HOMÉLIE 24ème Dimanche Ordinaire A. Mt 18, 21-35
13 Septembre 2026
“Le Pardon : jusqu’à combien de fois ? »
A la question de Pierre de savoir jusqu’à combien de fois faut-il pardonner, Jésus répond « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois 7 fois ». Pourquoi donc ce chiffre ? Les forts en calcul, ne vous cassez pas la tête (ici, c’est facile : 490 fois !), c’est une vieille histoire qui remonte aux origines de l’humanité. En Gn 4, 15, après que Caïn ait tué Abel, Dieu va mettre un signe sur lui pour que personne, en le rencontrant, ne le frappe et Il dit : « Si l’on tue Caïn, il sera vengé 7 fois. ». Dieu veut tuer dans l’œuf le cycle infernal de la vengeance qui prend rapidement de l’ampleur, puisque, 4 générations après, son descendant Lamek lance à ses femmes ce terrible chant : « J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois ! » Gn 4, 23-24.
Jésus, en reprenant ces chiffres continue d’exprimer la volonté absolue de son Père d’éradiquer totalement toute violence et invite ses disciples à apprendre le pardon.
Mais que c’est difficile de pardonner, surtout à chaud ! Vous connaissez les expressions : « Je ne lui pardonnerai jamais ! » ou « Il m’en a trop fait voir ! » ou encore « Je veux bien être bon mais pas être poire ! ». Autant dire que pardonner n’est pas chose naturelle.
Si Jésus le demande, c’est qu’Il le fait aussi, en particulier sur la croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 24,34). Le Psaume de la messe de ce dimanche, répond à la demande de Jésus à son Père : « Dieu remet loin de nous nos péchés aussi loin qu’est l’orient de l’occident » (Ps 102, 12).
Et si, en se préparant à pardonner, on pouvait créer un espace et un temps où le pécheur pourrait prendre conscience de son péché en le reconnaissant et ainsi se disposer à renaître à l’amour et à la vie ?
C’est valable aussi pour chacun de nous pécheur quand nous prenons conscience de notre péché et des dégâts qu’il a pu causer, en cherchant notre part de responsabilité. Alors, nous pouvons entrer dans un chemin où nous veillerons à ne pas retomber dans ce péché mais au contraire à faire renaître notre capacité à aimer, par la bienveillance, la gratitude, le renoncement à toute forme de jugement qui catalogue ou bien exclut… Nous pourrons même, en toute confiance, aller déposer le fardeau de nos péchés aux pieds de Celui qui donne son pardon et fait renaître "à la vie pour le Seigneur" comme l’écrit St Paul dans la 2ème lecture (Rm 14,2) en recevant le sacrement de Pénitence et Réconciliation.
Mais qu’est-ce que pardonner ? Voici ce qu’écrit le P. Varillon : “… Pardonner, c’est la forme supérieure du don. J’insiste toujours pour qu’on écrive par-donner, avec un petit tiret, pour qu’on mette en valeur le préfixe « par » qui, dans plusieurs langues, signifie à fond, jusqu’au bout…. Les hommes ont toutes les peines du monde à se pardonner vraiment. La forme supérieure du don, c’est le don de la paix. Pardonner, c’est effacer mon ressentiment, piétiner mon orgueil, faire la paix, la construire. Le pardon n’est pas un coup d’éponge, il est une re-création : pardonner, c’est permettre un nouveau départ. Nous sommes là au cœur de la spiritualité. Le refus du pardon, c’est le péché qui ne peut pas être pardonné, par la force des choses.”
Une dernière objection : « De quoi aurais-je l’air si je fais le premier pas, si je pardonne ? » Je réponds : « Tu as l’air de Jésus lui-même : Il pardonne à Pierre qui trahit; à ses bourreaux… »
Alors, demandons sans cesse la force de l’Amour divin, infini, riche en miséricorde: il est le seul à pouvoir nous entraîner à pardonner. Prions sérieusement le Notre Père lorsque nous disons à Dieu : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé… ».
AMEN !
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