jeudi 1 octobre 2026

HOMÉLIE 27ème Dimanche Ordinaire A – “Les vignerons homicides » Mt 21, 33-43 - 03.10.2026

 

HOMÉLIE 27ème  Dimanche Ordinaire  A – Mt 21, 33-43

03.10.2026

 

“Les vignerons homicides »

 

En ce Dimanche, Jésus raconte une triste histoire où il est encore question d’une vigne, ou plutôt, d’un propriétaire qui avait une vigne qu’il avait confié à des serviteurs vignerons.

Mais qu’est-ce qu’une vigne ? Un petit arbuste qui donne du raisin ? On appelle cela un plant de vigne et en général, il n’est pas tout seul : il y en a des centaines pour que la récolte de raisin soit abondante. Alors la vigne désigne tout le terrain où se trouvent ces plants de vigne. Dans le midi de la France, la Drôme, le Gard, la Provence, mais aussi l’Hérault et le Bordelais et le Beaujolais et le Pays Nantais etc…, il y a des vignes à perte de vue.

Que produit la vigne ? Du raisin…à déguster ou pour faire un jus et ce jus, travaillé, peut devenir du vin. Quelque fois, on trouve une vigne qui est devenue tellement grande qu’elle fait comme un toit au-dessus d’une terrasse et abrite du soleil quand on a envie de déjeuner dehors ou de se retrouver avec des amis.

         Au Pays de Jésus, une vigne est très précieuse et on en prend grand soin. Alors la Bible compare souvent le peuple de Dieu à la vigne pour bien faire comprendre à quel point nous sommes précieux aux yeux de Dieu  (Ps 79). Il est comme cet ami dont parle le prophète Isaïe, des siècles avant Jésus-Christ qui fait tout ce qu’on peut faire de mieux pour sa vigne. Retourner la terre, enlever les pierres, mettre des plants sélectionnés ; puis construire une tour de garde pour qu’on ne vienne pas voler ses fruits ; enfin, bâtir un pressoir pour recueillir le jus et en faire du bon vin. La vigne, c’est le peuple de Dieu.

         Qui donc est ce propriétaire de la vigne, cet ami ?    C’est Dieu.

Qui sont les vignerons ? Ce sont les responsables religieux et politiques de son peuple « les chefs des prêtres et des pharisiens » qui feront mettre à mort Jésus, croyant s’en  débarrasser ! Mais n’est-il pas "cette pierre rejetée par les bâtisseurs devenue pierre angulaire " pour les païens comme pour les juifs ? (Ps 117, 22) C’est sur Lui que tout homme est invité à bâtir son existence.

Par ailleurs,  la violence du châtiment qui clôt la parabole pourrait nous scandaliser. Mais Jésus n’a aucune intention de punir. Il suscite seulement une réponse chez ceux qui l’écoutent et Il pose la question : « Quand le maître viendra, que pensez-vous qu’il fera à ces vignerons ? » Ce sont ses interlocuteurs qui donnent le terrible verdict : Jésus n’en reprend que la seconde partie : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire du fruit ».

Mais attention ! Une lecture rapide et superficielle de cet Évangile pourrait nous faire penser que Dieu, le propriétaire de la vigne, en colère contre ces vignerons qui ont tué son propre Fils, enlèverait le Royaume de Dieu au peuple élu, le peuple juif, pour le donner aux païens et nous serions aujourd’hui ces païens. En réalité,  Dieu, qui est fidèle à ses promesses, ne revient jamais sur les dons qu’Il fait : Il garde son peuple choisi (Rm 11,1) ; mais Il lui a adjoint les nations païennes.

Dieu notre Père compte donc sur nous, ouvriers de sa vigne, pour que nous lui fassions produire du fruit. Cela ne pourra « se réaliser qu’à travers la disponibilité à la conversion et à travers une foi renouvelée » pour éviter de devenir « des fidèles “de routine” qui dans l’Église voient désormais seulement ce qui paraît, sans que le cœur soit touché par la foi ». Ainsi, il y a quelques années déjà, Benoît XVI s’adressait-t-il aux catholiques rassemblés pour l’Eucharistie à Fribourg et les invitait chaleureusement « à s’interroger sur leur relation personnelle avec Dieu, dans la prière, dans la participation à la messe dominicale, dans l’approfondissement de la foi par la méditation de la sainte Écriture et l’étude du Catéchisme de l’Église Catholique.

