mercredi 10 juin 2026

HOMÉLIE 11ème Dimanche Ordinaire A – "Envoi des Apôtres en mission" Mt 9,36-10,8 - 14 Juin 2026

 

HOMÉLIE  11ème Dimanche Ordinaire A – Mt 9,36-10,8

14 Juin 2026

 

« Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » Mt 9,38

 

Ce qui frappe tout d’abord dans ce récit, c’est « Jésus qui est saisi de compassion ». Le texte original est très fort : mot à mot, "Jésus est ému aux entrailles". C’est dire sa souffrance envers ces foules « qui étaient harassées et abattues comme des brebis sans berger.» Çà ne sera pas la première fois.

Il le sera de nouveau face aux foules qui le cherchent pour Lui présenter leurs malades et infirmes qu’Il guérit (Mt 14,14). De même, lorsque les foules l’ont suivi et écouté trois jours durant, Jésus s’aperçoit qu’elles n’ont rien mangé car l’endroit était désert. Alors, il invoque son Père et multiplie les pains pour qu’elles soient rassasiées (Mt 15,37).

C’est également envers des personnes marquées par une grande souffrance qu’Il est "ému aux entrailles". Envers deux aveugles à Jéricho qui l’ont suivi et qu’Il guérit (Mt 20,24) ; envers un lépreux tombé à ses genoux auquel Il tend la main, le touche et le purifie (Mc 1,41) et aussi envers le père d’un enfant muet et possédé en (Mc 9,22) ; également, envers la veuve de Naïm, en pleurs, allant porter son fils unique en terre. Touchant le cercueil, Il dit au jeune homme : « Jeune homme, je te l’ordonne, réveille-toi ! » et le rendit à sa mère. (Lc 7,13).

Ainsi, avant même d’envoyer ses disciples en mission vers ces foules, Jésus voit ; avant de donner ses consignes, Il aime, et avant de confier la mission, Il compatit.

En fait, Jésus ne fait que montrer la compassion que Dieu exerce depuis toujours envers son peuple et envers les pauvres. Isaïe écrira : « Cieux, criez de joie ! Terre exulte ! Montagnes éclatez en cris de joie ! Car le Seigneur console son peuple, de ses pauvres Il a compassion ». (Is 49.13) 

Si Dieu est si compatissant, pourquoi alors Jésus demande-t-Il à ses Apôtres «  de ne pas prendre le chemin qui mène vers les nations païennes et d’entrer dans aucune ville des Samaritains ? ». La compassion de Dieu ne serait-elle pas destinée à ces catégories d’humains ?

C’est mal connaître les désirs de Dieu exprimés dans le même passage d’Isaïe que je viens de citer : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49,6). Oui, vraiment, Dieu s’intéresse à tous les peuples, mais ne dit-il pas à Moïse, dans la première Lecture de ce jour, que « son peuple sera son domaine particulier parmi tous les peuples ? » En vertu du choix qu’Il a fait de ce petit peuple, Il envoie ses apôtres pour leur annoncer qu’il doit recevoir le premier l’offre du salut messianique qu’apporte le Christ. Après sa mort et sa résurrection et le souffle de la Pentecôte, ces mêmes Apôtres partiront dans toutes les directions pour porter la Bonne Nouvelle.

À nous aujourd’hui de goûter d’abord la compassion, la miséricorde et la tendresse de Dieu pour chacun de nous, puis de la porter ou de la révéler à ceux que nous rencontrons, particulièrement à ceux que l’on ne regarde pas habituellement ou qui vivent dans l’épreuve. 

Prions Jésus Lui-même dont nous avons célébré ce Vendredi la Fête du Sacré-Cœur, pour que nous soyons petit à petit comme Lui «  qui est doux et humble de cœur" et prions « le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ». 

AMEN !

mercredi 3 juin 2026

HOMÉLIE Dimanche de la FÊTE du CORPS et du SANG du CHRIST - "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle" Jn 6,51-58 - 7 Juin 2026

 

HOMELIE Dimanche de la FETE du CORPS et du SANG du CHRIST

Jn 6,51-58 - 7 Juin 2026

 

 « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle… » Ces paroles, si elles sont prises au premier degré, sont choquantes et incompréhensibles. L’expression “boire le sang” viole l’un des interdits alimentaires les plus forts de la Loi juive (Casher "convenable à la consommation", re<fk) : interdiction absolue de s’approprier le sang d’un animal et à plus forte raison d’un homme. Le sang, c’est la vie (Lévitique 7,11) et la vie appartient à Dieu. On comprend que cela en ait rebuté plus d’un.

