mercredi 1 avril 2026

HOMÉLIE Dimanche de Pâques. " La Résurrection du Christ " Jn 20,1-9 - 05.04.2026

 

HOMÉLIE  Dimanche de Pâques. Jn 20,1-9

05.04.2026

 

La Résurrection du Christ 

 

Nous célébrons aujourd’hui la Résurrection de Jésus, sa victoire sur la mort remportée par sa totale confiance en son Père et par son amour extrême pour nous tous, se rendant solidaire de tous nos malheurs et injustices. Mais qu’entendons-nous par « Résurrection » ? Si l’on vous demandait d’exprimer en quelques mots ce que cela signifie, que diriez-vous ?

L’Évangile de ce matin de Pâques nous permet de rejoindre les premiers témoins de la découverte de Jésus ressuscité. Cela n’a pas été immédiat et il a fallu un cheminement pour prendre acte de cette réalité toute nouvelle.

Premier constat, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Le verbe utilisé ici est blèpo, blepw qui signifie voir-constater, qui donnerait lieu à un procès-verbal décrivant ce que l’on voit de nos yeux de chair. Elle ne va pas plus loin ; elle n’entre pas pour chercher d’autres indices. Sur ce constat, elle en déduit qu’on a enlevé du tombeau le Seigneur et s’engage sur une fausse piste. C’est dire combien elle reste dans un univers très humain, dominé par l’émotion, bien compréhensible.

Arrive le disciple que Jésus aimait, Jean sans doute : que constate-t-il ? Le tombeau est vide ; il se penche et voit (même verbe blèpo) “les linges qui sont là, à plat”. Nouveau constat, avec un nouvel indice : les linges, à plat. Arrivé le premier, il n’entre pas, par respect sans doute pour Pierre, chef des Apôtres.

Simon-Pierre arrive à son tour: il n’hésite pas, il veut en avoir le cœur net et il entre. Que constate-t-il ? La même chose : les linges, cette pièce de drap de 4 m environ qui entourait le corps de Jésus et dont les deux faces reposent sur elles-mêmes. Quant au suaire, qui entourait la tête, il est resté en sa place, distinct du linceul. Il regarde.

Le verbe ici est théorao é qewraw (qui a donné en français : théorie, théoriser, théorème...). Il signifie : observer, regarder attentivement, examiner, inspecter et même contempler. Simon-Pierre se met donc à tenter de comprendre : on n’a pas pu voler le corps de Jésus puisque tout est en place. Alors ?

Entre enfin l’autre disciple : il voit les mêmes choses, sauf que le verbe utilisé Oraooraw [qui, sous une autre forme conjugale, a donné en français : ophtalmo] signifie voir au sens de comprendre : « Ca y-est ! J’ai vu ! » “Il vit et il crut”. D’ailleurs au verset suivant, l’évangéliste utilise le même verbe : «En effet, les disciples n’avaient pas compris (vu) que selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d‘entre les morts ». Jean, lui, avait bien retenu les paroles que Jésus avait annoncées aux disciples par 3 fois concernant sa Passion, sa mort et sa Résurrection le 3ème jour. 

Pour en revenir à la résurrection, ce mot n’existe pas dans la Bible. C’est un mot qui vient du latin : "resurrectio" de "resurgere". Alors, comment l’exprime-t-on dans les Écritures ?

De deux façons liées à la manière dont on parle de la mort : soit « couché avec ses pères », soit « endormis ». Ainsi ressusciter c’est « se relever d’entre les morts » anasthnai ou « se réveiller d’entre les morts » hgeirw.

Il ne s'agit donc pas d'un retour à la vie terrestre, comme pour Lazare (qui est de nouveau mort) mais d’accéder à la vie pleine et définitive que Dieu nous donne, avec notre être tout entier, corps et esprit.

C’est pourquoi, Jésus se manifeste avec son Corps marqué à présent par ses plaies, mais affranchi des conditions terrestres habituelles qui font qu’Il est présent au milieu de ses disciples, « toute portes étant fermées » ou même qu’Il est à plusieurs endroits différents au même moment : Jérusalem et Emmaüs par exemple.

