jeudi 15 août 2019

HOMELIE 20ème Dimanche Ordinaire, Année C -"Je suis venu apporter un feu sur la terre..." Lc 12,49-53 18 Août 2019


HOMELIE  20ème Dimanche Ordinaire, Année C - Lc 12,49-53 - 18 Août 2019

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division».

Voici des paroles qui peuvent nous laisser perplexes, tant elles vont à l’encontre de l’image que nous avons de Jésus, "Prince de la Paix", pardonnant jusqu’à ses ennemis. Il dit encore : « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il fut déjà allumé ! »  Jésus pyromane ? Mais de quel feu veut-il enflammer la terre ? De quel feu s’agit-il ? En ces périodes d’incendies ravageurs, il est bon de le préciser !

C’est un feu qui purifie : il aide à choisir  de suivre Jésus qui exclut toute haine, toute jalousie, tout mensonge, tout rejet (surtout des "petits", des malades, des socialement faibles) ; il rejette tout racisme de quelque nature qu’il soit et dénonce toute injustice, tout écrasement du pauvre. Il recherche la Paix, non sans la vérité ; l’unité, non sans le pardon ; le respect, qui n’est pas condescendance envers l’enfant de Dieu que chacun est.
Il est évident que de telles dispositions dérangent et suscitent des oppositions violentes dans la société bien sûr, où il est parfois très difficile d’appliquer cela et de dire sa foi, ou même, par exemple, d’exprimer, sans susciter la dérision, son refus de tout acte portant atteinte à la vie en son début ou en sa fin.
Parfois même, et cela est étonnant,  elles provoquent dans les familles et particulièrement chez les parents, une résistance dissuasive, voire une hostilité envers celle ou celui qui a émis le désir de répondre à un appel du Christ et de se consacrer à Lui au service de ses frères. Feu qui purifie, oblige à choisir : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » Luc 14, 26-27.
Jésus ajoute qu’Il doit recevoir un baptême et que cela l’angoisse avant qu’il ne soit accompli : de quel baptême s’agit-il ? Celui dans lequel Il sera plongé dans Sa mort pour ressusciter à la Vie baptême où il y a mort à soi-même pour s’ouvrir, naître aux autres et au Tout-Autre.

Alors, ce Jésus, impossible à suivre ? Trop dur !
Encore une fois, si nous voulons le suivre par nous-mêmes comme un défi que nous nous donnerions, ou comme une conduite au terme de laquelle nous serions récompensés au vu de nos efforts et nos mérites, c’est peine perdue : tôt ou tard, notre nature humaine nous rattrapera. De plus, Jésus n’a-t-Il pas dénoncé cette manière de faire qui rappelle l’attitude suffisante d’un certain pharisien face à un publicain ? Lc 18,9-14.

Vous avez bien entendu : « Je suis venu apporter un feu… » C’est donc à Jésus qu’il faut demander de nous donner ce feu en nous. Et Il n’attend que cela. Or ce feu, Il l’a initialisé à notre Baptême : « Vous, c’est dans l’Esprit que vous serez baptisés sous peu de jours » (Ac 1,8) promet-Il à ses disciples au moment de les quitter à l’Ascension. Cet Esprit, n’est-il pas le feu de Pentecôte ?
Ce feu de l’Esprit ouvre à une vie nouvelle, à une autre fraternité formée de « ceux qui écoutent la parole et la mettent en pratique » et autour d’un même Père. Mon père, ma mère, mon épouse… me deviennent frères et sœurs autrement, selon l’Esprit d’amour de Dieu.

Donne-nous, Seigneur, ton Esprit de force et de courage pour résister, accueillir les personnes et les évènements, et assumer nos responsabilités humaines et spirituelles d’enfants bien-aimés du Père
AMEN !