Alors comment comprendre ces paroles et que croyons-nous lorsque nous allons recevoir le Corps du Christ ?

Quelques précisions de vocabulaire pourront les éclairer et en faire saisir la profondeur et le don immense et incroyable que nous fait le Seigneur.

                   Contrairement aux trois autres Évangiles ainsi que Paul, l’Évangile de Jean n’emploie pas le mot corps “soma” [swma], ce par quoi l’homme entre en relation avec les autres et l’univers, qui nous sollicite tant aujourd’hui et nous impose des règles sanitaires. Il emploie le mot chair “sarx”, [sarx]. Dans la Bible ce mot désigne non pas la matière faite de cellules, mais la personne qui est déterminée par son corps. « Toute chair verra le salut de Dieu »  « De nouvelle lune en nouvelle lune, et de sabbat en sabbat, toute chair viendra se prosterner devant ma face, dit Yahvé. » (Is 66, 23) et « Et si ces jours-là n’étaient abrégés, personne (mot à mot : toute chair) n’aurait la vie sauve ». (Mt 24,22) La chair  qualifie la condition terrestre et fragile, par opposition à l’esprit qui indique l’origine céleste ou divine : « Le Verbe s’est fait chair… », exprime l’abaissement du Fils du Père qui prend, sans tricher, notre condition d’homme avec ses limites. 

                   Enfin, la chair, sous l’influence de l’hellénisme, désigne parfois la pesanteur de l’homme et sa propension au mal, au péché : « Car la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez » (Ga 5, 17)

  Quant au mot corps, il n’est pas sans signification non plus. Il n’est pas seulement la matérialité d’un être. C’est lui qui nous donne notre identité. Il y avait, jusqu’à il y a quelque temps, l’empreinte digitale ; il y a maintenant l’œil et évidemment l’ADN ! Je suis mon corps ! Quant au sang, il exprime évidemment la vie puisque sans lui, nous sommes morts. Quand Jésus dit aux Apôtres : « Ceci est mon Corps » Il dit : « Ce pain, c’est moi, et non un autre ! Quand Il dit : « Ceci est mon sang » Il dit : « Ce vin, c’est moi vivant ! ». Par ce langage symbolique, Jésus invite les siens à Le recevoir, Lui, Dieu, et à recevoir la vie qu’Il communique de sorte que nous pourrons, avec Lui, “livrer” notre vie, ce qui n’est pas le plus facile à faire.

             Les paroles de Jésus portent encore un autre symbolisme très fort. Il est le Pain vivant : Il n’est plus ce pain que Dieu a donné chaque jour à son peuple, la manne, tout au long de son Exode pour le soutenir dans sa marche et le nourrir jusque la Terre Promise où il ne sera plus nécessaire. Il est le « Pain descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Désirons-nous vraiment cette nourriture essentielle pour notre chemin sur la terre ? Ce pain qu’Il nous donne « pour que nous vivions éternellement »  jusqu’à ce que nous soyons arrivés au terme de notre vie, c'est-à-dire en Terre Promise ?  « Donne-nous notre pain de ce jour » demandons–nous dans le Notre Père. (Il est même écrit, mot à mot : Donne-nous le pain supersubstanciel). Il est tellement essentiel que Jésus ne nous demande pas seulement de le “manger” phagon [fagon] mais de le “mastiquer” (trogon) [Trwgon], comme les juifs étaient invités à mastiquer la chair de l’Agneau pascal pour goûter la libération d’Égypte que le Seigneur leur offrait. Ne devons-nous pas goûter à notre tour la libération que nous apporte “l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde” : Lui qui prend notre mal, nos péchés, pour nous en délivrer ?

             Rendons grâce de tout notre être, corps, cœur, esprit, âme à Celui qui nous aime jusqu’à se donner entièrement à nous et en nous et qui nous invite à faire Corps avec Lui et à « former un seul corps puisque nous avons part à un seul pain » (1 Corinthiens 10,17) ! AMEN !                                            

                         

mercredi 27 mai 2026

HOMÉLIE FÊTE de la TRINITE A – "Dieu a tant aimé le monde..." Jn 3,16-18 - 31 mai 2026

 

HOMÉLIE FÊTE de la TRINITE A – Jn 3,16-18

31 mai 2026

 

Quand nous parlons de Dieu, de qui parlons-nous ? 

