mardi 16 juin 2026

HOMÉLIE 12ème Dimanche Ordinaire. Année A. "Ne craignez pas !...Vous valez bien plus que tous les moineaux du monde." Mt 10, 31 - 21 Juin 2026 Mt 10, 26-33

 

HOMÉLIE  12ème Dimanche Ordinaire. Année A. 21 Juin 2026

Mt 10, 26-33

 

« Ne craignez pas !...Vous valez bien plus que tous les moineaux du monde.» Mt 10, 31

 

Par trois fois, Jésus dit aux disciples : « Ne craignez pas ! » Il les prévient que Le suivre est exigeant et qu’ils rencontreront des obstacles auprès des hommes.

Il est vrai qu’en osant dire notre foi au cours d’une conversation dans notre milieu de travail, notre école ou même parfois au cœur de notre famille, nous nous exposons à ceux qui y sont étrangers, indifférents ou même hostiles. Se croyant dans la “vraie vie”, celle des branchés, des forts, des gagnants sans états d’âme ni scrupules, ils nous  tourneront en dérision et s’éloigneront de nous comme gênants, à ne pas trop fréquenter, catalogués comme cathos ou ringards. Plusieurs d’entre nous ont pu déjà l’éprouver.

Ne craignez pas le jugement des hommes, nous dit Jésus mais placez-vous sous le regard du Père : Il veille sur nous au point de « compter tous les cheveux de notre tête ! Car « chacun de nous vaut bien plus qu’une multitude de moineaux ». Mais d’abord, Jésus nous demande d’écouter son enseignement “reçu dans le creux de l’oreille” pour que nous le comprenions en toute liberté, personnellement, et le méditions dans notre cœur afin de pouvoir le présenter en connaissance de cause au grand jour. Cela suppose évidemment de notre part écoute, formation, réflexion et mise en proposition pour toucher notre entourage. Alors, faut-il aussitôt le « proclamer sur le toit ? »

St Pierre recommandait aux premiers chrétiens « d’être toujours prêts à nous expliquer devant tous ceux qui nous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1 P 3,15). Et je crois que c’est Paul VI qui invitait à témoigner ainsi : « Ne parle que si l’on t’interroge, mais vit de façon à ce qu’on t’interroge » et au Conseil des laïcs en 1974 il disait : « Le monde n’a pas besoin de maîtres mais de témoins. Ils suivront des maîtres lorsqu’ils seront des témoins »

         Mais alors, ne faut-il plus enseigner ?

Comment les enfants et les jeunes connaîtraient-ils l’enseignement de Jésus, si nous restions muets ? Mais, sans un minimum de connaissances et de réflexion, serions-nous capables de rendre compte de notre foi ? Quelle espérance leur proposer, si nous nous taisions sur les grandes questions qui se posent à notre humanité aujourd’hui et qui ne sont pas abordées dans l’esprit de l’Évangile, mais dans l’esprit du monde ? L’Église, à la suite du Christ, continue à éclairer les questions éthiques et sociales.

Dans cet esprit, le pape François, avec son Encyclique "Laudato Si", consacrée à la sauvegarde de notre Maison commune, s’adressait à toute l’humanité ; et il a reçu un très grand accueil bien au-delà du périmètre catholique suscitant de l’intérêt, dans la sphère scientifique et universitaire.

Récemment, notre pape Léon XIV a publié l’Encyclique " Magnifica Humanitas" apportant sa réflexion sur l’évolution de l’intelligence artificielle (IA) et ses conséquences sur la dignité humaine. Elle se présente comme une vaste analyse de notre monde façonné par cette intelligence artificielle qu’il faut non pas détruire mais "désarmer", c’est-à-dire l’empêcher de dominer l’humain.

Pourquoi ne pas profiter de ces temps de vacances, où du temps nous est donné, pour la lire par petites doses (car elle est très riche). Elle pourra approfondir nos connaissances et éclairer nos comportements et ceux de notre société.

Ne craignez pas ! Votre père veille sur vous encore mieux que sur tous les moineaux du monde. Il est avec nous et à notre mort, Jésus Lui-même s’est engagé à être notre avocat auprès de Lui pour nous introduire pleinement dans la vie nouvelle et vraie qui ne périt pas.

