mercredi 9 octobre 2024

HOMÉLIE 28ème Dimanche Ordinaire B. "L’Homme riche" Mc 10, 17-30 - 13.10.2024

 

HOMÉLIE 28ème Dimanche Ordinaire B. Mc 10, 17-30

13.10.2024

L’Homme riche

 

Voici donc la célèbre rencontre de Jésus avec un homme, jeune chez St Matthieu (Mt 19,22), notable chez St Luc (Lc 18,18), les trois évangélistes s’accordant pour remarquer qu’il était riche. A la question qui semble essentielle à ses yeux : « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus, en bon rabbin, comme dimanche dernier, répond par une autre question : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon sinon un seul Dieu !» Déroutant, n’est-ce pas ; d’autant plus déroutant que nous savons qu’Il est Dieu et qu’Il semblerait faire comprendre qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et que celui-la seul est bon. Ceux qui refusent de reconnaître la divinité de Jésus utilisent d’ailleurs ce passage comme preuve donnée par Jésus Lui-même pour dire qu’Il n’est pas Dieu.

Eh bien précisément, Jésus nous révèle quelle est la nature du vrai Dieu : non pas Celui de nos rêves et de nos imaginations venant combler tous nos désirs ou nos frustrations, mais Celui qui s’est voulu tellement aimant, proche et respectueux de la liberté de sa créature, l’homme, qu’Il renonce à sa toute-puissance pour ne lui proposer que son amour humble, qui accepte même le refus à son appel et n’en demeure pas moins aimant. Ce faisant, dans ce même passage de l’Évangile, Jésus ne nous révèle-t-il pas son amour infiniment puissant : « Tout est possible à Dieu »

         A aucun moment Il ne se comporte comme un gourou. En Lui, aucun désir de possession, et c’est pourquoi, il répond quand même à son interlocuteur en le renvoyant au Décalogue (les dix Paroles) qu’il connaît bien, en les limitant d’ailleurs à ce que l’on pourrait les qualifier de « loi naturelle ». [Marc ajoute même un commandement qui n’est pas dans le Décalogue mais qui résume ceux énumérés: « Ne fais de tort à personne ». Bien utile !]

         L’homme riche déclare les observer tous depuis sa jeunesse, sa Bar Mitsva, l’âge où il est devenu « fils d’Israël ».

         Alors « Jésus, après avoir posé son regard sur lui, l’aima » Étonnant ! Comme s’il ne l’aimait pas avant ! Voilà bien la manière de faire du Dieu Vivant qui attend notre bonne volonté et notre détermination ; partant d’elle, Il révèle ce qui manque pour accomplir en nous la plénitude de sa présence. Il manifeste un amour plus personnel. « Une seule chose te manque… » Que lui manque-t-il ? « Va ! » (Ne reste pas dans l’état où tu es…) ; « Vends ce que tu as… » (Dépossède-toi de ce que tu as : en fait, tu crois posséder toutes tes richesses, mais n’oublient pas qu’elles sont à Dieu et que tu n’en es que le gérant. Alors, imite ton Dieu : il s’est dépossédé de sa toute puissance : tu viens d’en avoir un modèle sous tes yeux en la personne de Jésus…). « Donne-le aux pauvres… » Puisque tu en as été le bon gérant, puisque tu es riche, fais-en profiter les pauvres : tu donneras un plus grand sens à ta gérance et tu seras déjà en communion avec le ciel, c'est-à-dire Dieu Lui-même… : « Puis viens, suis-moi ! » Suprême invitation à entrer dans la démarche et l’intimité non pas d’un gourou mais d’un Sauveur, Dieu, qui s’est fait notre frère et nous apprend à l’être avec tous.

         Que retenir de tout cela ?

  1. Cette belle affirmation du Père Varillon : « Dieu n’est tout-puissant que de la toute-puissance de l’amour ! ».
  1. Que toute relation aux autres doit être chaste, c'est-à-dire emprunte d’un infini respect pour ce qu’il est, ses projets, ses choix, et en particulier lorsque nous sommes en responsabilité dans une relation, notamment conjugale, parentale, éducative ou comme témoin du Christ, de son Évangile et de son Église.
  1. Que dans le rapport à nos biens et richesses de tous ordres, nous avons à nous situer en gérant et non en propriétaire. Cela a des répercussions en matière de partage avec de plus pauvres, en matière d’écologie, en matière d’équilibre de vie : nous voulons tellement tout faire, tout voir…

 

    Les disciples  s’effrayaient des paroles de Jésus. Ils pensaient que ce qu’Il proposait était impossible !

