jeudi 5 février 2026

HOMÉLIE 5ème Dimanche Ordinaire A - " Vous êtes le sel de la terre…Vous êtes la lumière du monde" - Mt 5, 13-16 - 8 Février 2026

 

HOMÉLIE  5ème Dimanche Ordinaire A - Mt 5, 13-16

8 Février 2026

 

« Vous êtes le sel de la terre…Vous êtes la lumière du monde » 

 

Rien que ça !

Essayons de comprendre : être sel, c’est pour donner saveur à la vie, mais aussi pour purifier (2° Livre des Rois : 2,19-22) ou pour conserver : les salaisons (et Tob : 6,5): être lumière c’est pour éclairer, voire guider des personnes un peu perdues. Mais ces deux comparaisons ne s’opposent-elles pas ?

Bien au contraire : elles se complètent, car pour que le sel opère, il faut qu’il soit mêlé aux aliments; par contre, pour que la lumière soit efficace, il faut qu’elle se détache, qu’elle soit à part, distincte dans son entourage : «  qu’on la mette sur le lampadaire ». Ainsi, le Seigneur nous demande-t-Il d’être à la fois bien au milieu de tous, de donner du goût, de la saveur (saveur vient du latin ‘sapere’ qui a donné ‘sapientia’ = sagesse en français)…, de la sagesse à la vie, à nos relations, nos créations mais aussi et surtout pour partager les vies et les épreuves de nos proches et c’est tout le sens de la première lecture de ce dimanche tirée du livre d’Isaïe (Is 58,7-10) qui nous invite à donner à ceux qui ont faim, héberger les pauvres sans abris, combler le désir des malheureux : alors ta lumière jaillira comme l’aurore !

Mais en étant lumière, Jésus nous invite également à être en distance vis-à-vis de ce qui est vécu pour prendre du recul, chercher le sens, car il faut du discernement pour ne pas s’emballer à l’écoute de tant d’informations  non vérifiées, de points de vue non fondés sur des valeurs de vie ; pour résister à la pensée commune, souvent précisément mal éclairée ou prise en otage par les lobbys et qui soulèvent des peurs majorées ou même imaginaires. Bref, être lumière pour voir. Voir : ce qui est fondamental pour comprendre, pour choisir et pour agir, bref, pour exister, être responsable. Le Seigneur nous demande d’être lumière, donc de ‘faire voir’.

         Trop dur ? Impossible ? Mais non, vous le savez : quand Jésus demande quelque chose à quelqu’un : d’abord c’est qu’Il l’aime et reste près de lui ; ensuite, c’est qu’Il le croit capable de le faire. Nous pourrions vivre tranquille en marge des drames ne notre société, sans ennuis. Mais alors, comment répondre à l’appel du Seigneur et de l’Église qui nous proposent d’être dans le monde à la fois sel et lumière ? En restant humbles, modestes, reconnaissants, croyants en cet Amour, nous accueillons le don de Dieu ; Il s’est engagé à nous combler de son Esprit comme l’écrivait si bien St Paul à la fin de la deuxième lecture de ce jour : alors avec Lui, nous pourrons répondre à ces appels.

 Enfin, la Sainte Écriture propose deux autres manières de comprendre encore cette image que le Christ a choisie. Dans le livre du Lévitique (qui fait partie de la Torah, la Loi de Dieu donnée à Moïse) on trouve : « Sur toute offrande que tu présenteras, tu mettras du sel ;  tu n’omettras jamais le sel de l’Alliance de ton Dieu  sur ton offrande ; avec chacun de tes présents, tu présenteras du sel » (Lv.2, 13). Le sel trouvait sa place dans les repas d’amitié (on le servait comme rite d’accueil : c’est peut-être l’ancêtre de nos apéritifs !) et surtout dans les rites d’alliance, à tel point que le Livre des Chroniques s’exprime ainsi : « Ne deviez-vous pas savoir que le Seigneur le Dieu d’Israël a donné la royauté à David sur Israël pour toujours, à lui et à ses fils : c’est une Alliance de sel » (2° Livre des Chroniques.13,5), c’est à dire une alliance indestructible, infrangibleDieu s’engage pour toujours avec nous, puisque nous osons nous engager envers Lui : Il fait avec nous une alliance de sel : nous pouvons compter sur Lui.

Qu’Il puisse compter sur nous. N’est-ce pas merveilleux, comme le sel, de révéler, à chacun la saveur de la vie ? N’est-ce pas une immense confiance que nous fait le Seigneur d’être comme Lui la "lumière du monde" ? C’est-à-dire d’ "être avec Lui" et d’agir à sa façon ?

 « Alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». Mt 5,16.

Pensons en particulier à nos catéchumènes et à nos néophytes, qui ont été récemment baptisés pour faire partie de notre communauté. Confions-les aux Seigneur

 

AMEN !

vendredi 30 janvier 2026

HOMÉLIE 4ème Dimanche Ordinaire A. "Les Béatitudes " Mt 5, 1-12a - 1er février 2026

 

HOMÉLIE  4ème Dimanche Ordinaire A. Mt 5, 1-12a

1er février 2026

 

 "Heureux les pauvres par l'esprit"

 

Invités au bonheur ! Quel bel Évangile : la charte du Royaume ! Arrêtons-nous de plus près sur la première de ces Béatitudes. « Heureux les pauvres de cœur ! »

Il s’agit bien du mot : Pauvre ptwcoi ptokoï , [et même "qui se blottit, qui se cache" d’où humble, comme celui qui est réduit à mendier parce qu’il est démuni]. Mais le texte original grec ne désigne pas la pauvreté du cœur  "kardia" cardia , mais celle de l’esprit : pneuma, pneuma, mot à mot : « Heureux les pauvres par l’esprit (ou en esprit) ». Ce mot même peut désigner beaucoup de choses : un mouvement de l’air, un petit coup de vent ;  mais aussi le souffle, l’haleine, et par tant, le principe vital qui anime le corps ; il désigne encore l’esprit humain qui permet de penser ; puis l’âme spirituelle ; enfin, dans l’Ancien Testament, la puissance de Dieu, et dans le Nouveau Testament, l’Esprit Saint qui est Dieu.

Nous voyons bien qu’il est difficile de traduire cette Béatitude. Les deux  lectures bibliques de ce dimanche nous permettent de nous orienter vers une compréhension respectueuse de ce beau texte. Elles vont tout à fait dans ce sens. Le prophète Sophonie parle en effet des “humbles du pays, qui font la volonté du Seigneur” (So 2,3) ces humbles, qui selon la promesse de Dieu à Israël, seront son peuple : “Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur” (So 3,12)

 Paul, quelques siècles après, constate que cette prophétie s’accomplit parmi les membres de la jeune communauté chrétienne de Corinthe : “Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu” (Co 1,27).

Les pauvres, en effet, de par leur situation, lorsque leur misère ne les anéantit pas, sont plus facilement ouverts à une présence spéciale de Dieu. C’est à eux que Jésus annonce la Bonne Nouvelle, comme aux autres blessés de la vie. Lc 7, 22.

  Accueillie de la main de Dieu, la pauvreté est identique à l’humilité : sans cette “pauvreté”, toute richesse est trompeuse. Il faudrait donc comprendre  littéralement : “Heureux les humbles de souffle” ceux qui ont le souffle petit, et donc qui ne se gonflent pas d’orgueil, qui ne sont pas remplis d’eux-mêmes : ils ont de la place pour Dieu et leurs frères ! Enfin, on pourrait aller jusqu’à traduire : “Heureux, ceux que l’Esprit rend humble”. Cette béatitude commande toutes les autres : elle est au présent, alors que la plupart des autres sont au futur : “Le Royaume des cieux est à eux”.  Le Royaume des cieux, c’est l’espace divin : ils sont donc dans cet espace-là et Dieu leur est présent de façon invisible encore, mais bien réelle.

Cet Évangile veut nous éviter les fausses pistes vers le Royaume. Il nous invite à nous connaître en vérité et en particulier, à nous interroger sur quoi repose notre foi : nos connaissances spirituelles ou bibliques ? Nos intuitions, Nos réflexions, Nos convictions, celles de notre entourage ?... Qui d’une certaine manière nous donnent notre assurance et même notre fierté d’être chrétien, et dans le fond, tant mieux !

Cependant, il faudrait aussi écouter St Paul qui nous rappelle que c’est Dieu Lui-même (ou Jésus-Christ) qui nous a appelés par grâce. Et nous n’avons pas à témoigner d’un  Évangile qui donnerait  la "force d’âme" ou la "prospérité" , laissant croire que Dieu agit, pour nous croyants, en faisant fructifier nos initiatives sociales, pastorales ou liturgiques, récompensées par un succès en nombre de pratiquants ou en recettes financières !

