mercredi 21 octobre 2026

HOMÉLIE 30ème Dimanche Ordinaire – A. “Dans la Loi, quel est le grand commandement ?” Mt 22,34-40 - 25 Octobre 2026

 

HOMÉLIE 30ème Dimanche Ordinaire – A. Mt 22,34-40

25 Octobre 2026

 

 “Dans la Loi, quel est le grand commandement ?”

“Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme (psuchè) et de toute ta pensée.” (Dt 6,5)  et “Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv 19,18)

Mais que signifie “aimer Dieu” ? N’est-ce pas tout simplement faire ce que Dieu voudrait que l’on fasse et que toute la Révélation et en particulier la première lecture de ce dimanche, extraite du livre de l’Exode (Ex 22,20-26), nous invite à faire ? Notamment, avoir comme Lui une attention aux plus vulnérables, “car Il écoute le cri de l’ opprimé et compatit à sa souffrance”. Il y a aussi, bien sûr, tout l’enseignement de Jésus, les guérisons qu’Il fait en nombre et, bien sûr, son désir permanent de faire Sa Volonté, c’est à dire, aimer comme Lui.

Mais, Dieu peut-il nous “commander” d’aimer ? Alors que le véritable amour ne peut s’exprimer que dans la plus grande liberté ! Aimer ne se manifeste-t-il pas lors de la rencontre avec une personne qui donne à la vie une nouvelle saveur, un nouvel horizon et dans la plupart des cas, de nouvelles responsabilités envers ceux que l’on aime ? Le mot original, utilisé par St Matthieu, que l’on a traduit par “commandement” se dit:  entolè=entolh, qui signifie “prescription” : comme la prescription d’une ordonnance du médecin pour un médicament, qu’il est vivement conseillé de prendre si l’on veut guérir, et donc ce terme souligne le caractère personnel et invitant de l’amour que nous porte le Père.

Alors, qu’est-ce qu’aimer ?

Dans son Encyclique « Dieu est Amour”, §.3, Benoît XVI présente trois mots qu’utilise la Bible pour parler de l’amour.

“Éros” que seul utilise deux fois l’Ancien Testament. Il désigne le désir qui attire et donne le plaisir, avant goût du bonheur définitif auprès de Dieu. Il convient de l’accueillir comme un don, mais aussi de le discipliner, de le purifier pour le conduire à sa vraie grandeur qui est union harmonieuse entre le corps et l’esprit, mais aussi communion avec l’autre, et non satisfaction de ses instincts.

“Phileia” qui concerne l’amour d’amitié et qui est utilisé et approfondi dans l’Évangile de Jean pour exprimer le rapport de Jésus avec ses disciples.

“Agapè” qui est découverte de l’autre, dépassant le caractère égoïste et possessif (ne cherchant pas son propre intérêt et ou le soin et le bien de l’être aimé). Il donne, au prix de renoncements, mais aussi sait recevoir de l’autre. Il remplit de joie simple et conduit au bonheur paisible.

 Aimer Dieu et aimer son prochain ne sont jamais en rivalité puisque tous deux ont leur source en Dieu Lui-même. Il est Amour (1 Jn 4,7). Mais aimer Dieu n’est pas un sentiment ou une idée: c’est une décision totale d’engager tout son cœur, son âme, son esprit, son intelligence et s’exprime concrètement dans l’amour des autres, de la nature, de tout le créé, en particulier “l’étranger, la veuve et l’orphelin” et qui me demande de les aimer comme Lui les aime. Ou encore, les aimer comme moi-même, c'est-à-dire, m’identifier à eux, les aimer comme si c’était moi : si je ne les aime pas, je ne m’aime pas moi-même.

 St Jean, dans sa 1ère lettre, l’exprime à merveille: “Si quelqu’un dit j’aime Dieu et qu’il déteste son frère, c’est un menteur: celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit pas !” (1Jn 4,20).

Toute la Parole de Dieu contenue dans l’Écriture dépend de ces deux commandements. “A ces deux commandements, toute la Loi est suspendue et les prophètes”

Ces deux prescriptions, mises en pratique, sont pour ceux qui aiment en vérité, la signature de la présence de Dieu en eux.