J’y ajouterai la pratique d’une charité ouverte, bienveillante et compatissante. Depuis quelque temps, de nombreuses personnes, plutôt jeunes, s’adressent à nos communautés paroissiales pour demander le baptême et recevoir les enseignements du Christ. Vivons nous-mêmes notre propre Baptême et témoignons humblement de la joie et la force que le Christ nous donne, car avec Lui et sans Lui, nous ne pourrons rien faire.                                                                                                        

AMEN !

jeudi 24 septembre 2026

HOMÉLIE 26ème Dimanche Ordinaire A – “Parabole des deux fils » Mt 21,28-32 - 27 septembre 2026

 

HOMÉLIE 26ème  Dimanche Ordinaire A – Mt 21,28-32

27 septembre 2026

 

“Parabole des deux fils »

 

 

La conduite du Seigneur est étrange, disent les compatriotes du prophète Ézéchiel. Et de fait, les textes de ce Dimanche en sont l’illustration.

Jésus, qui était dans la condition de Dieu s’est dépouillé pour prendre la condition d’esclave, dit l’hymne de St Paul aux Philippiens (qui est peut-être un des hymnes liturgiques le plus ancien du christianisme).

« Les voleurs et les prostituées vous précèdent dans le Royaume des cieux » (Mt 21,31) dit Jésus aux responsables religieux de son peuple.

Pour qui donc ces paroles sont-elles étranges ?

Peut-être pour certains qui se sont fait un Dieu à leur image. C’était bien l’attitude des chefs des prêtres et des anciens qui n’estimaient pas le besoin de se convertir lorsque Jean-Baptiste les y invitait ("En quoi des gens qui suivaient fidèlement les prescriptions de la Loi données par Moïse, et donc par Dieu, avaient-ils besoin de conversion ? "). Une espèce de suffisance les empêche de se remettre en question. Ils savent ce qu’il en est des choses de Dieu et ils ne peuvent plus voir autre chose que leurs propres certitudes. C’est ce que leur reproche Jésus : (" Même après avoir vu Jean-Baptiste vivant selon la justice…même après avoir vu la conversion des pécheurs…vous n’avez pas voulu croire ")

         Les publicains et les prostituées ont réagi tout autrement. Ce sont des pécheurs publics, certes et ce n’est pas cela que Jésus complimente. Ils sont comme le premier fils de la parabole : ils ont commencé par refuser de travailler à la vigne : jusque là, rien d’admirable ! Seulement voilà : Jean Baptiste les a touchés, ils ont écouté sa parole et ils se sont convertis, ils ont changé leur vie. Ce n’est pas parce qu’ils sont pécheurs qu’ils entrent dans le Royaume, mais parce qu’ils se sont convertis. Se sachant pécheurs et ayant un sentiment très vif de leur indignité, de leur pauvreté, ils étaient sans doute plus aptes à se convertir, ils avaient les oreilles et le cœur plus prêts à s’ouvrir.

         Les oreilles et le cœur prêts à s’ouvrir, voilà l’attitude fondamentale du croyant dans la Bible.

Lorsque la plupart d’entre nous ont dit ‘oui’ au Seigneur, ‘je veux te suivre’, ‘tu es mon Dieu’, c’était sincère. Mais bien vite, nous risquons de continuer à vivre sans trop nous soucier de la volonté de Dieu. Bien sûr, il y a souvent coïncidence entre nos actes et cette volonté de Dieu, mais lorsque entre elle et notre vouloir personnel surgit une discordance, c’est celui-ci qui l’emporte : nous nous laissons entraîner par nos désirs et à nos caprices.

         Or la vie chrétienne, le "oui" au  Seigneur n’est pas de l’ordre d’une simple inscription, comme le second fils qui dit Oui à son Père et ne fait rien. C’est un vouloir vivant et continu, une acceptation constante et actuelle de la volonté de Dieu sur nous. C’est un ‘Oui’ sans cesse répété. une réponse à un appel personnel de Dieu. Cet appel varie selon les circonstances et c’est pourquoi Jésus demande que nous ayons les oreilles et le cœur ouverts chaque jour pour le suivre, pour connaître le chemin. Il faut donc savoir remettre en question ce que l’on fait, pour se maintenir toujours en état de disponibilité devant Dieu.

