lundi 15 août 2016

HOMELIE ASSOMPTION C - Lc 1, 39-56 15 Août 2016



HOMELIE  ASSOMPTION C  - Lc 1, 39-56
15 Août 2016
A ma connaissance, il n’existe pas de créature humaine qui soit aussi humble et aussi vénérée que la Vierge Marie. Outre le “Magnificat”, merveilleux cantique que nous venons d’entendre et qui est repris à chaque office de vêpres par des milliers de personnes, laïcs, prêtres, religieuses ou religieux, je n’ai relevé que cinq paroles de Marie dans les Evangiles.
         Marie la servante, disponible au dessein de Dieu, qui veut devenir l’un d’entre nous, en tout point semblable, hormis le péché. Elle cherche, comme pour l’aider, à connaître par quel moyen va se réaliser ce projet : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme » Lc 1, 34. Une fois éclairée par l’ange, elle donne un oui total : « Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi comme tu l’as dit ! » Lc 1, 38.  Marie permet ainsi à Dieu de réaliser ce Mystère de l’Incarnation, où son Fils demeure pleinement Dieu, tout en devenant pleinement homme. St Paul écrira ainsi aux Galates : « Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né de la femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets  de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale » Ga 4, 4-5. En cela, elle est déjà notre mère.
         Marie louant son Seigneur : Le cantique du Magnificat est entièrement centré sur Dieu et ce qu’Il réalise en elle.
         Marie ne s’évadant pas de notre condition humaine. Non seulement elle évolue dans un monde violent qui a ses propres lois (massacre des saints innocents, passion de son Fils), mais elle éprouve en elle questionnements, angoisse : Lorsqu’elle retrouve Jésus au Temple après deux jours de recherche : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! Ton père et moi, nous te cherchons, angoissés ! - « Pourquoi me cherchez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » » Lc 2, 48-49. Luc nous rapporte qu’ils ne comprirent pas la réponse de Jésus. Cette incompréhension se poursuivra plus tard au sein de sa famille, lorsque Jésus aura commencé sa prédication : « Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler. Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit: "Voilà que ta mère et tes frères et tes soeurs sont là dehors qui te cherchent." Il leur répond: "Qui est ma mère? Et mes frères ?"  Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit: "Voici ma mère et mes frères.  Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une soeur et une mère." » Mc 3, 31-35
                  Marie, attentive aux besoins des hommes et sûre du pouvoir de son Fils. A Cana, s’adressant à Jésus : « Ils n’ont plus de vin » A la réponse étonnante de Jésus : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore arrivée ». Elle poursuit, assurée : « Tout ce qu’Il vous dira, faites-le » Jn 2, 2-5.
                   Marie, compatissante. Quand l’heure de son Fils est venue, elle est là, impuissante au pied de la Croix : « Jésus donc voyant la mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à la mère: " Femme, voici ton fils."  27 Puis il dit au disciple: "Voici ta mère." Jn 19, 26-27.
                   Marie présente à l’Eglise naissante. Elle est assidue à la prière avec les Apôtres, de quelques femmes et des frères de Jésus. Elle se trouvera avec eux, tous ensemble, à Pentecôte pour recevoir le don de l’Esprit Saint qu’elle avait déjà accueillie en elle à l’Annonciation. Ac 1, 14 et 2,1.  
                  Oui, Marie, humble servante « bénie entre toutes les femmes… Toutes les générations te diront bienheureuse »
                   Marie, Toi la Femme, n’es-tu pas celle que nous présentait l’Apocalypse, mettant au monde un enfant mâle qui doit mener toutes les nations… ? N’es-tu pas celle qui reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert ? N’es-tu pas celle que la Tradition nous présente s’endormant au milieu des Apôtres pour être enlevée au ciel comme quelques grands personnages de la Bible : Hénoch, le patriarche, enlevé, car « il suivait les voix de Dieu » Gn 5,23. Elie le prophète, qui monta au ciel dans la tempête sur un char de feu : 2 Roi 2, 11 ; peut-être Moïse, qui mourut face à la Terre Promise et dont on ne retrouva jamais la tombe : Dt 34, 6.
                  Marie, sois aussi notre mère ; sois présente à nos côtés pour nous élever vers ton Fils, maintenant et à l’heure de notre mort,    AMEN !

samedi 13 août 2016

HOMELIE 20ème Dimanche Ordinaire, C - Lc 12,49-53 14 Août 2016



HOMELIE  20ème Dimanche Ordinaire, C - Lc 12,49-53
14 Août 2016


« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division».