Mais Jésus ressuscité nous est présent non pas comme un corps réanimé, mais selon St Paul, comme un "corps spirituel". De plus, il a choisi des signes de sa présence corporelle en désignant le corps ecclésial, l’Église. Il a aussi demandé de transformer notre regard en considérant « l’affamé, l’assoiffé, l’étranger, celui qui est nu, le malade, le prisonnier » (Mt 25,40) comme Lui-même, en personne. Et bien sûr, Il a désigné le Pain et la Coupe de vin consacrés, comme la réalité corporelle et spirituelle de sa présence, chaque fois que nous les partageons en faisant mémoire de Lui.

Certes la Résurrection du Christ défie nos perceptions humaines. Comment l’accueillir et la comprendre progressivement ? Suivons l’invitation de St Paul qui nous est faite en 2ème Lecture : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non celles de la terre »

Soyons témoins joyeux de ce Seigneur ressuscité qui est venu donner sa Vie à tous et renouvelons la foi de notre Baptême !

AMEN !

mercredi 25 mars 2026

HOMÉLIE Dimanche des RAMEAUX. "Entrée de Jésus à Jérusalem" Mt 21,1-11 - 29 Mars 2026

 

HOMÉLIE  Dimanche des RAMEAUX. Entrée de Jésus à Jérusalem 

Année A. Mt 21,1-11 - 29 Mars 2026

 

Avec Jésus, entrant dans Jérusalem sur une ânesse, nous contemplons Dieu qui se présente tout entier à l’humanité. Il n’est pas comme les puissants qui asservissent leurs frères mais comme le roi qu’annonçait le prophète Zacharie « qui vient vers toi, Jérusalem, humble monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Za 9,9).

Nous chantons, en ce début de célébration, comme la foule qui acclamait Jésus : « Hosanna, fils de David » en grec "Wsanna", mais en hébreu : “hôchia’nâ” (h(y<Oh aaaa)fn) ce qui signifie : « Au secours ! (fils de David) » et qui s’accompagne d’une bénédiction : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Les rameaux, dont le feuillage reste longtemps vert, veulent rappeler qu’une vie nouvelle nous est donnée par la mort sur la croix et la résurrection de ce “fils de David”, Jésus, Fils unique de Dieu. Nous pourrons ainsi les placer sur les croix de nos maisons.

Devant la manifestation des foules accueillant Jésus, la ville de Jérusalem est “grandement secouée”  eseisqh pasa h poliV(même racine que séisme !) : quel est-il donc ce roi qui renonce à la toute-puissance alors que l’on aurait tant besoin d’un chef qui chasse les occupants romains ?

Mais parce que nous le connaissons, que nous l’aimons, Lui qui nous a tant aimés, nous l’accueillons en le saluant par le rameau que nous tenons à la main. En entrant tous ensemble dans l’église derrière la croix, nous montrons que nous voulons suivre Jésus pas à pas, tout au long de cette semaine sainte et dans notre vie, sur le chemin de la Passion pour arriver avec Lui à la Résurrection.

AMEN !

 

    Chers amis, l’Évangile de ce Dimanche est celui de la Passion de Jésus Christ selon Saint Matthieu. En raison de sa longueur, je ne ferai pas d'homélie mais inviterai chacun à garder le silence et à contempler telle ou telle scène de ce récit pour adorer le Seigneur.

jeudi 19 mars 2026

HOMÉLIE 5ème Dimanche Carême. A. "Résurrection de Lazare" Jn 11,1-45 – 22 Mars 2026

         

   HOMÉLIE  5ème Dimanche Carême. A. - 22 Mars 2026

Résurrection de Lazare : Jn 11,1-45 

 

A quinze jours de Pâques, en nous présentant la résurrection de Lazare (il faudrait d’ailleurs mieux parler de son « réveil » ou retour à la vie), l’Évangile nous invite à affronter l’épreuve de la mort d’un proche que l’on aime beaucoup. Les différents acteurs de ce beau récit expriment d’une manière ou d’une autre ce que nous pouvons ressentir dans de telle situation. Arrêtons-nous sur Marthe, la sœur de Lazare.

