nous face à l’avenir de notre pays ?

Oui ! Nous sommes en chemin vers l’avenir et nous pouvons ressentir inquiétude, angoisse ou même déception. Est-ce raison pour désespérer et se laisser abattre ?

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente le cas de deux proches de Jésus, quittant Jérusalem au soir du 1er jour de la semaine, après la Pâque, le cœur lourd, désemparés, ne comprenant pas ce qui s’y était passé et comprenant encore moins la personne de Jésus en qui ils avaient mis l’espérance de la libération de leur pays. De plus, ils restent enfermés dans leur désespoir, ne pouvant prêter foi aux femmes, venues  dès l’aurore au tombeau, constatant l’absence de corps de Jésus  et  signalant la présence d’anges révélant que Jésus était vivant.

         Sur ce chemin, un « étranger » les rejoint, les écoute et recadre complètement leurs propos à partir de ce qu’ils connaissent de Moïse et des Prophètes (c’est-à-dire toute la première Alliance), mais qu’ils n’ont pas eu l’intelligence de relire et interpréter au sujet de ce qu’ils venaient de vivre et de découvrir en la personne de Jésus ce « Christ qui devait souffrir pour entrer dans sa gloire ».

         Les paroles de l’étranger ont ouvert un chemin brûlant dans leur cœur et ils veulent le retenir : « Reste avec nous… ». Alors qu’ils sont à table, un geste avec le pain, une bénédiction et alors ils voient Celui qui disparaît à leurs yeux. Plus de raison de rester  à l’auberge malgré le soir qui s’est approché et la nuit qui est arrivée : ils reprennent le chemin vers cette ville, Jérusalem,  qui les avait tant déçus et vont, tout brûlants de joie et de certitude, retrouver le groupe des Apôtres qui confirme leur découverte.

Jésus leur a fait comprendre qui Il est vraiment : non pas le Messie libérateur d’une puissance opprimante qui serait vite remplacée par une autre, mais Celui qui ouvre une espérance inimaginable et autrement heureuse : ressuscité, Il est la Vie définitive, qui ne craint plus la mort. Une Vie fondée sur l’amour, qu’Il peut, à présent, communiquer à tous : d’une part en “réchauffant le cœur” par l’intelligence des Écritures qui révèlent notre destin et celui du monde, d’autre part en se donnant “par la fraction du pain”, Lui Vivant, Lui « le Chemin et la Vérité et la Vie » Jn 14,6 ; Lui, marchant à nos côtés, ne nous laissant jamais seul. « Je suis tous les jours avec vous jusqu’à la fin des temps » Mt 28,20  

Qu’Il continue de nous « apprendre les chemins de vie, de nous remplir d’allégresse par sa présence » comme Pierre le rappelait aux Juifs à la première Pentecôte (1ère Lecture d’aujourd’hui - Ac 2,28)

AMEN !

 

mercredi 8 avril 2026

HOMÉLIE 2° Dimanche de Pâques A. "La foi de Thomas" Jn 20,19-31 - 12 Avril 2026

 

HOMÉLIE  2° Dimanche de Pâques A. Jn 20,19-31

12 Avril 2026

 

La foi de Thomas

                   Quel attachant personnage que ce Thomas ! Qui est-il ? Et pourquoi a-t-il douté ? Il est courageux ; il a du caractère : c’est le seul Apôtre à être sorti du Cénacle où les autres, la peur au ventre, s’étaient verrouillés. C’était un réaliste, qui avait bien compris qu’en montant à Jérusalem avec Jésus pour se rendre auprès de Lazare qui était mort, il risquait la mort avec son maître : "Allons, nous aussi, pour mourir avec lui!"  Jn 11, 16. Il était prêt à donner sa vie pour Jésus qu’il aimait passionnément. Sa mort l’avait profondément déstabilisé : il était persuadé que Jésus saurait s’en sortir, Lui qui était capable de ressusciter Lazare. Et voilà qu’Il était bien mort.

                   Tout devenait pour lui une immense question : quel était le sens de la vie de Jésus ? De son témoignage ? De la pertinence de ses paroles et de son enseignement puisqu’Il avait fini sa vie comme un pauvre malfaiteur, abandonné de tous. Qu’on lui annonce que Jésus était vivant, alors là, c’était trop pour lui : il ne voulait plus être trompé et déçu.

                   Son refus de croire sans preuve venait peut-être aussi de ce que Jésus, s’étant manifesté aux autres apôtres en son absence, il en était un peu jaloux et frustré d’avoir manqué ce moment qu’il désirait inconsciemment si fort au fond de lui.

                  En tout cas, le dimanche suivant, de nouveau Jésus se trouve au milieu d’eux : Il ne lui en veut pas et au contraire s’adresse à lui pour combler son attente. Il l’invite à toucher les "preuves de son identité" par ses plaies : l’a-t-il fait ? Personne ne le sait mais aussitôt éclate sa belle profession de foi, la première qui désigne Jésus comme Dieu : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jésus peut alors l’inviter à passer du voir au croire.

                   Sur le chemin de la foi, nous sommes invités nous aussi à dépasser le désir bien légitime de preuves visibles, concrètes pour accéder à une adhésion basée sur la confiance.

                   Mais confiance en quoi ou en qui ?

                   D’abord, confiance dans les témoins qui ont donné leur vie pour dire ce qu’ils avaient vu et entendu et qui nous est précieusement rapporté dans les Évangiles.

                   Confiance dans la pertinence, la grandeur, la beauté et le bonheur qu’apporte la vie selon l’Evangile. Et, en ce dimanche de la miséricorde, il est heureux d’évoquer la “présence” concrète, réelle, visible du Christ dans « celui qui a faim, froid, qui est malade, nu, prisonnier » chaque fois que nous allons à leur rencontre (Mt 25, 35-36)

                   Confiance dans la Communauté réunie comme les apôtres au Cénacle qui continue, dimanches après dimanches, à écouter les paroles du Christ, à comprendre ses enseignements et à se nourrir de son Corps.

                   Enfin, confiance dans le don de l’Esprit Saint qu’au soir de sa résurrection, Jésus “souffle” sur les Apôtres et qu’Il donne aujourd’hui à tous ceux qui le Lui demandent.

                   Non ! Le doute de Thomas n’est pas le doute du sceptique, du soupçonneux, limité  par sa raison, étranger au sens des réalités qui lui échappent et qui se ferme à toute nouveauté, qui finalement reste seul avec lui-même. Il est de ceux qui questionnent devant l’extraordinaire, l’insolite, l’inattendu, “l’incroyable” : ils veulent vérifier qu’ils sont bien dans la cohérence et la vérité de ce qu’ils croient et que c’est accessible à tous ceux qui le veulent bien.

                   Dieu est tellement “autre” et les évènements, comme pour Thomas, sont tellement déconcertants qu’il est courant, dans la Bible, d’entendre des croyants et particulièrement des priants lui lancer des questions : Où es-tu ? Que fais-tu ? Jusqu’à quand nous laisseras-tu dans cette détresse ? Souvenez-vous du dernier cri de Jésus Lui-même sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Début du Ps 22 qui se termine par un chant de louange : « J'annoncerai ton nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai ».

 Ce sont des doute-questions qui débouchent sur la foi-louange.

                   Bienheureux Thomas qui éduque nos propres doutes, nous invitant à poser les bonnes questions ; à les partager entre nous ; à les porter et à les dépasser jusqu’à exprimer joyeusement notre foi. Et qui est son “jumeau” ? Ne le serions-nous pas tous un peu ?

AMEN !

 !