 

AMEN !

mercredi 10 juin 2026

HOMÉLIE 11ème Dimanche Ordinaire A – "Envoi des Apôtres en mission" Mt 9,36-10,8 - 14 Juin 2026

 

HOMÉLIE  11ème Dimanche Ordinaire A – Mt 9,36-10,8

14 Juin 2026

 

« Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » Mt 9,38

 

Ce qui frappe tout d’abord dans ce récit, c’est « Jésus qui est saisi de compassion ». Le texte original est très fort : mot à mot, "Jésus est ému aux entrailles". C’est dire sa souffrance envers ces foules « qui étaient harassées et abattues comme des brebis sans berger.» Çà ne sera pas la première fois.

Il le sera de nouveau face aux foules qui le cherchent pour Lui présenter leurs malades et infirmes qu’Il guérit (Mt 14,14). De même, lorsque les foules l’ont suivi et écouté trois jours durant, Jésus s’aperçoit qu’elles n’ont rien mangé car l’endroit était désert. Alors, il invoque son Père et multiplie les pains pour qu’elles soient rassasiées (Mt 15,37).

C’est également envers des personnes marquées par une grande souffrance qu’Il est "ému aux entrailles". Envers deux aveugles à Jéricho qui l’ont suivi et qu’Il guérit (Mt 20,24) ; envers un lépreux tombé à ses genoux auquel Il tend la main, le touche et le purifie (Mc 1,41) et aussi envers le père d’un enfant muet et possédé en (Mc 9,22) ; également, envers la veuve de Naïm, en pleurs, allant porter son fils unique en terre. Touchant le cercueil, Il dit au jeune homme : « Jeune homme, je te l’ordonne, réveille-toi ! » et le rendit à sa mère. (Lc 7,13).

Ainsi, avant même d’envoyer ses disciples en mission vers ces foules, Jésus voit ; avant de donner ses consignes, Il aime, et avant de confier la mission, Il compatit.

En fait, Jésus ne fait que montrer la compassion que Dieu exerce depuis toujours envers son peuple et envers les pauvres. Isaïe écrira : « Cieux, criez de joie ! Terre exulte ! Montagnes éclatez en cris de joie ! Car le Seigneur console son peuple, de ses pauvres Il a compassion ». (Is 49.13) 

Si Dieu est si compatissant, pourquoi alors Jésus demande-t-Il à ses Apôtres «  de ne pas prendre le chemin qui mène vers les nations païennes et d’entrer dans aucune ville des Samaritains ? ». La compassion de Dieu ne serait-elle pas destinée à ces catégories d’humains ?

C’est mal connaître les désirs de Dieu exprimés dans le même passage d’Isaïe que je viens de citer : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49,6). Oui, vraiment, Dieu s’intéresse à tous les peuples, mais ne dit-il pas à Moïse, dans la première Lecture de ce jour, que « son peuple sera son domaine particulier parmi tous les peuples ? » En vertu du choix qu’Il a fait de ce petit peuple, Il envoie ses apôtres pour leur annoncer qu’il doit recevoir le premier l’offre du salut messianique qu’apporte le Christ. Après sa mort et sa résurrection et le souffle de la Pentecôte, ces mêmes Apôtres partiront dans toutes les directions pour porter la Bonne Nouvelle.

À nous aujourd’hui de goûter d’abord la compassion, la miséricorde et la tendresse de Dieu pour chacun de nous, puis de la porter ou de la révéler à ceux que nous rencontrons, particulièrement à ceux que l’on ne regarde pas habituellement ou qui vivent dans l’épreuve. 

Prions Jésus Lui-même dont nous avons célébré ce Vendredi la Fête du Sacré-Cœur, pour que nous soyons petit à petit comme Lui «  qui est doux et humble de cœur" et prions « le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ». 

AMEN !

mercredi 3 juin 2026

HOMÉLIE Dimanche de la FÊTE du CORPS et du SANG du CHRIST - "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle" Jn 6,51-58 - 7 Juin 2026

 

HOMELIE Dimanche de la FETE du CORPS et du SANG du CHRIST

Jn 6,51-58 - 7 Juin 2026

 

 « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle… » Ces paroles, si elles sont prises au premier degré, sont choquantes et incompréhensibles. L’expression “boire le sang” viole l’un des interdits alimentaires les plus forts de la Loi juive (Casher "convenable à la consommation", re<fk) : interdiction absolue de s’approprier le sang d’un animal et à plus forte raison d’un homme. Le sang, c’est la vie (Lévitique 7,11) et la vie appartient à Dieu. On comprend que cela en ait rebuté plus d’un.