 

Vaste question que déjà, à Rome vers 150, un philosophe chrétien et martyr d’origine palestinienne, St Justin, se posait alors qu’il écrivait une Apologie pour les chrétiens. Voici ce qu’il écrivait.

Car personne n’est capable d’attribuer un nom à Dieu qui est au-dessus de toute parole, et si quelqu’un ose prétendre qu’il y en a un, il est atteint d’une folie mortelle. Ces mots : Père, Dieu, Créateur, Seigneur et Maître ne sont pas des noms, mais des appellations motivées par ses bienfaits et par ses œuvres. Le mot Dieu n’est pas un nom, mais une approximation naturelle à l’homme pour désigner une chose inexplicable »  

 

Alors pourquoi les théologiens ont-ils inventé ce nom de Trinité, [Tri-Unitas=Trois en Un] pour parler de Dieu ?

Après les persécutions des chrétiens qui ont duré trois siècles, l’Église va être amenée à préciser ce en quoi elle croit. Il ne s’agit pas de retomber dans la présentation d’une trilogie de divinités païennes que la vie civile et religieuse vient d’abandonner en même temps que l’empereur Constantin, vers 313, (Édit de Milan). Il s’agit, tout en gardant la fidélité à la Révélation, transmise dans la Sainte Écriture (Dieu est "Un", Dt 6,4), de tenir compte de la venue dans l’Histoire de Jésus, Christ et Seigneur, et de l’Esprit Saint de Dieu, qui se répand sur toute la terre et tous les peuples. Oui Dieu est UN, mais s’Il est l’Amour, comment peut-Il rester seul ? Et c’est la proposition faite par les Pères d’introduire la notion de “personne”, être unique, capable de relations, distinct au cœur même de l’intimité de Dieu : un seul Dieu en trois personnes, de même nature, non-créées…Nous entrons dans l’un des trois grands “Mystères” de notre foi : Incarnation, Rédemption et Trinité. C’est à dire que nous n’aurons jamais fini de comprendre qui est Dieu. Alors, pourquoi se casser la tête ?

 

Eh bien je pense que ça vaut le coup de s’arrêter un instant sur cette proposition de foi en Dieu. Un Dieu seul, on peut l’enfermer dans une définition, une conception qui peut devenir vite oppressante, exclusive : Dieu de justice, Dieu tout-puissant, Dieu éternel… Ce que St Justin dénonçait. Elles rejoignent volontiers nos frustrations, nos limites pour les transcender en un dieu, qui est forcément “avec nous” (Gott mit uns !), de notre côté…

 

Dieu n’est pas pour le chrétien une idée,  pas plus qu’Il n’est le “Dieu du Livre” : il est quelqu’un de vivant, qui a fait alliance avec les hommes et leur parle à travers de nombreux personnages. Il entretient avec son peuple et avec chacun une relation personnelle, jusqu’à la réaliser en son Fils venu “planter sa tente” parmi nous (Jn 1,14). C’est la grande différence que nous avons avec le Dieu des musulmans qui n’a fait alliance avec qui que ce soit.

 

         De plus, avec Dieu Trinité, nous avons un Dieu en Trois personnes unies dans une relation d’amour incessante qui nous empêche de l’enfermer dans une idéologie quelconque, car Il est un courant de Vie. Et si nous prenons au sérieux les premières paroles de la Bible qui nous définissent, nous les hommes, “comme créés à son image, comme sa ressemblance”, alors il existe en nous, inscrit dans notre nature, cette nécessité, cette exigence de vivre en relation avec les autres, sans laquelle il ne peut y avoir de vrai bonheur. La Trinité Sainte, loin d’être une simple notion théologique, est ce “Dieu tendre et miséricordieux” (Ex 34,6) révélé à Moïse au Sinaï, exprimé dans notre première lecture et rappelé par St Jean dans l’Évangile d’aujourd’hui : “Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils Unique” et tout homme qui croit… entrera dans la vie de Dieu… par l’Esprit Saint. De plus, ce Dieu ne veut pas “juger le monde, mais le sauver par son Fils”. 

 

Ce qui sauve, c’est de croire, c’est à dire d’accueillir le don de Dieu, cet Amour de Dieu : le laisser nous envahir, pour qu’il nous imprègne et nous transforme, pour qu’Il nous “divinise” à son image et ressemblance ! Cela se vérifie par l’amour que nous portons aux autres.

 

Alors, frères et sœurs, ne nous trompons pas de Dieu !

 

AMEN !