jeudi 14 janvier 2021

HOMELIE 2ème Dimanche ordinaire. Année B "Voici l'Agneau de Dieu" - Jn 1,35-42 - 17.01.21

 

HOMELIE 2ème Dimanche ordinaire. Année B

17.01.21 - Jn 1,35-42

 

« Voici l’Agneau de Dieu ! ». Comment Jean-Baptiste pouvait-il désigner ainsi, à deux de ses disciples, ce cousin qu’était Jésus, fils de sa tante Marie de Nazareth ? Et comment, tout célébrant, en vous invitant à venir communier, peut-il vous présenter l’hostie consacrée en reprenant les mêmes termes ?

                 

                   Or il se trouve que dans la langue parlée par Jésus et Jean-Baptiste, qui est l’araméen, proche de l’hébreu, le mot qui désigne l’agneau, “talya”, signifie également “jeune homme” et “serviteur”. Lorsque l’évangéliste rapporte, longtemps après, cette première rencontre de Jésus avec ses deux premiers disciples, Jésus a vécu sa Pâque et s’est bien montré le Serviteur qu’annonçait Isaïe sur lequel pesait le péché du peuple et qui par son sacrifice allait le racheter  (Is 53,7 ;10-11) : « Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir, s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire… il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahvé s'accomplira. A la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé. Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes ».

                   Par le don de sa vie sur la Croix à la veille de la Pâque, Jésus était vainqueur de la mort et accomplissait le dessein de Dieu : nous sauver. Dès lors, il a été considéré par les premiers chrétiens comme l’agneau pascal, non pas celui que devaient sacrifier les hébreux avant d’être libérés de l’esclavage d’Égypte, mais celui qui libère de la mort et de l’esclavage du péché. En désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, Jean-Baptiste, en prophète, prédit la destinée de Jésus.

 

                   Ceci semble confirmé par un petit détail qui à priori, semble sans intérêt. L’évangéliste se rappelle l’heure de cette rencontre si importante. « C’était vers quatre heure du soir ». En fait, il est écrit : « C’était environ la dixième heure ». Pourquoi cette précision ? Elle a une valeur hautement symbolique. Car d’après une tradition juive, la veille de la Pâque, il fallait avoir terminé le sacrifice de l’agneau pascal avant la dixième heure pour avoir le temps de le rôtir et pouvoir le consommer durant la nuit de Pâque. Après la résurrection du Christ, les Apôtres comprendront qui est le véritable et définitif Agneau pascal et bien sûr ils se souviendront de cette première rencontre avec leur Seigneur, qui avait du être déterminante pour eux.

                   Ce qui est d’ailleurs remarquable dans cette première rencontre, c’est la manière dont Jésus aborde ses premiers futurs disciples (et pourquoi pas chacun de nous). Il leur pose la question : « Que cherchez-vous ? ». Il n’annonce rien, n’affirme rien : Il nous interroge sur notre recherche. Le désir est la condition pour avancer dans la foi. C’est d’ailleurs la question que l’on pose aux catéchumènes à leur entrée en catéchuménat. Cette question est une invitation à faire la lumière sur nous-mêmes, nos désirs, nos projets, ce qui compte réellement pour nous, ce qui a le plus de prix à nos yeux…

                   La réponse des disciples à la question de Jésus est assez déconcertante : « Maître, où demeures-tu ? » Mais si c’était la bonne, la seule et unique question  que l’on pouvait faire à Dieu: savoir où Il demeure pour être avec Lui, tant Il nous a montré qu’Il voulait être avec nous !

                   La réponse de Jésus est non moins étonnante : « Venez et vous verrez ! » N’exprime-t-elle pas l’infini respect que nous porte Dieu et qui en appelle à notre pleine liberté ?

 

                   A Gethsémani, la question de Jésus à ceux qui viennent l’arrêter ne sera plus : « Que cherchez-vous ? » mais « Qui cherchez-vous ?». Au bout de notre recherche, de notre désir, il n’y a pas des idées, des biens matériels, des réussites, la gloire… que sais-je ! Il y a quelqu’un.

                  

                   En communiant, accueillons l’Agneau de Dieu qui “soulève” nos péchés pour les extirper de notre cœur et de notre pauvre monde et nous invite à le connaître de mieux en mieux et demeurer avec Lui.

                    AMEN !

jeudi 7 janvier 2021

HOMELIE du Dimanche du BAPTÊME du Seigneur Année B - Mc 1,7 -11 - 10/01/2021

HOMELIE du Dimanche du BAPTÊME du Seigneur Année B

Mc 1,7 -11  - 10/01/2021

 

Au terme de ce temps de Noël, nous célébrons déjà  le Baptême du Seigneur. Vous connaissez la signification du mot Baptême : il vient du grec « baptizo » qui signifie : plonger, immerger. Ne prend-il pas aujourd’hui une signification toute symbolique alors que le monde entier est plongé dans une épreuve qui nous atteint tous de façons différentes, certes mais tragiques pour beaucoup.