         Comment ?  Le seul moyen de connaître la volonté de Dieu, c’est de l’aimer : c’est, dans la prière, d’accorder notre vie à Sa Parole puisée à la lecture des Saintes Écritures ou écoutée avec attention. Puis être cohérent avec cette Parole de Dieu : la méditer et la garder dans son cœur. Enfin, d’ouvrir les yeux et d’être attentif aux besoins de nos frères, puisque Dieu nous fait signe en eux.

         Alors, même si nous avons pu avoir une première réaction de refus, nous goûterons combien il est bon et heureux d’aller travailler à la vigne du Père, car Lui-même s’en réjouit.

 

AMEN !

 

jeudi 17 septembre 2026

HOMÉLIE 25ème Dimanche Ordinaire. Année A." Les ouvriers de la onzième heure".Mt 20,1-16 - 20 Sept. 2026

 

HOMÉLIE  25ème Dimanche Ordinaire. Année A. Mt 20,1-16

20 Sept. 2026

 

Les ouvriers de la onzième heure.

        

                   Quelle est l’entreprise ou le système économique et social qui tiendrait si l’on se mettait à imiter ce maître de la vigne ? Est-ce bien raisonnable, même pour faire œuvre de charité, que d’embaucher du personnel juste une heure avant la tombée de la nuit et de leur accorder le même salaire que ceux qui ont travaillé en supportant le poids du jour ? « A travail égal, salaire égal ! » C’est bien ce qui est juste. Devant l’attitude de ce maître, il y a vraiment de quoi être mécontent.

                  Voilà qui illustre bien les paroles du prophète Isaïe que nous avons entendues dans la 1ère Lecture de ce Jour : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Is 55, 9).

                   Alors que nous révèle cette Parabole ?

                  Pour bien nous faire comprendre que Dieu est juste et bon, elle montre un intendant qui d’abord respecte le contrat d’un denier, salaire d’une journée de travail, qui était convenu mais encore, qu’il ne veut pas que les derniers embauchés rentrent chez eux sans avoir de quoi vivre ou de faire vivre leur famille.

                   Elle nous dévoile un autre regard sur la recherche du Royaume de Dieu.     Il faut se remettre à l’époque de Jésus. Les ouvriers de la première heure sont les pharisiens. Ils portent le joug de la Torah. Ils respectent scrupuleusement et avec piété les lois données à Moïse. Mais ils entendent être récompensés en fonction de leurs mérites. Ils ne comprennent pas que Jésus accueille et fréquente des pécheurs et leur montre autant de sympathie qu’à eux, les "bons pratiquants" d’Israël. Jésus les invite à découvrir une fois de plus que Dieu est bon, gratuitement bon. Son souci est de ne perdre aucun de ses enfants, même s’ils sont loin ou s’ils ont mis du temps à le découvrir et à venir l’adorer, le servir et l’aimer. Ainsi en a-t-il été pour Zachée, le chef des publicains de Jéricho ; Marie-Madeleine, la pécheresse ; Matthieu, publicain lui aussi, Apôtre et évangéliste, (dont c’est la fête lundi); sans compter la multitude des malades, lépreux, possédés et autres rejetés parce que catalogués “impurs”.

 

                   Ce que révèle encore cette parabole, c’est que les cheminements pour entrer dans le Royaume de Dieu sont très divers. Pour les uns, cela commence dès le berceau, à leur baptême ; pour d’autres touchés par la grâce au milieu de leur vie ; pour d’autres enfin, à la fin de leur vie, comme le bon Larron. À tous, le Christ promet le royaume en héritage. Il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour marcher avec Lui.

 

                  Aujourd’hui, Dieu nous demande à tous, chrétiens, pratiquants de longue date ou récemment entrés dans l’Église, tout particulièrement d’accueillir ceux qui viennent frapper à la porte de notre communauté ou qui répondent à nos invitations à “venir et voir” : parcours (re)découverte, catéchuménat et catéchèse des familles, service des personnes seules à domicile, service pastoral aux malades et aux retraités, secours catholique, groupes scouts et tant autres instances sur la paroisse ou sur nos villes… Mais Il demande aussi que nous en soyons tout joyeux, car à tous, “vieux” ou “nouveaux” chrétiens, Il donne abondamment son amour. 

 

                   Le maître de la vigne appelle à toute heure du jour. Dieu appelle aussi à tout âge de la vie : il est toujours temps de Lui répondre.

