HOMÉLIE 11ème Dimanche Ordinaire A – Mt 9,36-10,8
14 Juin 2026
« Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » Mt 9,38
Ce qui frappe tout d’abord dans ce récit, c’est « Jésus qui est saisi de compassion ». Le texte original est très fort : mot à mot, "Jésus est ému aux entrailles". C’est dire sa souffrance envers ces foules « qui étaient harassées et abattues comme des brebis sans berger.» Çà ne sera pas la première fois.
Il le sera de nouveau face aux foules qui le cherchent pour Lui présenter leurs malades et infirmes qu’Il guérit (Mt 14,14). De même, lorsque les foules l’ont suivi et écouté trois jours durant, Jésus s’aperçoit qu’elles n’ont rien mangé car l’endroit était désert. Alors, il invoque son Père et multiplie les pains pour qu’elles soient rassasiées (Mt 15,37).
C’est également envers des personnes marquées par une grande souffrance qu’Il est "ému aux entrailles". Envers deux aveugles à Jéricho qui l’ont suivi et qu’Il guérit (Mt 20,24) ; envers un lépreux tombé à ses genoux auquel Il tend la main, le touche et le purifie (Mc 1,41) et aussi envers le père d’un enfant muet et possédé en (Mc 9,22) ; également, envers la veuve de Naïm, en pleurs, allant porter son fils unique en terre. Touchant le cercueil, Il dit au jeune homme : « Jeune homme, je te l’ordonne, réveille-toi ! » et le rendit à sa mère. (Lc 7,13).
Ainsi, avant même d’envoyer ses disciples en mission vers ces foules, Jésus voit ; avant de donner ses consignes, Il aime, et avant de confier la mission, Il compatit.
En fait, Jésus ne fait que montrer la compassion que Dieu exerce depuis toujours envers son peuple et envers les pauvres. Isaïe écrira : « Cieux, criez de joie ! Terre exulte ! Montagnes éclatez en cris de joie ! Car le Seigneur console son peuple, de ses pauvres Il a compassion ». (Is 49.13)
Si Dieu est si compatissant, pourquoi alors Jésus demande-t-Il à ses Apôtres « de ne pas prendre le chemin qui mène vers les nations païennes et d’entrer dans aucune ville des Samaritains ? ». La compassion de Dieu ne serait-elle pas destinée à ces catégories d’humains ?
C’est mal connaître les désirs de Dieu exprimés dans le même passage d’Isaïe que je viens de citer : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49,6). Oui, vraiment, Dieu s’intéresse à tous les peuples, mais ne dit-il pas à Moïse, dans la première Lecture de ce jour, que « son peuple sera son domaine particulier parmi tous les peuples ? » En vertu du choix qu’Il a fait de ce petit peuple, Il envoie ses apôtres pour leur annoncer qu’il doit recevoir le premier l’offre du salut messianique qu’apporte le Christ. Après sa mort et sa résurrection et le souffle de la Pentecôte, ces mêmes Apôtres partiront dans toutes les directions pour porter la Bonne Nouvelle.
À nous aujourd’hui de goûter d’abord la compassion, la miséricorde et la tendresse de Dieu pour chacun de nous, puis de la porter ou de la révéler à ceux que nous rencontrons, particulièrement à ceux que l’on ne regarde pas habituellement ou qui vivent dans l’épreuve.
Prions Jésus Lui-même dont nous avons célébré ce Vendredi la Fête du Sacré-Cœur, pour que nous soyons petit à petit comme Lui « qui est doux et humble de cœur" et prions « le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ».
AMEN !
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