Et Jésus de les apaiser en s’adressant une nouvelle fois à eux : « Mes enfants… » Et de leur faire constater avec Lui : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu »

      De fait : Jésus reconnaît qu’entrer dans le Royaume n’est possible que grâce à Dieu et que Dieu ne demande qu’à nous y faire entrer, en même temps qu’Il nous demande de nous désencombrer. Alors répondons joyeusement à son invitation !

AMEN !

mercredi 2 octobre 2024

HOMÉLIE 27ème Dimanche ordinaire B. "Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?" Mc 10, 2-10 - 8 Octobre 2024.

 

HOMÉLIE 27ème Dimanche ordinaire B.

8 Octobre 2024. Mc 10, 2-10

 

« Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? »

 

Question délicate que l’on pose encore bien souvent à l’Église catholique sous la forme suivante : « Pourquoi l’Église ne reconnaît-elle pas le divorce ? 

En bon rabbin, Jésus répond à la question par une autre question : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils le savent bien : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation » ainsi les deux seraient déliés de leur engagement matrimonial et pourraient se remarier. Mais Jésus commente aussitôt : « C’est en raison de l’endurcissement de votre cœur… ».

Jésus donne la raison de cette loi, mais il entraîne vers une autre manière de voir les choses. « Au commencement de la Création… » En hébreu, "au commencement" se dit : Bereshit, de Rosh, la tête : cette semaine, les juifs ont célébré leur début d’année : Rosh Hachana].Ainsi…à l’origine…en tête…dans la pensée, dans l’intention de Dieu…qu’y avait-il ? » Il y avait l’homme et la femme, créés à son image et ressemblance, capables, par l’amour qui les unit, de révéler l’amour invisible mais pourtant bien réel de Dieu. Ils recevaient la vocation de manifester l’amour de Dieu qui donne et qui accueille sans cesse. Être Un comme Dieu est UN. (Dt 6,4)

Certes, Jésus sait bien que ce n’est pas toujours facile de répondre à cet appel et que chacun, en amour, peut à certains moments vivre un sentiment de frustration, d’échec. Mais n’y a-t-il pas bien des domaines, autres que la vie conjugale, où les échecs à vivre l’Évangile peuvent se produire ? Quand il s’agit de pardonner, de partager, de refuser tout mensonge, toute combine, toute forme de violence en paroles ou en actes, etc… Cela ne remet  pas en cause les intentions de Dieu : son appel à la sainteté en vivant l’Évangile et en particulier, en faisant grandir un amour conjugal qui doit s’épanouir dans la durée et l’engagement pour la vie est toujours là : Il nous fait confiance. A nous de vivre avec Lui.

Ce faisant, pour aider à mieux comprendre ce qu’est l’amour conjugal, Jésus ajoute une parole qui au premier abord peut paraître tranchante et définitive : « Donc, ce que Dieu a uni, l’homme ne le sépare pas ! » En fait, bien traduite, cette parole peut considérablement éclairer l’engagement qu’Il demande. Il est écrit dans le texte original grec, mot à mot : « Ce que Dieu a mis sous le même joug ». Le mot (sunezeuxen: sunezeuksen) utilisé par l’Évangéliste Marc : comme Matthieu d’ailleurs) est unique dans tous les Évangiles. C’est donc qu’il n’a pas été choisi au hasard. Le Joug : Çà évoque plutôt pour nous quelque chose de pénible : un vainqueur qui soumet, écrase, tyrannise un vaincu. Mais le sens premier de ce mot est tout autre : joug : “pièce de bois servant à atteler une paire d’animaux de trait” écrit l’encyclopédie de Larousse.

                   Joug vient du grec : Zugon, zugon, et a pour racine Indo-européenne “yug”  qui signifie “atteler” (il est de la même famille que yoga, qui en sanscrit signifie : “connexion”, principe philosophique et méthode pour réaliser l’unité entre le physique et le mental, l’esprit). En latin, joug se dit « jugum » : il a donné « conjugum » (“avec le même joug”) et en français « conjugal ».