AMEN !

jeudi 15 octobre 2026

HOMÉLIE du 29ème Dimanche Ordinaire A– “Rendez à César ce qui est à César…" Mt 22,15-21 - 18 Octobre 2026

 

HOMÉLIE du 29ème Dimanche Ordinaire A– “Rendez à César ce qui est à César…"

Mt 22,15-21. 18 Octobre 2026

 

“Rendez à César ce qui est à César…

Et à Dieu, ce qui est à Dieu” Mt 22,21

 

Cette parole est devenue aujourd’hui une maxime pour définir la laïcité, "principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique". Il s’agit bien de "pouvoir" mais non de vie spirituelle comme Jésus va inviter les pharisiens et les partisans d’Hérode à ce que Dieu nous a invités à devenir.

 Après une introduction élogieuse mais tellement hypocrite, reconnaissant la droiture et la justice de leur interlocuteur, les adversaires de Jésus Lui demandent son avis sur le paiement ou non de l’impôt à l’empereur. Leur question est très habile, car Jésus est acculé à dire oui ou non :

S’Il dit oui, Il sera considéré comme un collaborateur de l’occupant romain et perdra tout son prestige et son autorité auprès du peuple opprimé par ces mêmes romains.

S’Il dit non, Il sera considéré comme un opposant et dénoncé pour être emprisonné : ses adversaires en seront débarrassé !

Comment Jésus va-t-il s’en sortir ?

En bon pédagogue (et parce qu’il aime ses ennemis comme Dieu les aime), Jésus dévoile d’abord leur hypocrisie. Puis Il se livre à une petite démonstration toute simple : “Montrez-moi la monnaie de l’impôt” leur demande-t-il. Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : “ Cette effigie  et cette inscription, de qui sont-elles ? ” On a traduit par “effigie” le mot du texte original “icône” (eikwn). L’icône de la pièce d’argent du denier est celle de César, alors : “Rendez à César ce qui est à César… Et à Dieu, ce qui est à Dieu”

Mais quelle est donc l’icône de Dieu ? 

Bien sûr, on pense tout de suite au Christ. Paul écrit : “Il est l’image (l’icône) du Dieu invisible, le premier-né de toute créature” Col 1, 15.

    Mais où trouve-t-on encore cette référence à l’image de Dieu ?

Elle se trouve tout au début de la Bible : “Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa…” Gn 1, 28. Or dans la Bible grecque des LXX (Septante), le mot image est le même que celui de l’évangile : « icône ».

De plus, en hébreu, le mot a une signification toute particulière : l’image, la “Tsélem”, désigne la reproduction en plus petit d’une idole de divinité païenne. Ainsi à Babylone, chaque année, lors des grandioses processions en l’honneur de toutes les divinités, les serviteurs et fidèles de chaque divinité se rangeaient derrière un modèle réduit de la statue de la divinité (dont la statue originale ne pouvait être déplacée hors de son temple en raison de sa masse souvent colossale). Ils pouvaient également suivre la bannière, l’étendard, la “Tsélem” de leur dieu. L’auteur sacré de la Genèse, qui écrit à cette époque, reprend à son compte cette référence à ces manifestations religieuses. Dire que l’homme est “l’étendard de Dieu” c’est lui révéler qu’il est appelé à signifier, dans le cortège de la création, la présence de Dieu.

Malheureusement, nous sommes obligés de constater que l’homme a trahi ce merveilleux désir de Dieu et défiguré son image. Dans son désir de sauver ses adversaires, Jésus les invite à retrouver de façon très inattendue, ce à quoi Dieu son Père les a appelés. Il faut donc que l’homme soit “rendu à Dieu” autrement dit qu’il redevienne ce qui est sa vocation première : révéler Dieu à la création entière, manifester sa présence dans un monde qui l’ignore, montrer partout que l’amour qu’Il nous donne est plus fort que la mort et son cortège de malheurs et de souffrances.

En Jésus, parfaite icône du Père, c’est chose faite.

Paul aux Corinthiens : “…et nous tous qui le visage dévoilé reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même icône, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur qui est Esprit” 2 Cor 3, 18. Il reste à chacun à devenir, jour après jour, “icône de Dieu”.  En cette journée mondiale consacrée à la mission dans le monde, n’est-ce pas cela qui nous est demandé ? N’est-ce pas cela que font les missionnaires, prêtres, religieuses et religieux, mais aussi tout baptisé: manifester par leur présence aimante et respectueuse la présence même de Dieu. 