Alors comment comprendre ces paroles et que croyons-nous lorsque nous allons recevoir le Corps du Christ ?

Quelques précisions de vocabulaire pourront les éclairer et en faire saisir la profondeur et le don immense et incroyable que nous fait le Seigneur.

                   Contrairement aux trois autres Évangiles ainsi que Paul, l’Évangile de Jean n’emploie pas le mot corps “soma” [swma], ce par quoi l’homme entre en relation avec les autres et l’univers, qui nous sollicite tant aujourd’hui et nous impose des règles sanitaires. Il emploie le mot chair “sarx”, [sarx]. Dans la Bible ce mot désigne non pas la matière faite de cellules, mais la personne qui est déterminée par son corps. « Toute chair verra le salut de Dieu »  « De nouvelle lune en nouvelle lune, et de sabbat en sabbat, toute chair viendra se prosterner devant ma face, dit Yahvé. » (Is 66, 23) et « Et si ces jours-là n’étaient abrégés, personne (mot à mot : toute chair) n’aurait la vie sauve ». (Mt 24,22) La chair  qualifie la condition terrestre et fragile, par opposition à l’esprit qui indique l’origine céleste ou divine : « Le Verbe s’est fait chair… », exprime l’abaissement du Fils du Père qui prend, sans tricher, notre condition d’homme avec ses limites. 

                   Enfin, la chair, sous l’influence de l’hellénisme, désigne parfois la pesanteur de l’homme et sa propension au mal, au péché : « Car la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez » (Ga 5, 17)

  Quant au mot corps, il n’est pas sans signification non plus. Il n’est pas seulement la matérialité d’un être. C’est lui qui nous donne notre identité. Il y avait, jusqu’à il y a quelque temps, l’empreinte digitale ; il y a maintenant l’œil et évidemment l’ADN ! Je suis mon corps ! Quant au sang, il exprime évidemment la vie puisque sans lui, nous sommes morts. Quand Jésus dit aux Apôtres : « Ceci est mon Corps » Il dit : « Ce pain, c’est moi, et non un autre ! Quand Il dit : « Ceci est mon sang » Il dit : « Ce vin, c’est moi vivant ! ». Par ce langage symbolique, Jésus invite les siens à Le recevoir, Lui, Dieu, et à recevoir la vie qu’Il communique de sorte que nous pourrons, avec Lui, “livrer” notre vie, ce qui n’est pas le plus facile à faire.

             Les paroles de Jésus portent encore un autre symbolisme très fort. Il est le Pain vivant : Il n’est plus ce pain que Dieu a donné chaque jour à son peuple, la manne, tout au long de son Exode pour le soutenir dans sa marche et le nourrir jusque la Terre Promise où il ne sera plus nécessaire. Il est le « Pain descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Désirons-nous vraiment cette nourriture essentielle pour notre chemin sur la terre ? Ce pain qu’Il nous donne « pour que nous vivions éternellement »  jusqu’à ce que nous soyons arrivés au terme de notre vie, c'est-à-dire en Terre Promise ?  « Donne-nous notre pain de ce jour » demandons–nous dans le Notre Père. (Il est même écrit, mot à mot : Donne-nous le pain supersubstanciel). Il est tellement essentiel que Jésus ne nous demande pas seulement de le “manger” phagon [fagon] mais de le “mastiquer” (trogon) [Trwgon], comme les juifs étaient invités à mastiquer la chair de l’Agneau pascal pour goûter la libération d’Égypte que le Seigneur leur offrait. Ne devons-nous pas goûter à notre tour la libération que nous apporte “l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde” : Lui qui prend notre mal, nos péchés, pour nous en délivrer ?

             Rendons grâce de tout notre être, corps, cœur, esprit, âme à Celui qui nous aime jusqu’à se donner entièrement à nous et en nous et qui nous invite à faire Corps avec Lui et à « former un seul corps puisque nous avons part à un seul pain » (1 Corinthiens 10,17) ! AMEN !