vendredi 14 août 2026

HOMÉLIE 20ème Dimanche Ordinaire, A “O femme, grande est ta foi ! " Mt 15,21-28 - 16 Août 2026

 

HOMÉLIE 20ème  Dimanche Ordinaire, A Mt 15,21-28

16 Août 2026

 

“O femme, grande est ta foi ! »

 

Choquants que le silence de Jésus et sa rudesse envers cette Cananéenne qui, dans sa supplication, fait même une belle profession de foi, elle, la païenne : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! » Car enfin, cette pauvre femme n’a pas choisi d’avoir une fille tourmentée par un démon ni d’être cananéenne et non juive. Non, ne nous y trompons pas : le silence de Jésus est celui de quelqu’un qui se trouve devant une situation nouvelle qui le rend perplexe : jusqu’où s’étend sa mission ? Il se tait pour se donner le temps de réfléchir, comme lorsqu’on lui avait amené une femme prise en flagrant délit d’adultère, où il s’était mis à écrire sur le sol. (Jn 8,11). Aux Apôtres qui récriminent, Il se justifie en répondant « qu’Il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël, et en cela, Il accomplit bien la prophétie d’Ezéchiel : “Oui, je le déclare, moi, le Seigneur Dieu :…La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai ; celle qui est blessée, je la soignerai : celle qui est faible, je lui rendrai ses forces” (Ez 34,16).

La femme souffre de la souffrance de sa fille et elle insiste, elle ne se décourage pas. Au refus étonnant de Jésus à sa deuxième demande, elle répond par une remarque de bon sens puisée dans la réalité courante : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Elle ne pense qu’à sa fille, tourmentée par un démon et passe au-dessus de cette attitude qui peut lui paraître humiliante. Elle ne se laisse pas rebuter par Jésus mais va l’aider à discerner ce qu’Il doit faire ; Par sa confiance en Jésus, qu’elle considère comme un envoyé de Dieu, elle reconnaît l’Alliance de Dieu avec le peuple juif, mais elle affirme également l’universalité de l’Amour de ce Dieu qui guérit et qui sauve tout homme.

Isaïe l’exprimait bien ainsi dans la  première lecture qui nous a été proposée aujourd’hui : « Mon salut approche, il vient… et il vient pour tous et en particulier pour tous les étrangers qui s’attachent au service du Seigneur pour l’amour de son nom (c’est à dire, par amour pour Lui). Et Je les rendrai heureux dans ma maison de prière…maison de prière pour tous les peuples… (Is 56,7)

Alors, Jésus admire la foi de cette femme et la rejoint dans sa douleur : “O femme ! Grande est ta foi  (en grec : mègalè, megalh !); que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Et à l’heure même, sa fille fut guérie.” Jésus se montre bien ainsi le pasteur qui guérit toute brebis, fut-elle extérieure à son peuple.

Quant au peuple juif vers lequel Jésus a été envoyé, Paul nous en parle dans la deuxième lecture de ce dimanche (Rm11, 13-15.29-32) et fait état de ce mystère qui reste toujours d’actualité aujourd’hui encore. Pourquoi ce peuple qui avait été choisi par Dieu Lui-même et qui avait été comblé de dons, de promesses, n’a pas reconnu en Jésus son pasteur ?  Les dons de Dieu restant irrévocables, Paul en conclut que les païens ont alors profité de la miséricorde de Dieu afin que le peuple juif obtienne aussi cette miséricorde.

Nous devons nous souvenir de ce passage d’évangile où c’est l’amour de cette païenne de Cananéenne envers sa fille et la foi qu’elle exprime avec tant de force envers Jésus, qui sauve sa fille. Elle nous invite à regarder toute personne avec considération et bienveillance en n’excluant personne. Mais il nous apprend autre chose : c’est que le dialogue avec un vis-à-vis, est fait pour aider à discerner des situations nouvelles, et ce qu’illustre ce passage dans lequel c’est une femme qui aide le Fils de Dieu à discerner ! Alors, faisons comme Jésus : prenons un temps de silence pour réfléchir et aussi, accueillons  les suggestions d’autres personnes qui peuvent nous aider à discerner.