          AMEN !

jeudi 8 octobre 2026

HOMÉLIE du 28ème Dimanche Ordinaire A– “Allez donc aux croisées des Chemins: tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce” Mt 22,9 - 11 Octobre 2026

 

HOMÉLIE du 28ème Dimanche Ordinaire A– Mt 22,1-14

11 Octobre 2026

“Allez donc aux croisées des Chemins:

tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce” Mt 22,9

 

Une parabole n’est pas une histoire vraie qui s’est réellement passée : c’est un peu comme une fable (les fables de La Fontaine) mais c’est un récit « jeté à côté de nos vies » pour nous faire comprendre quelque chose: parabolaiV:  Para=à côté ; ballo=jeter->ballon ! Et comme bien souvent dans les paraboles, il y a des propos excessifs, des comportements étonnants pouvant être mal compris et mettre mal à l’aise, par exemple :

-   Qui sont ces invités qui refusent de se rendre à des noces? Qui sont ces invités qui maltraitent et même tuent les envoyés du roi ?

-   Quel est ce roi, qui, après avoir convié ses invités, envoie ses troupes punir les meurtriers et massacrer leurs villes ? Quel est ce roi qui s’obstine à vouloir, coûte que coûte, remplir la salle de noces de convives, avec des “mauvais et des bons”, que les serviteurs ont été cherché tant tout le pays ?

Cette parabole de Jésus exprime l’immense désir de Dieu, son Père de voir tous les hommes rassemblés pour les noces de Son Fils avec toute l’humanité : aucune condition, aucune appartenance, aucune morale, aucune identité, tout le monde est invité !

         Dans la deuxième partie, le roi vient visiter les convives et il remarque qu’il y en a un qui n’a pas le vêtement de noces. Que peut bien signifier ce vêtement de noces ?

         Le vêtement, c’est important et très souvent mentionné dans la Bible.

Oui, bien sûr : indispensable pour vivre. [Si 29,21 ; 1 Tm 6], Pour dire qui on est : prophète, roi, grand prêtre, esclave, 

ainsi que son état : policier, soldat, joueur de foot…

Il est signe de retrouvaille : le père revêt l’enfant prodigue d’une nouvelle robe, Luc 15, 22 ;

La foule veut toucher la frange de l’habit de Jésus pour être guéri.

Quand Jésus est sur la montagne, il apparaît transfiguré et avec des vêtements éblouissants qui révèlent qui Il est réellement, Mc 9,3.

          Mais de nos jours encore, combien choisisse de porter un tee-shirt avec des dessins ou des mots dessus pour manifester ou signaler leur appartenance à un groupe, une équipe sportive…Ces tee-shirt atteignent parfois des prix exorbitants à la revente lorsqu’ils ont été portés par des gens illustres !

         St Paul reprendra la symbolique du vêtement pour déclarer  « Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ».  Tout homme, à son Baptême, est ainsi revêtu du vêtement blanc des noces et, invité à recevoir le Corps de Son Seigneur, et il s’entendra dire : « Heureux les invités au repas du Seigneur ».

         Quant à l’homme de la parabole qui ne porte pas le vêtement de noce, il n’est pas dit qu’il est mauvais. Il est simplement dit qu’il resta muet. L’invitation au festin de noces ne l’a pas changé ; peut-être n’a-t-il pas "converti" son désir de bien profiter du  grand festin en oubliant totalement l’appel à se réjouir, à être associé au bonheur des mariés et du père qui l'a invité ; à le remercier, il reste sans réponse, (mot à mot “muselé”).

Ainsi pour que cette parabole, qui ouvre à tous l’invitation au festin, ne soit pas comprise de travers, laissant croire que, quoiqu’on fasse, “On ira tous au paradis…”, Jésus a mis en présence cet homme qui ne portait pas le vêtement des noces éternelles et il demande que nous soyons habité par l’Esprit de Jésus : bref que “revêtions Jésus Lui-même”, que nous Lui soyons unis. 

Quant à savoir combien il y aura d’élus,  Jésus ne répond pas. Cela dépendra des invités, c’est-à-dire nous tous, qui auront revêtu l’habit de noce, qui auront voulu ressembler à Jésus en étant unis à Lui, en particulier par la communion.

Le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, lève le voile sur cet avenir et nous montre ainsi la cité céleste, le ciel, le paradis : « Après quoi, voici qu'apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue; debout devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main… » Ap 7, 9

De quoi espérer et nous réjouir, de quoi nous encourager à vivre unis à Jésus et de Le faire connaître !

AMEN !

jeudi 1 octobre 2026

HOMÉLIE 27ème Dimanche Ordinaire A – “Les vignerons homicides » Mt 21, 33-43 - 03.10.2026

 

HOMÉLIE 27ème  Dimanche Ordinaire  A – Mt 21, 33-43

03.10.2026

 

“Les vignerons homicides »

 

En ce Dimanche, Jésus raconte une triste histoire où il est encore question d’une vigne, ou plutôt, d’un propriétaire qui avait une vigne qu’il avait confié à des serviteurs vignerons.