Ainsi aujourd'hui, devant la croissance des demandes de Baptêmes, de Communions et de Confirmations chez les jeunes et les adultes, il nous faut rester humbles, joyeux d’accueillir  ces personnes comme elles sont, en les écoutant d’abord et en répondant à leurs questions et demandes. Ne nous apportent-elles pas fraîcheur dans notre foi, qui peut se fortifier à leur contact en se renouvelant et en reprenant conscience de tout ce que nous avons reçu du Seigneur. La communion au Christ que nous avons reçue nous a été gracieusement offerte et ne nous appartient que pour la vivre avec joie avec ceux que nous rencontrons.

AMEN !

jeudi 22 janvier 2026

HOMÉLIE 3ème Dimanche Ordinaire A. Mt 4, 12-17 - 25 Janvier 2026

 

HOMÉLIE  3ème Dimanche Ordinaire A. Mt 4, 12-17

25 Janvier 2026

A la voix de Jean-Baptiste, qui s’est tue, succède la Parole de Jésus qui prend le relais dans les mêmes termes : « Convertissez-vous ; car le Royaume des Cieux est tout proche ! » (Mt 3, 2).

Entendrons-nous aujourd’hui ce même appel ? Prenons conscience que ce "Royaume des Cieux" est tout proche, qu’il nous est offert et que nous n’avons qu’à l’accueillir pour que Celui qui nous l’annonce, le Christ, puisse nous faire "passer de l’ombre", dont parlait Isaïe en première Lecture, "à Sa Lumière" en nous.

Alors, à quelles conversions sommes-nous appelés ? J’en vois une pour ma part qui me semble urgente. Notre monde est plongé dans la nuit des affrontements meurtriers, des divisions, des communautarismes et de l’individualisme grandissant. Saurons-nous aller à la rencontre des gens de bonne volonté qui s’efforcent de créer des liens, de rompre des solitudes, de renverser des barrières de préjugés ?  Et au moins pour ceux qui se réclament de Notre Seigneur Jésus-Christ, saurons-nous apprendre et chercher à être tous vraiment d’accord mot à mot “à dire tous la même chose” en son Nom tel que Paul l’écrivait dans sa lettre aux Corinthiens, en deuxième lecture : « Soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions » (1 Co 1,10); rejetons toute revendication d’appartenance politique, sociale, culturelle ou religieuse qui crée les divisions. Il y  en avait à Corinthe au temps de St Paul ; il y en a encore beaucoup aujourd’hui.

Que devons-nous faire ? Tout d’abord écouter et chercher à comprendre ceux qui sont différents de nous. Cet effort qui nous décentre par rapport à nous-mêmes peut nous apporter un air nouveau et nous enrichir. Il ne s’agit pas d’accepter tout à n’importe quel condition, ni de communier à n’importe quel prix, mais de nous laisser interroger par ce que pensent et vivent d’autres que nous, quitte à leur partager nos propres manières de voir et de vivre. Il convient même de questionner sur les raisons de nos différences pour apporter aux vis-à-vis notre propre lumière.

En cette fête de la conversion de St Paul, qui clôt la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, ces dispositions, accompagnées et souvent précédées par la prière, ont produit beaucoup de possibilité de partage et d’enrichissements mutuels. S’il reste encore du chemin à faire, la Bonne Nouvelle du Royaume nous est commune. Le monde a besoin de cette volonté et de ce courage dans la recherche de l’Unité entre chrétiens. Elle est particulièrement importante pour les catéchumènes qui se préparent à entrer dans l’Église par leur Baptême et pour les néophytes qui ont été baptisés en nombre croissant ces dernières années, afin qu’ils ne soient déconcertés par le contre témoignage de croyants qu’ils voulaient rejoindre et qui sont divisés entre eux.

Si Jésus, à la veille de sa mort, a prié le Père « pour que tous soient Un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21), c’est parce que cette Unité n’est pas simplement au bout de nos efforts mais parce qu’elle nous sera donnée par Dieu Lui-même.

Faisons alors monter notre prière vers le Seigneur, soyons attentifs les uns aux autres, aux catéchumènes comme aux néophytes et bien sûr, à nos frères d’autres confessions chrétiennes. Remercions-Le des progrès opérés depuis plus d’un siècle. 

        AMEN !     

mercredi 14 janvier 2026

HOMÉLIE 2ème Dimanche Ordinaire. Année A. "Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui enlève les péchés du monde" (Jn 1,29) - 18 Janvier. 2026

 

HOMÉLIE  2ème Dimanche Ordinaire. Année A. Jn 1.29-34

18 Janvier. 2026

 

« Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui enlève les péchés du monde » (Jn 1,29)

 

Vous avez reconnu la phrase que le célébrant prononce chaque dimanche en vous invitant  à venir communier au Christ. Jean-Baptiste désigne son cousin comme l’Agneau de Dieu. D’où tient-il cette expression ?

