mercredi 16 mars 2022

HOMÉLIE 3ème Dimanche Carême C -"Des faits divers qui appellent à la conversion" Luc 13, 1-9 – 19 mars 2022

 

HOMÉLIE  3ème  Dimanche Carême C Luc 13, 1-9

19 mars 2022

 

Des faits divers qui appellent à la conversion :

Mais quelle conversion ?

 

On vient rapporter à Jésus l’événement tragique des Galiléens massacrés par les soldats de Pilate, tandis qu’ils offraient un sacrifice. Jésus pose alors à ses auditeurs la question : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient plus pécheurs que tous les autres… ? » Et il fait aussitôt allusion à un autre événement tragique, celui de la tour de Siloë qui s’est écroulée entraînant la mort de dix-huit habitants de Jérusalem. St Luc est le seul évangéliste à relater cet épisode de la vie de Jésus. Sans doute, parce que, Luc, grec, originaire d’un monde païen où les dieux étaient pourvoyeurs de bienfaits, tout malheur était considéré comme une malédiction de leur part. Les juifs, comme les Apôtres n’étaient pas étrangers à cette manière de penser, qui attribuait toute maladie ou malheur à un péché commis par celui qui en était atteint ou même son entourage. Cela nous est relaté par St Jean, dans le récit de la guérison de l’aveugle-né, où surgit la question des Apôtres : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? ».(Jn 9,2). « Ni lui, ni ses parents ! » Répondra Jésus.

Quelle représentation ont-ils de Dieu ? Un juge qui rétribue de façon implacable ? Ces malheurs ne sont-ils pas le fait de châtiments divins qui tombent sur des pécheurs ? Et le fait d’en être épargnés eux-mêmes ne les rassure-il pas sur leur propre “justice” ?

 

Ces tragédies rejoignent l’innombrable série des catastrophes rapportées par les médias pour lesquelles beaucoup cherchent des explications. Et lorsqu’ils n’en trouvent pas, ils sont tentés de mettre Dieu en cause : soit qu’Il punit, soit qu’Il ne nous aime pas ou qu’Il n’existe pas !

La pensée de Jésus est totalement autre. Il n’y a pas de lien direct de la part de Dieu entre le malheur et le péché : non ! Les Galiléens massacrés n’étaient pas plus pécheurs que les autres Galiléens ! Non ! Les habitants morts à Jérusalem sous la tour de Siloë n’étaient pas plus coupables que les autres habitants de Jérusalem ! Par contre, ces événements sont pour  Jésus une invitation pressante à se convertir : mais que faut-il convertir ?

La parabole du figuier qui ne donne pas de fruit va nous éclairer. Raisonnablement, un arbre qui ne donne pas de fruit au bout de trois ans épuise le sol et n’est bon qu’à être coupé. Quelqu’un de pécheur et qui ne se repent pas, doit être éliminé d’une façon ou d’une autre, semblent sous-entendre les gens rapporteurs du massacre des Galiléens par Pilate. Alors, à travers l’image de ce vigneron qui réclame un délai pour ce figuier, Dieu est tout à la différence de ce propriétaire impatient, qui exige des fruits. En effet, pour Jésus, il en est tout autrement : « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il vive… » (Ézéchiel 18, 23). Lui sait attendre patiemment que le pécheur change, et Il lui apporte ce qu’il lui faut, espérant qu’il pourra se transformer et porter du fruit

« Si vous ne vous convertissez pas… » Quelle conversion faut-il donc faire ? N’est-ce pas celle qui porte sur notre image de Dieu ? Ne faut-il pas changer notre représentation d’un Dieu punisseur en un Dieu tel que le Psaume 102 de ce Dimanche nous le présente « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour » et tel que Jésus nous le manifeste jusque sur la Croix, pardonnant à ses ennemis et accueillant le bon larron ? Sinon, nous mourrons spirituellement, comme cette part d’humanité qui ne fait pas confiance à Dieu et le rejette en déformant ce qu’Il est et ses desseins bienveillants pour elle. Voilà ce qu’il nous faut convertir : une fausse image de Dieu, fabriquée par nos manières toutes humaines de voir les choses et les êtres.

 

Il est vrai que les malheurs peuvent ébranler notre foi en Lui : en fait, ils pourraient nous aider à détruire l’image païenne, que nous avons toujours au fond de nous-mêmes, celle, séduisante, d’un dieu pourvoyeur inlassable de bienfaits, qui est la solution à tous nos problèmes, souffrances et malheurs. Comment se présente-t-Il à Moïse ? Il voit, Il entend et connaît les souffrances de son peuple (Exode 3,7) et Il l’accompagne : Il est résolument avec nous contre tout mal, Lui qui n’est qu’amour. Jésus ne donne pas de réponse au mystère du mal : il demande simplement que nous reconnaissions que les événements tragiques nous échappent bien souvent et que nous n’en sommes pas les maîtres ; il nous invite à les traverser sans jamais en attribuer la cause à Dieu et sans perdre confiance en son Amour infini. Plus encore : Il est avec nous pour les traverser comme Il l’a promis à ses Apôtres en les quittant. (Mt 28,20)

 

Alors, plutôt que de s’en prendre à Dieu, offrons-lui nos mains, la générosité de nos cœurs et l’intelligence à trouver des solutions et des moyens pour aider ceux qui souffrent et être Sa Présence à côté d’eux. 