Notre Église est appelée à témoigner que le salut de Dieu s’adresse à tous les êtres humains. Tous sont invités à vivre en fils et filles du même Père et à devenir peuple de l’Alliance.

En cette Eucharistie dominicale, que le Seigneur nous donne cette lumière et cette force de communion.

         AMEN !

jeudi 13 août 2026

HOMÉLIE de la Fête de l’Assomption, Lc 1, 39-56 - 15 Août 2026

HOMÉLIE de la Fête de l’Assomption, Lc 1, 39-56

15 Août 2026

 

En cette fête de l’Assomption de la Mère de Dieu, la première lecture, extraite de l’Apocalypse, (Ap 11,19a; 12,1-6a..0ab) nous présente une femme pour laquelle Dieu a préparé une place et la seconde lecture de St Paul aux Corinthiens (1 Co 15, 20-27a)nous montre notre destinée après la mort, recevant la vie du Christ qui nous conduit à Dieu. Alors, qu’est-il devenue à la Mère de Dieu lorsqu’elle a dû, comme nous tous, quitter notre monde ? Pie XII nous donna la réponse : « Marie a été élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel »

                   Mais elle n’est pas la seule à être enlevée ainsi au ciel : la Bible  nous présente quelques grands personnages tel qu’Hénoch, le patriarche, enlevé lui aussi, car « il suivait les voix de Dieu » Gn 5,23. De même, Élie le prophète, qui monta au ciel dans la tempête sur un char de feu : 2 Roi 2, 11 ; peut-être Moïse, qui mourut face à la Terre Promise et dont on ne retrouva jamais la tombe : Dt 34, 6.

                  De tous les grands personnages contemporains de Marie, que reste-t-il ? Des Pilate, Hérode, Caïphe et même des empereurs romains Auguste, Tibère et Claude … ? Tel n’est pas le cas de Marie car bien des habitants de tous les continents la connaissent, se mettent sous sa protection, l’invoquent et la prient, même chez les musulmans où “ Sitti Myriam” tient une grande place dans la dévotion populaire.

         Cependant et malheureusement, Il y a eu et il y a encore des déviations concernant le culte marial : on confond “adorer” Dieu et “vénérer” Marie. Et au Brésil, par exemple, bien des fidèles ont abandonné l’Église catholique pour rejoindre les groupes évangéliques dénonçant une “mariolâtrie” chez les catholiques dans le culte de Marie et des saints.

         Mais il y a aussi des avancées, notamment dans le mouvement œcuménique européen. On entend dire que la différence entre protestants et catholiques, c’est la Vierge Marie : les premiers la rejettent, les seconds la vénèrent. Il n’y a rien de plus réducteur et faux que cela. Les protestants, qui sont très fidèles à ce que dit la Sainte Écriture, reconnaissent Marie et son extrême disponibilité à Dieu. N’est-elle pas  la croyante qui reçoit cette béatitude de la part d’Élisabeth comme nous le rappelait l’évangile de ce jour ? « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Ainsi, des théologiens protestants et catholiques d’Europe (Groupe des Dombes) proclament ensemble qu’il “faut donner à Marie toute sa place mais rien que sa place”.

         De plus, un accord anglican-catholique a abouti entre théologiens des deux Églises, en attendant d’être ratifié par les hiérarchies respectives. Voici la déclaration : Étant donné la compréhension à laquelle nous sommes parvenus sur la place de Marie dans le mystère de l’espérance et de la grâce, nous pouvons affirmer ensemble que l’enseignement disant que Dieu a pris la bienheureuse Vierge Marie en la plénitude de sa personne, dans la gloire, est en consonance avec l’Ecriture” Nous ne sommes vraiment pas loin du dogme de l’Assomption !

         Si Jésus a été le “Oui” de Dieu, Marie a été le “Oui” à Dieu.

         Que la contemplation du mystère de Marie, Mère de Dieu, élevée dans la gloire auprès de Lui, plutôt que nous diviser, nous fasse avancer vers l’unité, apprenant à être ensemble humbles comme la servante du Seigneur et lui demandant sa protection maternelle, mais aussi en accueillant avec joie ce que le Seigneur nous demande, et en Lui rendant grâce.

AMEN !