                   Cette petite remarque étymologique nous oriente vers une dynamique d’unité non pas de  fusion mais de communion. Ainsi Jésus invite le couple à s’aimer d’un amour de communion. Il ne veut pas que l’un disparaisse au profit de l’autre, ou que s’établisse entre eux une relation de  “dominant/dominé”, ou encore que l’un et l’autre soient réduits à l’inconsistance. Ces situations sont à l’origine de bien des dysfonctionnements, des souffrances, qui aboutissent à des séparations. Au contraire, Jésus invite les conjoints à se donner et s’accueillir, chacun eux-mêmes, bien vivants, se complétant, faisant naître l'autre à une vie sans cesse nouvelle et faisant naître la vie par la venue des enfants, fruits de leur amour généreux, lorsque cela est possible.

                    La première lecture du livre de la Genèse montre Dieu cherchant à l’homme « une aide qui lui correspondra » : mot à mot, écrit en hébreu cette fois-ci, deux traductions sont possibles: Il chercha un  «vis-à-vis » [on ne se découvre et grandit  que grâce aux autres] ou un « côte à côte » [on a besoin d’aide, de soutien et de compagnonnage], les deux aspects favorisant l’épanouissement et le bonheur de l’autre conjoint. Cela ne va pas, bien sûr, sans tensions ou ajustements, mais un peu comme une paire de bœufs sous le même joug, “conjuguant” leurs forces et leurs sens pour tirer des charges inimaginables. « Dieu donne aux époux cette capacité de l’impossible, d’aimer comme Dieu et d’aimer de l’amour même de Dieu » (P. Sébastien CHAUCHAT). C’est dire que le Seigneur est avec les époux pour qu’ils réussissent leur amour : n’est-ce pas cela le sacrement du mariage ?                

AMEN !

mercredi 25 septembre 2024

HOMÉLIE 26ème Dimanche du Temps Ordinaire B. “ Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la… ” Mc 9, 38-43.45.47-48 - 29 Septembre 2024

 

HOMÉLIE 26ème Dimanche du Temps Ordinaire B.

29  Septembre 2024– Mc 9, 38-43.45.47-48

 

Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la… ”

 

Vraiment, très dure cette parole de Jésus et les suivantes ! Bien évidemment, en aucun cas et pour aucune raison, Jésus nous demande de nous mutiler. Alors, comment comprendre ces paroles ? L’Orient utilise volontiers un langage imagé : par exemple, en hébreu, le mot “plage” se dit : “Les lèvres de la mer”. En français aussi, nous avons bien des expressions que nous ne prenons pas heureusement au pied de la lettre : rien qu’avec le mot “porte” vous pouvez vous amuser à relever toutes les expressions imagées  qui le contient : “Prendre la porte” “Fermer sa porte à quelqu’un” “Toutes les portes lui sont ouvertes” “Frapper à la bonne porte” “Entrer par la grande ou la petite porte” “Mettre la clé sous la porte” …

La main désigne ce que l’on fait : tu risques de faire du mal, ne le fais pas ! Renonce radicalement à ce qui risque de te faire faire le mal. L’œil désigne ce que l’on regarde : tu risques de regarder des choses mauvaises, malsaines : bagarres, violence, pornographie… dont les images pollueront ton regard sur les personnes : alors coupe ta vue, détourne-toi, éteins ton ordinateur, ton poste…! Le pied désigne la marche qui nous conduit quelque part ou dans un groupe: en ce lieu ou dans ce groupe, tu risques de faire le mal, alors n’y va pas !

Jésus nous parle un peu comme un chirurgien qui sait très bien qu’il faut extirper d’un organe la tumeur qui le ronge. Alors, il nous aide à avoir le courage de le faire… avec Lui : c’est vraiment le bon médecin. Car le mal, au départ, a toujours quelque chose d'attrayant, qui nous fascine et contre lequel il est très difficile de résister. C'est un peu comme une planche savonneuse.

         Mais revenons à la première lecture de ce Dimanche : Livre des Nombres ch.11, versets 25-29. Eldad (“Dieu a aimé”) et  Medad (“amour”) prophétisent dans le camp des hébreux, alors qu’ils auraient du se rendre avec les autres prophètes à la Tente de la Rencontre auprès de Moïse. Josué lui demande de les arrêter : et pourtant, ils comptaient bien parmi les 70 anciens qui avaient été choisis !

Que nous raconte le début de l’Évangile de ce jour ?

Jean, l’un des Douze, rapporte à Jésus qu’il a voulu empêcher quelqu’un de chasser les esprits mauvais au nom de Jésus, parce qu’il ne faisait pas partie de leur groupe.

Deux situations très voisines à quelques 1200 ans près.

Que lui répond Jésus : « Qui n’est pas contre nous est pour nous »

Et aujourd’hui ?