AMEN !

jeudi 10 mars 2022

HOMÉLIE 2° Dim. Carême C - "La Transfiguration" - Lc 9,28b-36 - 13 Mars 2022

 

HOMÉLIE 2° Dim. Carême  C « La Transfiguration » - Lc 9,28b-36

13 Mars 2022

 

 « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le »

En ce temps-là… C’est la façon habituelle d’introduire un passage d’Évangile dans nos liturgies du dimanche, une manière de dire que les paroles d’Évangile, bien que situées dans le temps, ont une vocation intemporelle et donc sont valables pour nous aujourd’hui.

    Mais dans l’évangile de St Luc, d’où ce passage est extrait, il commence par : « Or environ huit jours après ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques… » Quelles étaient donc ces paroles ? Je vous les résume. Pierre, à la question de Jésus « Pour vous, qui suis-je ? » répond : « Tu es le Messie de Dieu ». Pierre, dans sa foi toute nouvelle, avait “vu”, au-delà des apparences, qui était Jésus. Mais aussitôt après, lorsqu’Il leur annonce sa Passion, sa mort sur la Croix et sa Résurrection, Pierre ne comprend plus. Alors Jésus choisit ces trois disciples que l’on retrouvera plus tard, non plus sur une montagne, mais au pied du Mont des oliviers, à Gethsémani, cette fois-ci, non pour une Transfiguration mais pour une “défiguration”, celle de son agonie. Mais grâce au témoignage de ces trois Apôtres, nous pouvons à notre tour découvrir Jésus tel qu’Il est réellement.

        L’événement advient alors que Jésus prie: « Son visage apparut  autre » Il faudrait traduire par « l’autre », car le mot est utilisé en parlant de deux réalités : c’est un dual (“étèron” et non “allon” qui signifie : autre, différent). Alors, quel peut être l’autre visage du Christ ? Les Apôtres connaissaient son visage humain : ils contemplent à présent son visage divin. Son vêtement est brillant comme l’éclair et ils voient la “gloire” de Jésus, images symboliques attribuées à Dieu.

        Mais ils voient aussi deux personnages de l’Histoire du peuple de Dieu : Moïse, qui a reçu la Loi, la Torah, hrwt, enseignement contenant les volontés divines ; et Élie, qui fut le grand prophète, rappelant sans cesse les exigences de cette Torah de l’Alliance ; tous les deux ayant vécu bien des siècles auparavant. Et tous les deux s’étant rendus au Sinaï, où Dieu leur a parlé et tous les deux, morts dans des circonstances particulières : Moïse, face à la Terre Promise, et dont on n’a jamais retrouvé le tombeau, précise la Bible (Dt 34,6); et Élie, enlevé au ciel sur un char de feu (2 R 6,11). Ils sont les deux témoins de la mission et de la véritable identité de Jésus en continuité avec la Première Alliance.

         De quoi parlent Moïse et Élie avec Jésus ? « De son Exode qui allait s’accomplir à Jérusalem ». Exode du grec, “sortie, départ”. Son Exode sera la Passion et la sortie de cette vie, la mort que Jésus vient d’annoncer huit jours avant à ses Apôtres. Pierre  ne veut pas que cette vue du Christ transfiguré s’arrête ; il veut rester dans cette situation extraordinaire ; il a du mal à quitter sa vision "selon les choses de la terre" pour devenir "citoyens du ciel" écrivait St Paul aux Philippiens (Ph 3,18 - 2ème lecture de ce dimanche) : « Faisons trois tentes » : Il ne s’agit pas de faire du camping sauvage mais  les tentes ne rappellent-elles pas celles du peuple de Dieu dans son Exode, au désert ? N’est-ce pas dans la Tente de la Réunion où se trouvait l’Arche d’Alliance et les tables de la Loi que Dieu rencontrait Moïse et son peuple ? Et Dieu manifestait sa présence par « la nuée qui la couvrait de son ombre ». (Ex33, 7-10 ; 40,34-35). D’ailleurs, il est très probable que la scène se passe au moment de la Fête des Tentes, Soukkot, fête juive à l'automne où l'on récoltait les fruits et où tombaient les premières pluies attendues depuis six mois. Pendant huit jours, les juifs célébraient alors dans la joie le don de la Torah.

        Mais quelle est à présent notre Torah ?

N’est-ce pas Jésus Lui-même qui, à présent, nous conduit à Dieu par son Enseignement et sa Vie ? Il est :     

  • Celui qu’une voix céleste, celle de son Père, nous invite à découvrir comme le Fils qu’Il a choisi, Dieu lui-même.  
  • Celui que nous sommes invités à accueillir et à garder dans notre cœur en l’écoutant. 
  • Celui que nous sommes invités à révéler autour de nous, après être redescendu de la montagne où nous sommes venus l’écouter et goûter sa présence, au-delà des apparences.