mardi 13 août 2019

HOMELIE ASSOMPTION Lc 1, 39-56 - 15 Août 2019


HOMELIE  ASSOMPTION 15 Août 2019
 Lc 1, 39-56

A ma connaissance, il n’existe pas de créature humaine qui soit aussi humble et aussi vénérée que la Vierge Marie. Outre le “Magnificat”, merveilleux cantique que nous venons d’entendre et qui est repris à chaque office de vêpres par des milliers de personnes, laïcs, prêtres, religieuses ou religieux, je n’ai relevé que cinq paroles de Marie dans les Évangiles.
         Marie la servante, disponible au dessein de Dieu, qui veut devenir l’un d’entre nous, en tout point semblable, hormis le péché. Elle cherche, comme pour l’aider, à connaître par quel moyen va se réaliser ce projet : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme » Lc 1, 34. Une fois éclairée par l’ange, elle donne un oui total : « Voici la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi comme tu l’as dit ! » Lc 1, 38.  Marie permet ainsi à Dieu de réaliser ce Mystère de l’Incarnation, où son Fils demeure pleinement Dieu, tout en devenant pleinement homme.
         Marie louant son Seigneur : Le cantique du Magnificat est entièrement centré sur Dieu et ce qu’Il réalise en elle.
         Marie ne s’évadant pas de notre condition humaine. Non seulement elle évolue dans un monde violent qui a ses propres lois (massacre des saints innocents, passion de son Fils), mais elle éprouve en elle questionnements, angoisse : Lorsqu’elle retrouve Jésus au Temple après deux jours de recherche : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! Ton père et moi, nous te cherchons, angoissés ! - « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » » Lc 2, 48-49. Luc nous rapporte que Marie et Joseph ne comprirent pas la réponse de Jésus. Cette incompréhension se poursuivra plus tard au sein de sa famille, lorsque Jésus aura commencé sa prédication : « Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler. Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit: "Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent." Il leur répond: "Qui est ma mère? Et mes frères ?"  Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit: "Voici ma mère et mes frères.  Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère." » Mc 3, 31-35
                  Marie, attentive aux besoins des hommes et sûre du pouvoir de son Fils. A Cana, s’adressant à Jésus : « Ils n’ont plus de vin » A la réponse étonnante de Jésus : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore arrivée ». Elle poursuit, assurée : « Tout ce qu’Il vous dira, faites-le » Jn 2, 2-5.
                   Marie, compatissante. Quand l’heure de son Fils est venue, elle est là, impuissante au pied de la Croix : « Jésus donc voyant la mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à la mère: " Femme, voici ton fils."  27 Puis il dit au disciple: "Voici ta mère." Jn 19, 26-27.
                   Marie présente à L’Église naissante. Elle est assidue à la prière avec les Apôtres, de quelques femmes et des frères de Jésus. Elle se trouvera avec eux, tous ensemble, à Pentecôte pour recevoir le don de l’Esprit Saint qu’elle avait déjà accueilli en elle à l’Annonciation. Ac 1, 14 et 2,1.  
                  Oui, Marie, discrète, humble servante « bénie entre toutes les femmes… Toutes les générations te diront bienheureuse »
                   Marie, Toi la Femme, n’es-tu pas celle que nous présentait l’Apocalypse, mettant au monde un enfant mâle qui doit mener toutes les nations… ? N’es-tu pas celle qui reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert ? N’es-tu pas celle que la Tradition nous présente s’endormant au milieu des Apôtres pour être enlevée au ciel comme quelques grands personnages de la Bible : Hénoch, le patriarche, enlevé, car « il suivait les voix de Dieu » Gn 5,23. Élie le prophète, qui monta au ciel dans la tempête sur un char de feu : 2 Roi 2, 11 ; peut-être Moïse, qui mourut face à la Terre Promise et dont on ne retrouva jamais la tombe : Dt 34, 6.
                  Marie, sois présente à nos côtés pour nous élever vers ton Fils, maintenant et à l’heure de notre mort,    AMEN !

vendredi 9 août 2019

HOMELIE 19ème Dimanche Ordinaire, "Veiller" - Lc 12,35-40 11 Août 2019


HOMELIE  19ème Dimanche Ordinaire, Lc 12,35-40
11 Août 2019

« Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra ».

Ce ne sont pas des paroles en l’air que nous dit aujourd’hui le Seigneur. Qui d’entre nous n’a pas été ému, troublé même  par la brusque disparition d’un proche, d’un ami ? Et il suffit de regarder, d’écouter ou de lire un grand média, télé, radio ou journal, pour être abreuvé, jusqu’à saturation parfois, de dramatiques nouvelles.

Jésus nous demande donc de veiller. Un joli mot en grec : grégoreo, qui a donné en français : Grégoire, le veilleur.
Est-ce si facile que çà de veiller ? Veiller évoque une tension, voire une inquiétude : il ne faut pas “manquer” le bus, le train, l’avion… C’est même dans certains cas fatiguant : veiller un bébé, une personne malade… Et puis, nous avons nos limites et l’état de veille peut se transformer en somnolence, comme les disciples à l’agonie du Seigneur.
Mais est-ce bien de cette veille dont Jésus nous parle, lui qui par ailleurs nous dit : « Ne vous inquiétez de rien : à chaque jour suffit sa peine » ?  Il ne parle pas d’attendre avec inquiétude ou peur comme on attendrait dame la mort avec sa faux, car, à coup sûr, nous ne pourrions être vraiment présent à ce que nous faisons ni aux personnes que nous rencontrons et écoutons. Jésus nous demande de « rester en tenue de service », autrement dit, être bien à ce que nous avons à faire en tenant compte de ce que le Royaume de Dieu est déjà au milieu de nous. Cela entraîne que nous essayons d’agir à la manière de Jésus : de partager, donner, pardonner et de porter attention particulièrement à ceux qui n’intéressent pas ou qu’on ne regarde plus : Dieu se glissera au milieu d’eux. L’attitude de veille demande donc de ne pas nous laisser enfermer dans les réalités terrestres mais de nous ouvrir à la présence de Dieu dans ces mêmes réalités.