 Comme il est difficile de reconnaître que ceux qui ne pensent pas comme nous, qui ne font pas comme nous, qui ne participent pas aux mêmes activités que nous, et qui pourtant se réclament de Jésus Christ, puissent être cependant très proches et aller dans le même sens que nous ! Nous risquons de juger vite, de classer vite ceux qui ne sont pas du même bord, du même milieu, ceux qui ne sont pas de la même sensibilité liturgique ou plus encore de la même Église que nous. Et pourtant, beaucoup de ceux-là cherchent, comme nous, à mener une vie conforme à l’Évangile et à la fidélité au Christ, principalement dans le service de leurs proches qui en ont besoin.

“Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes !” répond Moïse à Josué.

Que l’Esprit de Pentecôte reçu au Baptême, conforté à la Confirmation, prié tous les jours, nous rende attentifs, accueillants et bienveillants à tous ceux qui, proches ou lointains, se conduisent selon l’Évangile de Jésus Christ.

“Il y en a qui paraissent en dehors du bercail et qui sont au-dedans, disait St Augustin, et d’autres qui paraissent dedans et qui sont dehors  

AMEN !

mardi 17 septembre 2024

HOMÉLIE 25ème Dimanche ordinaire B. "Accueillir Dieu comme un enfant" Mc 9,30-37 - 22 Septembre 2024.

 

HOMÉLIE 25ème Dimanche ordinaire B. Mc 9,30-37

22 Septembre 2024.

 

« Accueillir Dieu comme un enfant »

 

         Si nous avions entendu l’enseignement de Jésus aux disciples, annonçant sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, aurions-nous eu le courage de l’interroger sur ce qu’Il venait de leur annoncer, tant cette destinée du "Fils de l’homme" qu’Il était, contrastait  avec ce qu’ils attendaient, et surtout avec son enseignement qui ravissait les foules, ainsi qu’avec le pouvoir si efficace auprès des malheureux qui s’adressaient à Lui ?

Jésus va donc aider ses disciples à Le comprendre.

Sachant qu’ils avaient discuté entre eux, se préoccupant de protocole pour savoir qui était le plus grand, Jésus leur donne Sa définition du "plus grand: « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier et le serviteur de tous ». Renversement total des valeurs, difficile encore à comprendre pour les disciples.

                 Alors, il fait un geste significatif. Il prend un enfant et le place au milieu d’eux. À l’époque, qu’est-ce qu’un enfant ? Selon l’étymologie, c’est celui qui ne parle pas (du latin "infans") ou qui n’a pas droit à la parole. C’est celui qui est totalement dépendant de ses proches mais qui met en eux toute sa confiance, se blottissant même dans leurs bras : Ps 131,2. Jésus dira encore, en se fâchant, lorsque les disciples, repoussant les enfants qui voulaient Le rencontrer : « Amen je vous le dis : celui qui n’accueille pas le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas » Mc 10,15  

                 Jésus nous révèle quelque chose de plus important encore. Si on accueille un enfant, c’est Lui qu’on accueille. Autrement dit, on L’accueille comme le plus petit qu’Il veut être. Jésus s’identifie donc à un enfant. Mais, continue-t-Il de dire : « Celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’Il accueille mais Celui qui m’a envoyé ».

                 Alors, Celui qui a envoyé Jésus, n’est-Il pas, comme Jésus,  Lui aussi identifié à un enfant, qui se veut dépendant de ses proches, c’est-à-dire de ses disciples, c’est-à-dire de nous ? Ainsi Dieu Se serait lié à nous, comme Jésus l’a été, comme le serviteur de tous ?

                 Dimanche dernier, Jésus demandait à ses disciples (et pourquoi  pas à nous !) : « Pour vous, qui suis-je ? ». Aujourd’hui, Il proclame qu’Il est le serviteur de tous, à l’image de Celui qui l’a envoyé. Nous sommes invités à une nouvelle approche du mystère de Dieu, non pas seulement de Sa grandeur infinie, mais du désir qu’il a manifesté en Jésus Son Fils, d’être auprès de nous serviteur de tous.

                   Voilà que nous avons, comme les disciples, à changer notre regard et notre mentalité sur les représentations que nous avons de Dieu, et à demander la grâce de l’Esprit Saint, Esprit d’Amour du Père et du Fils, pour comprendre à quelle grandeur et profondeur va Son Amour pour tous les hommes.

                AMEN !