« La bonté du Seigneur est pour tous,

Sa tendresse pour toutes ses œuvres »

                   nous fait chanter le Ps 144 aujourd’hui. Remercions-Le tous ensemble, ici ou dans notre demeure, sur un lit de malade ou au service des autres,

AMEN !

mercredi 9 septembre 2026

HOMÉLIE 24ème Dimanche Ordinaire A. “Le Pardon : jusqu’à combien de fois ? " Mt 18, 21-35 - 13 Septembre 2026

 

HOMÉLIE 24ème  Dimanche Ordinaire A. Mt 18, 21-35

13 Septembre 2026

“Le Pardon : jusqu’à combien de fois ? »

A la question de Pierre de savoir jusqu’à combien de fois faut-il pardonner, Jésus répond « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois 7 fois ». Pourquoi donc ce chiffre ? Les forts en calcul, ne vous cassez pas la tête (ici, c’est facile : 490 fois !), c’est une vieille histoire qui remonte aux origines de l’humanité. En Gn 4, 15, après que Caïn ait tué Abel, Dieu va mettre un signe sur lui pour que personne, en le rencontrant, ne le frappe et Il dit : « Si l’on tue Caïn, il sera vengé 7 fois. ». Dieu veut tuer dans l’œuf le cycle infernal de la vengeance qui prend rapidement de l’ampleur, puisque, 4 générations après, son descendant Lamek lance à ses femmes ce terrible chant : « J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois ! » Gn 4, 23-24.

Jésus, en reprenant ces chiffres continue d’exprimer la volonté absolue de son Père d’éradiquer totalement toute violence et invite ses disciples à apprendre le pardon.

Mais que c’est difficile de pardonner, surtout à chaud ! Vous connaissez les expressions : « Je ne lui pardonnerai jamais ! » ou « Il m’en a trop fait voir ! » ou encore « Je veux bien être bon mais pas être poire ! ». Autant dire que pardonner n’est pas chose naturelle.

Si Jésus le demande, c’est qu’Il le fait aussi, en particulier sur la croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 24,34). Le Psaume de la messe de ce dimanche, répond à la demande de Jésus à son Père : « Dieu remet loin de nous nos péchés aussi loin qu’est l’orient de l’occident » (Ps 102, 12).  

Et si, en se préparant à pardonner, on pouvait créer un espace et un temps où le pécheur pourrait prendre conscience de son péché en le reconnaissant et ainsi se disposer à renaître à l’amour et à la vie ?                                                                                            

C’est valable aussi pour chacun de nous pécheur quand nous prenons conscience  de notre péché et des dégâts qu’il a pu causer, en cherchant notre part de responsabilité. Alors, nous pouvons entrer dans un chemin où nous veillerons à ne pas retomber dans ce péché mais au contraire à faire renaître notre capacité à aimer, par la bienveillance, la gratitude, le renoncement à toute forme  de jugement qui catalogue ou bien exclut…   Nous pourrons même, en toute confiance, aller déposer le fardeau de nos péchés aux pieds de Celui qui donne son pardon et fait renaître "à la vie pour le Seigneur" comme l’écrit St Paul dans la 2ème lecture (Rm 14,2) en recevant le sacrement de Pénitence et Réconciliation.                                                                               

Mais qu’est-ce que pardonner ?  Voici ce qu’écrit le P. Varillon : “… Pardonner, c’est la forme supérieure du don. J’insiste toujours pour qu’on écrive par-donner, avec un petit tiret, pour qu’on mette en valeur le préfixe « par » qui, dans plusieurs langues, signifie à fond, jusqu’au bout…. Les hommes ont toutes les peines du monde à se pardonner vraiment. La forme supérieure du don, c’est le don de la paix. Pardonner, c’est effacer mon ressentiment, piétiner mon orgueil, faire la paix, la construire. Le pardon n’est pas un coup d’éponge, il est une re-création : pardonner, c’est permettre un nouveau départ. Nous sommes là au cœur de la spiritualité. Le refus du  pardon, c’est le péché qui ne peut pas être pardonné, par la force des choses.”

Une dernière objection : « De quoi aurais-je l’air si je fais le premier pas, si je pardonne ? » Je réponds : « Tu as l’air de Jésus lui-même : Il pardonne à Pierre qui trahit;  à ses bourreaux… »

Alors, demandons sans cesse la force de l’Amour divin, infini, riche en miséricorde: il est le seul à pouvoir nous entraîner à pardonner. Prions sérieusement le Notre Père lorsque nous disons à Dieu : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé… ».     

 AMEN !