Voici des paroles qui peuvent nous laisser perplexes, tant elles vont à l’encontre de l’image que nous avons de Jésus, Prince de la Paix, pardonnant jusqu’à ses ennemis.
Mais Il dit encore : « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il fut déjà allumé ! »  Après cette semaine de terribles incendies, Jésus serait-il pyromane ?
Mais de quel feu veut-il enflammer la terre ?
Comme toutes les images symboliques, en particulier dans la Bible, elles peuvent avoir plusieurs significations : ainsi l’eau qui désaltère mais dévaste aussi ; le vent qui souffle et apporte la vie mais aussi la tempête ; le feu qui détruit mais aussi purifie, réchauffe et révèle.
Il en va ainsi de la paix. Si elle est ardemment cherchée parce qu’elle permet une vie harmonieuse, elle peut, parce que mal établie, préparer de nouveaux conflits : pensez au Traité de Versailles, après la guerre de 1914-18 qui va faire naître un esprit de revanche chez un peuple allemand humilié par les conditions de ce traité de paix.

Plus encore, dans ce passage d’Evangile, Jésus se présente comme un « diviseur », un « diabolos » ! La concorde familiale n’est-elle pas prise à partie ! Il ne fait pas allusion, bien sûr,  aux inévitables conflits traditionnels évoqués bien souvent par une culture populaire entre belle-mère et belle-fille : non ! C’est bien plus profond que cela. Il met en garde contre tout espace fusionnel qui exclue du groupe ceux qui sont différents. Il dénonce ainsi les unités factices faites du « politiquement », « médiatiquement », « culturellement » corrects qui conduisent à des totalitarismes étatiques dont nous sommes encore témoins aujourd’hui, hélas.

Comment éviter cela ?
Ne faut-il pas un vrai baptême, comme Jésus l’a vécu, auquel Il fait allusion, où il y a mort à soi-même pour s’ouvrir, naître aux autres et au Tout-Autre ?

N’est-ce pas l’œuvre de l’Esprit-Saint où, à Pentecôte, il se manifeste comme un feu donné à ceux qui croient et « qui éclaire, purifie » (1 Co 3,13). N’appelle-il- pas à recevoir ce feu d’amour nous mettant en relation vraie les uns avec les autres, se respectant et accueillant leurs différences et particularités ?

Inspirons-nous de l’attitude d’Ebed-Mélek, cet étranger, Ethiopien, qui contre la décision unanime des princes de Jérusalem de jeter le prophète Jérémie dans une citerne jusqu’à ce qu’il meure de faim, vint trouver le roi Sédécias afin de le sauver. Discernons quelles sont les valeurs de nos relations humaines : corporatistes ? Suivistes ? Fusionnelles ? Ou bien ouvertes et bienveillantes, cherchant à comprendre et bâtir une véritable unité faite des richesses de chacun ?

Ne cessons pas de demander l’assistance de l’Esprit-Saint et sa présence en nous.


AMEN !

samedi 6 août 2016

HOMELIE 19ème Dimanche Ordinaire, "Gardez vos lampes allumées" Lc 12,35-40 7 Août 2016



HOMELIE  19ème Dimanche Ordinaire, Lc 12,35-40
7 Août 2016


« Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées ».Lc 12,35

Quel Evangile étonnant ! Renversant même : Jésus nous demande de veiller en tenue de service et d’être prêts à l’accueillir quand Il viendra, et c’est Lui qui prendra la tenue de service, nous fera passer à table et nous servira, chacun à son tour ! Dieu n’est pas bien souvent comme beaucoup l’imagine, à leur image ; Jésus nous introduit dans une connaissance de son Père qui peut nous déconcerter, mais c’est la garantie que ce ne sont pas les hommes qui ont inventé cela : c’est bien le Dieu vrai, révélé en la personne de Jésus qui a lavé Lui-même les pieds de ses disciples avant de les inviter à sa Table Eucharistique.

Mais veiller est parfois bien long et même difficile. Pour certains, la nuit n’en finit pas. Il y a ainsi dans nos vies des moments tristes, sombres et même angoissants : c’est comme s’il faisait nuit. C’est comme si Dieu n’existait pas. Jésus nous recommande alors de tenir nos lampes allumées” : qu’est-ce à dire ?
La première lecture nous en donne une réponse. Notre lampe allumée, c’est notre foi qui veille, qui est active, qui nous fait comprendre que Dieu est là, invisible, mais présent : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » Dernières paroles du Christ dans l’Evangile de St Matthieu. Mt 28,20.
La lettre aux Hébreux, (He 11,1-2.8-19) qui a été écrite au moment où les premiers chrétiens étaient persécutés, nous présente la foi d’Abraham. Il obéit à l’appel de Dieu qui Lui dit de quitter son pays ; il séjourne de campement en campement, comme un étranger sur la Terre Promise ; à la demande de Dieu, il va même jusqu’à accepter de sacrifier le fils de la promesse, Isaac, « pensant que Dieu est assez puissant et fidèle pour ressusciter les morts ! » C’est qu’il attend la cité dont Dieu serait l’architecte.
Il en va de même pour sa femme Sara qui pense que Dieu est fidèle à ses promesses et qu’Il lui donnera un fils malgré son âge.