Voilà comment nos Messes dominicales peuvent être des “montagnes de Transfiguration”, à condition de les voir au-delà des apparences, dans la foi aux signes que Jésus Lui-même nous a laissés : sa Parole, le Pain de la Vie, la coupe de son sang et la Communauté d’Église, son Corps, rassemblé en son Nom et tous les plus petits d’entre les siens qu’Il nous presse de rencontrer pour les secourir.

AMEN !

jeudi 3 mars 2022

HOMÉLIE du 1er Dimanche de CARÊME- C. "Les Tentations du christ" - 6 Mars 2022. – Lc 4,1-13

 

HOMÉLIE du  1er Dimanche de CARÊME- C.

6 Mars 2022. – Lc 4,1-13 

       Chaque année, le premier dimanche de Carême présente, sous des aspects divers selon les évangélistes, les tentations de Jésus, 40 jours au désert. C’est un moment clé de la Vie du Seigneur.

 Le diable (dia-bolos = celui qui se jette en travers) sait très bien qui est Jésus. Il va lui suggérer de faire ce que les hommes ne peuvent pas faire et donc de renoncer à être un homme comme tout le monde: « Si tu es le Fils de Dieu…», fais ce que les hommes ne peuvent pas faire ! Or Jésus a voulu éprouver ce qu’éprouve l’humanité dans sa fragilité, sans tricher, de façon à l’épouser et la sauver radicalement, et même, la diviniser. Il s’expose donc aux tentations comme nous le sommes nous-mêmes.

 

Mais tout d’abord une remarque de vocabulaire à propos du mot ‘‘tentation’’. Le texte grec original utilise : Péirasmon qui signifie ‘‘épreuve’’. Jésus n’est donc pas tenté, mais éprouvé. Il ne subit donc pas une tentative de séduction, culpabilisante, dans une perspective moralisante, mais une expérience vitale et spirituelle qui relève d’un combat pour la vérité.  La tentation hypnotise,  L’épreuve galvanise. 

Comment va-t-Il affronter ces épreuves ?

D’abord en puisant sa force dans la Parole de Dieu elle-même, celle que nous trouvons dans les Saintes Écritures et dans le cas présent, celle de la Première Alliance (Ancien testament), les voici :

 « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3)

« C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte » (Dt 6,13)

 « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » (Dt 6,16)

En même temps, Jésus va démasquer les trois genres de tentations qui nous séduisent et qui sont toutes contre l’ordre naturel voulu par Dieu :

-      N’est-il pas contre nature que la pierre devienne du pain ?

-      N’est-il pas contre nature que l’homme domine la terre entière ?

-      N’est-il pas contre nature de s’opposer aux lois naturelles que Dieu a créés, ici, celle de la gravité universelle ?

Bien au contraire, notre foi, grâce à la Parole de Dieu, ne nous invite-telle pas à découvrir le dessein bienveillant de Dieu, rempli d’amour ? Reprenons chaque épreuve :

-      St Jean (Jn 6,47) ne dit-il pas que c’est le Corps du Christ, et non pas la pierre, qui a vocation de devenir pain ?

-      St Matthieu, (Mt 28,19), n’écrit-il pas que c’est  Jésus, et non pas un gourou ou un dictateur, qui  envoie ses disciples porter la Bonne Nouvelle au monde entier ?

-      St Paul aux Chrétiens de Philippe, n’écrit-il pas (Ph 2,5-11) que c’est Jésus, qui a fait la volonté du Père jusqu’au bout en s’abaissant jusqu’à la mort sur la Croix, et non celui qui mettrait à son profit la puissance divine au bas du Temple, qui a été glorifié dans sa résurrection ?

-       

Voilà que les tentations/épreuves du Satan ont été prises à rebours. A notre tour de faire comme Jésus, en nous appuyant sur ses paroles, par exemple :

-      Sommes-nous tentés de dire du mal d’un frère ?  « Ce que tu n’aimes pas, ne le fais à personne » (Tobie 4,15).

-      Sommes-nous tentés de refuser le pardon ? « Pardonnes-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » Mt 6,12

-      Sommes-nous tentés de retenir ce que nous pourrions donner ? « Donnez et on vous donnera. C’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on versera dans le pan de votre vêtement, car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi pour vous » Luc 6,38.

 

« C’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste » avons-nous entendu dans la 2ème Lecture de St Paul (Rm 10, 10 : faire de notre combat, forts de la Parole de Dieu, une offrande qui Lui soit agréable et Lui rende gloire, telle est la corbeille, 1ère Lecture (Dt 26,4) que nous pourrons déposer avec les catéchumènes que, ce Week-end, nos évêques appellent au baptême qui aura lieu à Pâques.

 

 AMEN !