HOMÉLIE 19ème Dimanche Ordinaire, A. Mt 14,22-33
09 Août 2026
“Confiance ! Moi, Je suis ! N’ayez pas peur”
Après avoir nourri les foules dans le désert, Jésus contraint les disciples à embarquer et à le précéder sur l’autre rive. En effet, les foules, nous rapporte St Jean (Jn 6,15) au sujet du même évènement, cherchaient à l’enlever pour le faire Roi. D’une part, ce n’est pas comme cela que Jésus désire être Roi ; mais d’autre part, Jésus ne veut pas non plus que ses disciples, ayant participé au miracle de la multiplication des pains, puissent croire que le Royaume de Dieu est arrivé avec sa toute-Puissance.
Ayant congédié les foules, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Élie, pourchassé par Jézabel, après les sacrifices du Carmel n’en a-t-il pas fait autant ? Tous veulent rencontrer Dieu, seul, dans le silence de la prière ou, pour Élie à l’ Horeb, Dieu se manifeste par "une voix, un silence ténu", selon la traduction originale de l’hébreu.
Vers la fin de la nuit, les disciples, loin de la terre, rament comme des malheureux, tourmentés par les vagues, car le vent est contraire. Jésus vient vers eux marchant sur la mer. Marcher sur l’eau, c’est évidemment impossible : il y a donc prodige. Mais pourquoi donc Matthieu, comme les autres évangélistes, parlent de ce lac comme d’une mer ? (Il n’a que 13 kms de large sur 20 de long). Parce que dans la Bible, les masses d’eau sont toujours symbole du lieu des puissances de mort, qui veulent engloutir l’homme. Pensez aux eaux primordiales (Gn 1) sur lesquelles tournoie l’Esprit de Dieu qui sont néant, d’où Dieu va faire jaillir la terre; pensez au déluge qui engloutit l’humanité arrivée à un point extrême de violence ; à la Mer Rouge, obstacle levé par Dieu pour les hébreux, mais tombeau pour les chars de pharaon ; pensez encore à Jonas engloutit par le monstre marin, mais sauvé par Dieu, qui lui fait rendre sa proie.
Devant ce qu’ils voient, les disciples n’en croient pas leurs yeux, et ils paniquent devant ce qu’ils pensent être un fantôme, et ils poussent des cris ! Alors, Jésus leur parle : « Confiance ! Moi, Je suis ! N’ayez pas peur ! » Moi, Je suis ! C’est ainsi que Dieu révèle son identité à Moïse. Sur cette Parole, la foi de Pierre s’éveille et il lance un défi à Jésus : mot à mot : « Si toi tu es, (autrement dit, si tu es Dieu) ordonne-moi de venir à toi » - « Viens ! » dit Jésus. Et Pierre fait confiance et marche sur les eaux (à il n’est pas dit sur la mer…car Pierre ne domine pas les puissances de mort). Mais, voyant le vent fort… Son regard n’est plus fixé sur Jésus : il perd confiance, il a peur, il coule ! Un cri d’appel : « Seigneur, sauve-moi ! » Délicatesse de Jésus qui étend la main, le saisit avant de lui reprocher : «Homme de petite foi » en grec : Oligopistè, (comme les oligoéléments médicament de petite quantité que prescrit le médecin), pourquoi as-tu douté ? »
Cet épisode de la vie des Apôtres les préparent au grand passage de Jésus sur l’autre rive : sa Passion, sa mort et sa Résurrection. Leur foi sera malmenée : Pierre osera défendre Jésus à Gethsémani ; il s’engagera à le suivre jusqu’au bout au lavement des pieds ; mais devant la tournure dramatique des évènements, il Le reniera avant le chant du coq ; enfin, il retrouvera son Seigneur ressuscité sur le rivage de cette mer.
Il est bon pour nous d’évoquer ces scènes car nous sommes bien proches de ce que Pierre et les Apôtres ont vécu. Notre foi n’est jamais acquise : elle vit, se fortifie ou faiblit, traverse des turbulences, comme celle de Pierre, au gré des contrariétés, des épreuves, des obstacles, des rencontres, des événements et des questions qui surgissent sur le chemin de notre vie. Comme Pierre, tantôt nous nous lançons audacieusement vers Dieu, en pleine confiance, marchant sur les puissances de mort qui sont en nous ou autour de nous ; tantôt, nous prenons peur, parce que c’est plus fort que nous, et nous perdons de vue Jésus : nous oublions qu’Il est là, qu’Il est Dieu, qu’Il sauve; nous ne prions plus ; nous ne nous raccrochons plus à ses paroles…nous coulons ! Et Il vient nous chercher, nous ressaisit pour que nous nous en sortions et que nous vivions après cette épreuve. Notre foi devra traverser de nombreuses pâques pour que nous arrivions enfin avec Lui sur l’autre rive.
En cette Eucharistie dominicale, nous pouvons prier pour ceux qui sont particulièrement éprouvés et, avec tous les frères et sœurs qui nous entourent, Lui redire notre foi en continuant à le suivre.
AMEN !
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