Comme Abraham, nous sommes des voyageurs et même un peu des étrangers, dans un monde sans Dieu : nous sommes en effet « dans le monde et non pas du monde” (cf. Jn 17,11-18). Comme tous ces témoins de la foi (et il y en a encore beaucoup aujourd’hui), leur patrie et notre patrie, ce sont les cieux (He 11,16).
Tenons-nous  prêts, dans la foi, avec nos lampes allumées pour accueillir Celui qui nous fera passer de ce monde à la patrie céleste, le Christ  Lui-même que nous allons déjà accueillir dans la foi en cette eucharistie.

AMEN !

samedi 23 juillet 2016

HOMELIE 17ème Dimanche Ordinaire C – Lc 11,1-13 24 Juillet 2016




HOMELIE  17ème Dimanche Ordinaire C – Lc 11,1-13
24 Juillet 2016

« Quand vous priez… » Lc 11,2

                   Qui n’a pas ressenti un jour ou l’autre la difficulté de la prière et n’a pas été tenter de se dire : « A quoi çà sert de prier ? Est-ce que Dieu m’entends ? Je ne sais pas prier » Les disciples de Jésus ont eu le même sentiment et c’est en voyant leur maître et Seigneur prier qu’ils lui ont exprimé leur grand désir de l’imiter.
                   Il y a certes bien des genres de prières : louanges, action de grâces, pardon, demande, offrande, écoute de la Parole, que nous retrouvons d’ailleurs tout au long la Messe. Des textes, des formules, des chants  peuvent nous aider à prier. Mais ce qui compte le plus, n’est-ce pas notre disposition de cœur et d’esprit, accompagnée par le corps ?
                   Suivons en cela la prière d’Abraham que la liturgie d’aujourd’hui nous présente en préparation à “l’Evangile de la prière” selon St Luc.
                   Le Seigneur a rendu visite à Abraham au chêne de Mambré. Il lui a annoncé qu’il aurait enfin un fils, Isaac, selon la promesse qu’Il lui avait faite à l’origine de sa rencontre avec lui. Il allait partir vers Sodome et Gomorrhe, dont les conduites épouvantables l’avaient alerté, se préparant à sévir, quand Abraham, se tenant devant Lui, s’avance et se lance dans un véritable plaidoyer.
                   Il commence par une question très orientée, accompagnée d’une objection : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville ? »  Elle est suivie d’un blâme indigné : « Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! » Puis elle est  renforcée par une considération sur le traitement de ce qui est juste et injuste, avec référence respectueuse à la qualité éminente du Seigneur “juge de la terre”.  Quelle magnifique audace, pleine de liberté, de bon sens, de confiance et de respect !
                  Le Seigneur écoute et il exauce le plaidant une première fois à la hauteur de ce qu’il demande. Mais il semble que cela ne  suffise pas à Abraham et ce dernier continue sa plaidoirie, exprimant bien la distance qu’il y a entre lui et son Seigneur. Une deuxième fois donc, Il s’adresse à Lui : « Oserais-je parler encore à mon Seigneur, moi qui ne suis que poussière et cendre ? ». Même réponse du Seigneur. Une troisième fois, Abraham s’accroche, il insiste. Même réponse du Seigneur. Une quatrième fois, Il prévient avec respect la colère du Seigneur. Mais le Seigneur lui fait la même réponse. Il ose encore pour la cinquième fois : même réponse du Seigneur. A la sixième fois, il conclut, s’arrêtant au chiffre dix. Pourquoi ne continue-t-il pas sa plaidoirie qui marche si bien ? Dix, c’est aujourd’hui le nombre minimum d’hommes qui permet aux juifs de célébrer le culte synagogal (miniam) : ce sont comme les représentants du peuple juif qui intercèdent pour leurs frères. Un jour, il y aura un seul Juste qui intercèdera pour tous les hommes et Dieu l’écoutera comme Il a exaucé Abraham.
                   Si Abraham est le père des croyants, c’est bien en raison de son attitude sans complexe et confiante envers son Seigneur.
                   Jésus, dans l’Evangile d’aujourd’hui, confirme cette attitude et la recommande. La vraie prière ne serait-elle pas d’entrer dans les desseins de Dieu qui sont toujours bons et bienveillants, même s’ils incluent des épreuves : Que ton Nom soit reconnu, que ta volonté soit faite… Ne pas avoir peur de demander, même les choses les plus élémentaires, pourvu qu’elles soient dans le sens de la volonté de Dieu. En même temps, chercher quelle est cette volonté. Si nous sommes sincères et déterminés, Jésus nous promet le suprême don du Père, l’Esprit-Saint qui conduira à termes toutes nos demandes et nous établira dans une relation filiale avec Dieu, Trinité Sainte : n’est-ce pas le but ultime de toute prière ? Elle est déjà présence à Celui que nous rencontrerons pour notre plus grand bonheur dans l’au-delà ?  Voilà “à quoi sert de prier” !                  AMEN !