Dès qu’elle apprend la venue de Jésus, elle part à sa rencontre. Elle est désemparée ; elle Lui adresse comme un reproche de n’avoir pas été là, mais elle renouvelle sa confiance en Lui qui est en relation si forte avec Dieu. Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera ». Aussitôt, elle proclame sa foi en se souvenant de la parole du prophète Ézéchiel, que nous entendions dans la 1ère Lecture de ce dimanche : « Je vais ouvrir vos tombeaux et vous en ferai remonter… Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai » (Ez 37, 12.14). Marthe reprend : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ». Oui, justement : mais c’est au dernier jour !

Alors Jésus va l’aider à passer de ce “savoir”, qui la laisse dans une attente lointaine de la vie future, à un “croire” : « Moi, je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Et la réponse immédiate de Marthe : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois… ».

Plongée dans la souffrance de la perte de son frère, au contact du Christ et de Sa Parole (« Moi JE SUIS (“ego eïmi”, Egw eimi, qui est le Nom divin) la Résurrection et la Vie »),  elle reprend confiance et affirme sa foi.

Comment, aujourd’hui, passer du savoir de nos connaissances religieuses, catéchétiques, même sérieuses et solides, en particulier en la résurrection, à un croire, à une foi-confiance en Celui qui nous les a révélées ? Marthe est un bon témoin et nous y invite. 

Si cet Évangile peut nourrir notre espérance, la mort peut encore rester pour nous une énigme sans réponse satisfaisante. La déchirure du départ, l’absence de celui ou celle qui n’est plus là à nos côtés, le vide que produit le deuil sont autant d’obstacles à notre foi au Ressuscité. Marthe elle-même, malgré sa foi naissante, butte encore sur le mystère de la mort et lorsque Jésus commande que l’on ouvre la tombe, elle reste dans ses vues toutes humaines : « Seigneur, c’est le 4ème jour qu’il est là ». Jésus, en un patient reproche, l’encourage et lui dit: « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu »… » Nous sommes donc une nouvelle fois invités à mettre notre confiance totale dans le Christ.

Plus encore, Saint Paul nous y invite magnifiquement dans sa lettre aux Romains que nous avons en deuxième lecture : «  Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » Rm 8,11. 

Que fait alors Jésus ? D’abord, Il rend grâce de mettre son Père au service de la vie. Puis  Il s’adresse à Lazare pour qu’il soit acteur du don de cette vie renouvelée : « Lazare, viens dehors ! » Ce que fait Lazare. Mais tout entravé par ses bandelettes,  il a besoin de son entourage et c’est ce que Jésus demande : que les témoins de ce signe prenne acte de ce retour à la vie en y étant associé : « Déliez-le et laissez-le aller »

Que l’Esprit du Seigneur nous éclaire sur le mystère de la mort. Qu’il nous aide à passer de nos connaissances religieuses à une véritable rencontre avec Celui qui est la Résurrection et la Vie. Qu’il nous prépare à accueillir en pleine confiance notre propre  résurrection et celle de nos proches à l’occasion de la fête de Pâque.                                           

AMEN !

 

mercredi 11 mars 2026

HOMÉLIE 4ème Dimanche Carême. A. « L’aveugle-né » Jn 9, 1-41 - 15 Mars 2026

 

           HOMÉLIE  4ème Dimanche Carême. A. « L’aveugle-né » Jn 9, 1-41

15 Mars 2026

 

Merveilleux récit qui nous présente un homme que Jésus sort des ténèbres pour le conduire à la lumière de la foi en Lui, Fils de Dieu.