 

mercredi 5 août 2026

HOMÉLIE 19ème Dimanche Ordinaire, A. “Confiance ! Moi, Je suis ! N’ayez pas peur” Mt 14,22-33 - 09 Août 2026

 

HOMÉLIE 19ème  Dimanche Ordinaire, A. Mt 14,22-33

09 Août 2026

 

“Confiance ! Moi, Je suis ! N’ayez pas peur”

 

        Après avoir nourri les foules dans le désert, Jésus contraint les disciples à embarquer et à le précéder sur l’autre rive. En effet, les foules, nous rapporte St Jean (Jn 6,15) au sujet du même évènement, cherchaient à l’enlever pour le faire Roi. D’une part, ce n’est pas comme cela que Jésus désire être Roi ; mais d’autre part, Jésus ne veut pas non plus que ses disciples, ayant participé au miracle de la multiplication des pains, puissent croire que le Royaume de Dieu est arrivé avec sa toute-Puissance.

Ayant congédié les foules, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Élie, pourchassé par Jézabel, après les sacrifices du Carmel  n’en a-t-il pas fait autant ? Tous veulent rencontrer Dieu, seul, dans le silence de la prière ou, pour Élie à l’ Horeb, Dieu se manifeste par  "une voix, un silence ténu", selon la traduction originale de l’hébreu.

         Vers la fin de la nuit, les disciples, loin de la terre, rament comme des malheureux, tourmentés par les vagues, car le vent est contraire. Jésus vient vers eux marchant sur la mer. Marcher sur l’eau, c’est évidemment impossible : il y a donc prodige. Mais pourquoi donc Matthieu, comme les autres évangélistes, parlent de ce lac comme d’une mer ? (Il n’a que 13 kms de large sur 20 de long). Parce que dans la Bible, les masses d’eau sont toujours symbole du lieu des puissances de mort, qui veulent engloutir l’homme. Pensez aux eaux primordiales (Gn 1) sur lesquelles tournoie l’Esprit de Dieu qui sont néant, d’où Dieu va faire jaillir la terre; pensez au déluge qui engloutit l’humanité arrivée à un point extrême de violence ; à la Mer Rouge, obstacle levé par Dieu pour les hébreux, mais tombeau pour les chars de pharaon ; pensez encore à Jonas engloutit par le monstre marin, mais sauvé par Dieu, qui lui fait rendre sa proie.

         Devant ce qu’ils voient, les disciples n’en croient pas leurs yeux, et ils paniquent devant ce qu’ils pensent être un fantôme, et ils poussent des cris ! Alors, Jésus leur parle : « Confiance ! Moi, Je suis ! N’ayez pas peur ! » Moi, Je suis ! C’est ainsi que Dieu révèle son identité à Moïse. Sur cette Parole, la foi de Pierre s’éveille et il lance un défi à Jésus : mot à mot : «  Si toi tu es, (autrement dit, si tu es Dieu) ordonne-moi de venir à toi » - « Viens ! » dit Jésus. Et Pierre fait confiance et marche sur les eaux (à il n’est pas dit sur la mer…car Pierre ne domine pas les puissances de mort). Mais, voyant le vent fort… Son regard n’est plus fixé sur Jésus : il perd confiance, il a peur,  il coule ! Un cri d’appel : « Seigneur, sauve-moi ! » Délicatesse de Jésus qui étend la main, le saisit avant de lui reprocher : «Homme de petite foi » en grec : Oligopistè, (comme les oligoéléments médicament de petite quantité que prescrit le médecin), pourquoi as-tu douté ? »

         Cet épisode de la vie des Apôtres les préparent au grand passage de Jésus sur l’autre rive : sa Passion, sa mort et sa Résurrection.  Leur foi sera malmenée : Pierre osera défendre Jésus à Gethsémani ; il s’engagera à le suivre jusqu’au bout au lavement des pieds ; mais devant la tournure dramatique des évènements, il Le reniera avant le chant du coq ; enfin, il retrouvera son Seigneur ressuscité sur le rivage de cette mer.

