HOMÉLIE 4ème Dimanche Carême. A. « L’aveugle-né »
Jn 9, 1-41
15 Mars 2026
Merveilleux récit qui nous présente un homme que Jésus sort des ténèbres pour le conduire à la lumière de la foi en Lui, Fils de Dieu.
Cet homme est un aveugle de naissance, rencontré par Jésus
sur son passage. Guéri miraculeusement, Il subit les interrogatoires inquisiteurs des ennemis de Jésus
et leur répond avec un bon sens désarmant et même malicieux ! Lorsqu’on
lui demande qui est celui qui l’a guéri, l’aveugle parle d’abord de “l’homme qu’on appelle Jésus” ;
puis, il le désigne comme un “prophète”
en le qualifiant comme “l’homme qui
vient de Dieu”. Enfin, il le reconnaît comme “le Seigneur”. D’une ignorance totale de Jésus, il va jusqu’à professer
sa foi en Lui ; d’une situation d’aveugle de naissance qui vient de guérir,
il dit : « Maintenant, je vois »v.25 [voir
avec ses yeux de chair blepô, “blepw”] mais plus loin, lorsque Jésus
lui demande s’il croit au Fils de l’Homme, il s’entend dire de sa part : « Tu l’as vu »v.36 [voir dans le sens
de comprendre : eôrakas, « ewrakaϛ »de ophtalmo, “oftalmw”]. Il comprend alors que
celui qui est devant lui est Dieu, et il se prosterne devant Lui.
En face de lui, les
pharisiens que ce signe miraculeux de la guérison d’un aveugle-né contrarie
parce qu’il a été accompli le jour du
Sabbat. Dans leur conception étriquée de la Torah, ils ne “voient”
pas ; ils oublient que Dieu a donnée la Torah à Moïse pour libérer les
hommes de toute forme de servitude. Malgré les dires de l’aveugle-né, malgré
leur enquête auprès des témoins et des parents de l’aveugle, ils refusent
l’évidence et s’enfoncent de plus en plus dans leur aveuglement : leur
péché demeure !
Je ne dis rien de l’entourage de l’aveugle qui s’interroge,
mais ne se mouille pas devant le risque d’être exclu de la Synagogue.
Enfin, il y a les Apôtres.
Jésus va également leur ouvrir les yeux. Le récit commence par leur question,
reflétant la croyance (qui se manifeste encore de nos jours) selon laquelle les
maladies, les accidents, les malheurs seraient les fruits du péché. « Qui
a péché : lui ou ses parents ? » demandent les Apôtres. « Ni
lui, ni ses parents n’ont péché ! » Répond Jésus de façon
claire et nette. A cette fausse conception qui laisse penser que Dieu punit les
mauvais et récompense les bons, et donc que s’il y a punition, il y a eu
nécessairement faute, Jésus va modifier leur image de Dieu. A la place d’un Dieu
vengeur et punisseur, il présente un Dieu qui sauve les hommes,
« qui ne regarde pas les apparences mais regarde le cœur » (1ère
Lecture, 1 S 16,7)
« Mais c’était pour que les
œuvres de Dieu se manifestent en lui » v.3. Jésus réalise ce
projet, par un geste symbolique, faisant de la boue avec sa salive, comme Dieu
façonnant Adam à partir de la terre. (Gn 2,7). Il va comme re-créer sa créature
blessée, mais plus encore la faire accéder à la foi en son créateur-sauveur. « Il nous faut travailler aux
œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour » v.4. Jésus
dit “nous” s’adressant à ses Apôtres
et les associe à sa tâche. Voilà bien la mission que Jésus nous confie
aujourd’hui encore : éclairer de notre foi tous ceux que Jésus met
sur notre “passage”. Préparations aux sacrements, aux obsèques, catéchèse à
tous âges, visites aux personnes âgées, aux gens seuls ou aux malades, et tant
d’initiatives personnelles en voisinage, en loisirs, au travail ou à
l’école : ne sont-elles pas autant de mises en pratique de cette vocation
que nous avons reçue au Baptême, que les premiers chrétiens appelaient
également “illumination” ? Et
qu’aujourd’hui les catéchumènes expriment à l’occasion de leur deuxième
scrutin. La lumière, nous la recevons du Christ-Jésus, comme le rappelait St
Paul dans la 2ème lecture : « Frères, autrefois,
vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes
lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière - or la lumière a
pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité –et sachez reconnaître ce
qui est capable de plaire au Seigneur » (Ep 5,8).
Combien il nous est nécessaire, “renonçant aux activités des
ténèbres”, (Ep 5,11) de nous tourner vers Jésus : de contempler et
de s’imprégner de ses attitudes, de ses paroles ; puis dans un appel
inlassable à l’Esprit-Saint, nous laisser guider, jour après jour, dans nos
projets, nos comportements, nos paroles, afin d’être lumière à notre tour. AMEN !