Cet homme est un aveugle de naissance, rencontré par Jésus sur son passage. Guéri miraculeusement, Il subit les interrogatoires inquisiteurs des ennemis de Jésus et leur répond avec un bon sens désarmant et même malicieux ! Lorsqu’on lui demande qui est celui qui l’a guéri, l’aveugle parle d’abord de “l’homme qu’on appelle Jésus” ; puis, il le désigne comme un “prophète” en le qualifiant comme “l’homme qui vient de Dieu”. Enfin, il le reconnaît comme “le Seigneur”. D’une ignorance totale de Jésus, il va jusqu’à professer sa foi en Lui ; d’une situation d’aveugle de naissance qui vient de guérir, il dit : « Maintenant, je vois »v.25 [voir avec ses yeux de chair blepô, blepw] mais plus loin, lorsque Jésus lui demande s’il croit au Fils de l’Homme, il s’entend dire de sa part : « Tu l’as vu »v.36 [voir dans le sens de comprendre : eôrakas, « ewrakaϛ »de ophtalmo, “oftalmw]. Il comprend alors que celui qui est devant lui est Dieu, et il se prosterne devant Lui.

En face de lui, les pharisiens que ce signe miraculeux de la guérison d’un aveugle-né contrarie parce qu’il a été accompli le jour du Sabbat. Dans leur conception étriquée de la Torah, ils ne “voient” pas ; ils oublient que Dieu a donnée la Torah à Moïse pour libérer les hommes de toute forme de servitude. Malgré les dires de l’aveugle-né, malgré leur enquête auprès des témoins et des parents de l’aveugle, ils refusent l’évidence et s’enfoncent de plus en plus dans leur aveuglement : leur péché demeure !

Je ne dis rien de l’entourage de l’aveugle qui s’interroge, mais ne se mouille pas devant le risque d’être exclu de la Synagogue.

Enfin, il y a les Apôtres. Jésus va également leur ouvrir les yeux. Le récit commence par leur question, reflétant la croyance (qui se manifeste encore de nos jours) selon laquelle les maladies, les accidents, les malheurs seraient les fruits du péché. « Qui a péché : lui ou ses parents ? » demandent les Apôtres. « Ni lui, ni ses parents n’ont péché ! » Répond Jésus de façon claire et nette. A cette fausse conception qui laisse penser que Dieu punit les mauvais et récompense les bons, et donc que s’il y a punition, il y a eu nécessairement faute, Jésus va modifier leur image de Dieu. A la place d’un Dieu vengeur et punisseur, il présente un Dieu qui sauve les hommes, « qui ne regarde pas les apparences mais regarde le cœur » (1ère Lecture, 1 S 16,7)

 « Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui » v.3. Jésus réalise ce projet, par un geste symbolique, faisant de la boue avec sa salive, comme Dieu façonnant Adam à partir de la terre. (Gn 2,7). Il va comme re-créer sa créature blessée, mais plus encore la faire accéder à la foi en son créateur-sauveur. « Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour » v.4. Jésus dit “nous” s’adressant à ses Apôtres et les associe à sa tâche. Voilà bien la mission que Jésus nous confie aujourd’hui encore : éclairer de notre foi tous ceux que Jésus met sur notre “passage”. Préparations aux sacrements, aux obsèques, catéchèse à tous âges, visites aux personnes âgées, aux gens seuls ou aux malades, et tant d’initiatives personnelles en voisinage, en loisirs, au travail ou à l’école : ne sont-elles pas autant de mises en pratique de cette vocation que nous avons reçue au Baptême, que les premiers chrétiens appelaient également “illumination” ? Et qu’aujourd’hui les catéchumènes expriment à l’occasion de leur deuxième scrutin. La lumière, nous la recevons du Christ-Jésus, comme le rappelait St Paul dans la 2ème lecture : « Frères, autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière - or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité –et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur » (Ep 5,8).

Combien il nous est nécessaire, “renonçant aux activités des ténèbres”, (Ep 5,11) de nous tourner vers Jésus : de contempler et de s’imprégner de ses attitudes, de ses paroles ; puis dans un appel inlassable à l’Esprit-Saint, nous laisser guider, jour après jour, dans nos projets, nos comportements, nos paroles, afin d’être lumière à notre tour.        AMEN !