Il est bon pour nous d’évoquer ces scènes car nous sommes bien proches de ce que Pierre et les Apôtres ont vécu. Notre foi n’est jamais acquise : elle vit, se fortifie ou faiblit, traverse des turbulences, comme celle de Pierre, au gré des contrariétés, des épreuves, des obstacles, des rencontres, des événements et des questions qui surgissent sur le chemin de notre vie. Comme Pierre, tantôt nous nous lançons audacieusement vers Dieu, en pleine confiance, marchant sur les puissances de mort qui sont en nous ou autour de nous ; tantôt, nous prenons peur, parce que c’est plus fort que nous, et nous perdons de vue Jésus : nous oublions qu’Il est là, qu’Il est Dieu, qu’Il sauve; nous ne prions plus ; nous ne nous raccrochons plus à ses paroles…nous coulons ! Et Il vient nous chercher, nous ressaisit  pour que nous nous en sortions et que nous vivions après cette épreuve. Notre foi devra traverser de nombreuses pâques pour que nous arrivions enfin avec Lui sur l’autre rive.

En cette Eucharistie dominicale, nous pouvons prier pour ceux qui sont particulièrement éprouvés et, avec tous les frères et sœurs qui nous entourent, Lui redire notre foi en continuant à le suivre.     

AMEN !

mercredi 29 juillet 2026

HOMÉLIE 18ème Dimanche Ordinaire. Année A. "La multiplication des pains". Mt 14, 13-21 - 2 Août 2026

 

HOMÉLIE  18ème Dimanche Ordinaire. Année A. Mt 14, 13-21

2 Août 2026

 

La multiplication des pains.

 

Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi … gratuitement ?

Dans notre monde, tout s’achète, tout se vend,

Tout s’acquiert en payant.

Dans le Royaume, Il donne gratuitement, largement.


Les textes de ce dimanche l’illustrent de façon éclairante.

Isaïe 55, 1-3 l’annonçait :

« Vous tous qui avait soif, venez, voici de l’eau !

Venez sans argent, sans rien payer…

Mangez de bonnes choses…

Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez !

Je ferai avec vous une alliance éternelle… »

 

Ce qu’Isaïe avait annoncé, Jésus l’accomplit.

Ayant appris la mort de Jean-Baptiste, exécuté sur l’ordre d’Hérode, Jésus, par prudence semble-t-il, se retire à l’écart dans un lieu désert. Traversant la mer de Galilée en barque, Il est  suivi à pied par une foule qui le poursuit. Cela ne vous fait-il pas penser à un personnage de la Bible qui a traversé la Mer, suivi de son peuple pour le conduire au désert ? Moïse, bien sûr.

Son peuple recevra pendant 40 ans, une nourriture venant du ciel, la manne ; une eau jaillira du rocher  pour lui; il sera invité à faire alliance avec le Dieu qui l’a choisi par amour.

Jésus, nouveau Moïse, suivi par une foule qui a soif de l’écouter et de vivre, guérit les infirmes, faisant œuvre de re-création comme seul Dieu peut le faire. Il nourrit cette foule de cinq mille hommes sans compter les femmes et les enfants, comme seul Dieu peut le faire. Il le fait au cœur d’une prière qui est devenu celle de la consécration lors de nos Eucharisties. Il le fait par l’intermédiaire de ministres, ses disciples, qui donne à manger à la foule.

Il le fait abondamment, comme seul Dieu peut le faire, et Il demande que l’on ramasse les morceaux qui restaient, 12 corbeilles, sans doute pour annoncer l’Église à venir fondée sur les 12 Apôtres qui recevront la mission de donner le Corps du Seigneur.

Dieu donne sans compter mais Il attend de nous une chose : venir à Lui ; l’écouter ; croire en Lui, humblement, comme un enfant fait confiance à ses parents. Alors, Il peut faire Alliance avec nous et nous faire vivre, quelques soient les évènements heureux ou douloureux de notre vie.

St Paul l’a magnifiquement exprimé dans la deuxième lecture de ce jour : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? Rien ! » Son amour est offert gratuitement : il suffit de l’accueillir.

C’est ce que nous sommes appelés à vivre dans chaque Eucharistie lorsque nous venons à Lui, que nous l’écoutons et le recevons en nous dans un cœur, une intelligence et une volonté confiantes en Lui.

    Frères et sœurs, aujourd’hui, de quoi, de qui avons-nous faim ?

    Que l’Esprit-Saint nous aide à en avoir les dispositions.

 

AMEN !