Sans doute se souvient-il de la parole du prophète Isaïe au ch. 53,7 qui désigne le Serviteur de Dieu comme un agneau innocent trainé à l’abattoir. Il faut dire qu’en araméen, langue parlé par Jean-Baptiste, Jésus et leurs contemporains, le mot qu’il utilise, "talya",hyflf=” signifie "jeune homme" mais aussi "serviteur" et désigne également un "agneau". L’Évangile de Jean, qui est écrit en grec, a choisi le mot agneau : très probablement en référence à l’agneau pascal qui était sacrifié et consommé  la veille de Pâques, en souvenir de la libération d’Égypte, et que les premiers chrétiens, qui étaient juifs, ont  identifié au Christ mis à mort la veille de Pâques.

Quel sont donc ces "péchés du monde" ?

Dans la Bible, pécher, c’est "rater la cible, manquer son but" : lorsque nous péchons, il y a une erreur, un ratage : "J’aurais dû le faire, je ne l’ai pas fait ; je n’aurais pas dû le faire, je l’ai fait". J’ai raté ma rencontre avec l’autre, et sans doute avec ce que Dieu aurait voulu que je fasse ou ne fasse pas.

L’origine même du péché est plus profonde : elle advient dès le commencement de l’humanité. Cela est raconté de façon imagée dans le second chapitre du livre de la Genèse. Dieu propose à l’homme d’entrer avec lui dans un dialogue d’amour et de confiance symbolisé par le respect d’un interdit concernant "l’arbre de la connaissance du bien et du mal, du bonheur et du malheur". Mais le malin, l’ennemi de l’humanité, désigné comme le serpent, introduit dans l’esprit du premier couple le soupçon sur cet amour, contestant cet interdit: le couple mange et se trouve tout nu, c’est-à-dire rien !

Voilà le péché du monde : douter de notre raison d’être : d’être créé par un amour de Dieu pour chacun de nous. Ce péché du monde est l’ignorance de la réelle nature de Dieu, qui nous aime infiniment. Ce péché associé à des mensonges, des caricatures sur le Bonheur, sur  l’amour, sur l’Église, sur la foi en ce Dieu-Amour, etc…fait fuir les hommes et les éloignent de la Vérité en les empêchant de reconnaître une autre réalité : nous sommes tous enfants de ce Dieu invités à ne former qu’une seule famille humaine.

Jésus au contraire est le "Oui à Dieu". Il a repris le Psaume de notre messe d’aujourd’hui (Ps 39,40) :

« Tu ne demandais ni holocauste ni victime

Alors j’ai dit : "Voici, je viens"

…ce que tu veux que je fasse

Mon Dieu, voilà ce que j’aime »

 

Enlever le péché du monde, c’est nous donner la possibilité de nous libérer de ce refus de Dieu, particulièrement en nous laissant guider comme Jésus par l’Esprit-Saint. Plongés en lui par notre baptême, nous pouvons vivre de cette liberté nouvelle : aimer comme Lui et avec Lui ; pardonner comme Lui et avec Lui ; donner comme Lui et avec Lui.

Il ne s’agit pas seulement d’une démarche individuelle. Membre de l‘Église, nous sommes appelés à être "lumière des nations" et le salut doit arriver "jusqu’aux extrémités de la terre". 

        L’Église Catholique et toutes nos Églises sœurs sont, par la volonté de Dieu, communautés pluriculturelles et plurilingues. Vivre cette réalité concrète de la communion dans la diversité n’est pas dépourvu de tensions et de difficultés. Parfois des expériences malheureuses,  des peurs et des préjugés peuvent amener certains à ériger des murs et à fermer des portes. Mais dans nos Églises, personne n’est étranger : nous sommes tous enfants de Dieu et donc frères et sœurs. C’est bien pour cela que nous sommes invités, toutes confessions ecclésiales confondues, à prier pour qu’advienne notre recherche commune à la réalisation du dessein de Dieu : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé» (Jn 17,21)

        Avec "l’Agneau", ce Jésus-Christ que nous voulons recevoir en communiant au "Pain de Vie", et avec son Esprit-Saint, soyons les témoins vivants de cette fraternité, par notre respect et notre accueil bienveillant de tous ceux qui auprès de nous ont une diversité de langue, de traditions et de coutumes et confessent leur attachement au Christ et à son Évangile

        Oui ! « Heureux les invités au Festin des Noces de l’Agneau »

AMEN !