Pour cela, il nous faut demander un regard de foi, comme le rappelait l’épître aux Hébreux en nous présentant la foi d’Abraham et de tous les grands croyants de la Bible. Demander ce regard de foi avec confiance. Alors, le Fils de l’homme qui n’a pas d’heure, viendra à notre rencontre et nous invitera à sa table pour nous servir : vous vous rendez compte ! Comment ne pas attendre ce moment avec un certain désir, même s’il nous faut continuer notre route sur cette terre, mais pour combien de temps ? Nul ne le sait ! Alors, veillons !

Que notre eucharistie d’aujourd’hui fasse grandir notre foi en Celui qui déjà nous nourrit de sa présence et fait chemin avec nous en attendant de venir nous chercher pour être toujours avec lui et ceux qui nous ont précédés,   
AMEN !

jeudi 4 juillet 2019

HOMELIE 14ème Dimanche Ordinaire C." Feuille de route pour la mission." - Lc 10,1-12.17-20 7 Juillet 2019


.HOMELIE  14ème Dimanche Ordinaire C. Lc 10,1-12.17-20
7 Juillet 2019

 Feuille de route pour la mission.

    Au seuil de la période tant attendue des vacances, qui, je l’espère vont nous permettre de nous « re-créer » physiquement, psychiquement et spirituellement, voici que l’Évangile de ce dimanche nous présente Jésus envoyant ses disciples en mission et leur donne comme une « feuille de route ».
    Tout d’abord, Il en choisit 72 : 6 x 12. C’est le chiffre symbolique qui désigne dans la Bible (Gn 10,32) le nombre « des nations païennes qui se répartirent sur la terre après le Déluge ». Jésus envoie donc les disciples auprès de tous les hommes à qui le Royaume de Dieu est destiné et ouvert. La mission est donc universelle : sommes-nous aujourd’hui ouverts, les invitants à participer à la vie du Royaume ?
   
    Il les envoie 2 par 2, car selon la loi juive, une parole, un fait, un évènement ne valent que s’ils sont attestés par deux témoins. La mission n’est pas une affaire individuelle mais doit relier à une communauté d’Eglise, Corps du Christ.
   
Il les envoie, mot à mot, « devant sa face », expression qui traduit le caractère sacré de la mission, car il s’agit de préparer la venue du maître.

    Quelles sont les recommandations qu’Il leur donne ?
La première est de « prier le Maître de la moisson ». Rien n’advient du Royaume de Dieu sans l’action de Dieu Lui-même.
Nous coopérons à la construction du Royaume mais nous n’en sommes pas les maîtres d’œuvre. Si la moisson est abondante nous ne sommes les propriétaires ni du domaine, ni de la récolte. C’est pourquoi, au début de la mission, Jésus demande à ses disciples d’annoncer l’Évangile les mains vides. Viendra le temps où Il devra les quitter pour entrer dans sa Passion et Il leur demandera de prendre des moyens pour leur mission : bourse, sac et même épée ! (Non pas qu’Il exhorte les disciples à prendre les armes, Lui qui leur a fait apporter la Paix, mais seulement pour annoncer que la mission comportera des épreuves et des luttes). D’ailleurs, Il les prévient que bien accueillis ou pas, ils resteront les porte-voix du Seigneur : le résultat de la mission ne leur appartient pas.

    Rien ne doit faire obstacle à leur annonce : ni les nombreuses règles et prescriptions alimentaires (la Kashrout) qui peuvent empêcher de partager un repas et l’Évangile avec les païens, ni le risque de passer de maison en maison et de susciter ainsi l’esprit de chapelle (nous dirions aujourd’hui de « clocher »).

    S’ils guérissent les malades et soumettent les esprits mauvais, c’est bien au Nom du Seigneur qu’ils le font.

    Par-delà les épreuves rencontrées, que ce soit hier ou aujourd’hui, Jésus, par sa Croix transfigure les difficultés ou même les échecs apparents de nos missions. C’est ainsi que Paul pouvait en faire son orgueil : « La croix de Jésus-Christ reste mon seul orgueil » (Ga 6,14). Mais en même temps, Jésus nous invite à la joie et nous envoie sur les routes d’aujourd’hui pour préparer le terrain où Lui-même doit passer. Peut-être d’ailleurs y est-il déjà et nous attend pour Le révéler à ceux qui voudront bien l’accueillir.

    Avec Lui, tous ensemble, chacun à notre manière, répondons à son appel ; prions le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson, remercions-Le de nous appeler à cette mission et « réjouissons-nous de ce que nos noms sont inscrits dans les cieux », c'est-à-dire qu’Il soit avec nous jusqu’au bout et même au-delà !  
 AMEN !