Mais qu’est-ce qu’une vigne ? Un petit arbuste qui donne du raisin ? On appelle cela un plant de vigne et en général, il n’est pas tout seul : il y en a des centaines pour que la récolte de raisin soit abondante. Alors la vigne désigne tout le terrain où se trouvent ces plants de vigne. Dans le midi de la France, la Drôme, le Gard, la Provence, mais aussi l’Hérault et le Bordelais et le Beaujolais et le Pays Nantais etc…, il y a des vignes à perte de vue.

Que produit la vigne ? Du raisin…à déguster ou pour faire un jus et ce jus, travaillé, peut devenir du vin. Quelque fois, on trouve une vigne qui est devenue tellement grande qu’elle fait comme un toit au-dessus d’une terrasse et abrite du soleil quand on a envie de déjeuner dehors ou de se retrouver avec des amis.

         Au Pays de Jésus, une vigne est très précieuse et on en prend grand soin. Alors la Bible compare souvent le peuple de Dieu à la vigne pour bien faire comprendre à quel point nous sommes précieux aux yeux de Dieu  (Ps 79). Il est comme cet ami dont parle le prophète Isaïe, des siècles avant Jésus-Christ qui fait tout ce qu’on peut faire de mieux pour sa vigne. Retourner la terre, enlever les pierres, mettre des plants sélectionnés ; puis construire une tour de garde pour qu’on ne vienne pas voler ses fruits ; enfin, bâtir un pressoir pour recueillir le jus et en faire du bon vin. La vigne, c’est le peuple de Dieu.

         Qui donc est ce propriétaire de la vigne, cet ami ?    C’est Dieu.

Qui sont les vignerons ? Ce sont les responsables religieux et politiques de son peuple « les chefs des prêtres et des pharisiens » qui feront mettre à mort Jésus, croyant s’en  débarrasser ! Mais n’est-il pas "cette pierre rejetée par les bâtisseurs devenue pierre angulaire " pour les païens comme pour les juifs ? (Ps 117, 22) C’est sur Lui que tout homme est invité à bâtir son existence.

Par ailleurs,  la violence du châtiment qui clôt la parabole pourrait nous scandaliser. Mais Jésus n’a aucune intention de punir. Il suscite seulement une réponse chez ceux qui l’écoutent et Il pose la question : « Quand le maître viendra, que pensez-vous qu’il fera à ces vignerons ? » Ce sont ses interlocuteurs qui donnent le terrible verdict : Jésus n’en reprend que la seconde partie : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire du fruit ».

Mais attention ! Une lecture rapide et superficielle de cet Évangile pourrait nous faire penser que Dieu, le propriétaire de la vigne, en colère contre ces vignerons qui ont tué son propre Fils, enlèverait le Royaume de Dieu au peuple élu, le peuple juif, pour le donner aux païens et nous serions aujourd’hui ces païens. En réalité,  Dieu, qui est fidèle à ses promesses, ne revient jamais sur les dons qu’Il fait : Il garde son peuple choisi (Rm 11,1) ; mais Il lui a adjoint les nations païennes.

Dieu notre Père compte donc sur nous, ouvriers de sa vigne, pour que nous lui fassions produire du fruit. Cela ne pourra « se réaliser qu’à travers la disponibilité à la conversion et à travers une foi renouvelée » pour éviter de devenir « des fidèles “de routine” qui dans l’Église voient désormais seulement ce qui paraît, sans que le cœur soit touché par la foi ». Ainsi, il y a quelques années déjà, Benoît XVI s’adressait-t-il aux catholiques rassemblés pour l’Eucharistie à Fribourg et les invitait chaleureusement « à s’interroger sur leur relation personnelle avec Dieu, dans la prière, dans la participation à la messe dominicale, dans l’approfondissement de la foi par la méditation de la sainte Écriture et l’étude du Catéchisme de l’Église Catholique.

J’y ajouterai la pratique d’une charité ouverte, bienveillante et compatissante. Depuis quelque temps, de nombreuses personnes, plutôt jeunes, s’adressent à nos communautés paroissiales pour demander le baptême et recevoir les enseignements du Christ. Vivons nous-mêmes notre propre Baptême et témoignons humblement de la joie et la force que le Christ nous donne, car avec Lui et sans Lui, nous ne pourrons rien faire.                                                                                                        

AMEN !