 

L’Evangile d’aujourd’hui nous présente le baptême que Jean donnait à ses contemporains. Il avait choisi ce geste symbolique pour exprimer la purification et le changement de vie de celui qui demandait à être plongé dans l’eau qui lave et purifie de tout ce qui nous déshumanise : par exemple, juger les autres ; se croire supérieur à eux ; les mépriser ; les prendre comme objet qui nous intéresse ; les tromper quand ça nous arrange ; refuser de partager ; « dépenser son argent pour ce qui ne nourrit pas, se fatiguer pour ce qui ne rassasie pas » dira Isaïe dans la 1ère Lecture et tant d’autres souillures de nos cœurs.

Mais Jésus avait-il besoin de ce Baptême, Lui qui était sans aucune impureté ? Pourquoi alors Jésus vient-Il se faire baptiser ?

Si Jésus demande le Baptême, c’est pour être plongé entièrement  dans l’humanité et être solidaire avec elle qui a bien besoin d’être purifiée et libérée de sa violence.

 

Que faire alors pour l’aider à éradiquer cette violence ?

Deux dispositions fondamentales nous sont offertes. Je les trouve dans la lettre que St Jean adresse aux premiers chrétiens, dont nous avons un extrait dans la 2ème lecture d’aujourd’hui :

1.   Accomplir les commandements de Dieu.

2.   Croire que Jésus est Fils de Dieu 

Garder les commandements de Dieu : aimer Dieu et aimer aussi son frère. « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli. » Jn 4,12. Ces commandements ne sont pas un fardeau car ils nous rendent heureux d’accueillir Dieu Lui-même qui nous permet d’aimer à notre tour et de rendre heureux nos frères.

 

St Jean ajoute autre chose : « Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » Et le Fils de Dieu, sur la Croix, écrasé par le péché des hommes, est plongé, « baptisé », dans la mort mais pour ressusciter trois jours après. La mort est vaincue, le mal est terrassé par l’amour de Jésus qui pardonne : une Vie Nouvelle est inaugurée. C’est ce qu’écrivait St Jean dans la 2ème lecture : « Jésus-Christ [qui] est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement l’eau (allusion au Baptême de Jean), mais avec l’eau et le sang (qu’Il a répandu en mourant sur la Croix). C’est l’Esprit qui rend témoignage ».

Quand ce témoignage de l’Esprit sera-t-il donné ? A la Pentecôte où les Apôtres, ayant reçu l’Esprit-Saint, baptiseront ce jour-là jusqu’à trois mille personnes qui mirent leur foi en Jésus, Fils de Dieu. Voilà pourquoi Jean-Baptiste annonçait un autre Baptême : le Baptême dans l’Esprit-Saint, qui est Dieu.

Aujourd’hui, à  tout homme qui reçoit le Baptême, l’Esprit-Saint est donné, qui nous rend capable d’aimer avec Dieu Lui-même et de vaincre toutes les forces de mort qui semble dominer le monde, en nous comme autour de nous.

 

Alors, à chaque baptême, la voix venant des cieux peut reprendre pour chacun de nous : « Tu es mon fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie ».

 

AMEN !


vendredi 1 janvier 2021

HOMELIE Dimanche EPIPHANIE. Année B – Mt 2,1-12 3 Janvier 2021

 

HOMELIE Dimanche EPIPHANIE. Année B – Mt 2,1-12

3 Janvier 2021

 

ÉPIPHANIE  signifie en grec “Manifestation”. Qu’est-il donc manifesté en cette fête de l’ Épiphanie ? Un “Mystère” : quel Mystère ?  Ce Mystère « c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’ Évangile » (Éphésiens 3, 5-6).

Ce dessein de Dieu envers tous les hommes avait déjà été évoqué par le prophète Isaïe, plusieurs siècles auparavant, avec l’annonce d’un rassemblement de tous les peuples à Jérusalem, à l’initiative de Dieu, comme il nous l’a été proclamé dans la première lecture (Is 60 ,1-6).

L’Évangile nous présente des mages païens, venus d’Orient, qui ont perçu un appel à travers un astre en qui ils ont mis leur confiance pour les conduire au but recherché. Quelle n’a pas été leur surprise de découvrir Dieu en un petit enfant. Ils auraient pu être déçus; cependant en véritables sages et hommes de science, ils ont reconnu les limites de leurs connaissances. C’est pourquoi, pour le trouver, ils se sont adressés aux chefs des prêtres et aux scribes d’Israël. Mais contrairement à eux, qui sont restés dans leur “savoir”, les mages ont cru aux prophéties qu’ils leur ont fait connaître et ils “se sont bougés” et sont venus s’incliner humblement devant l’enfant-Dieu en lui offrant leurs présents. Puis, fidèles à un songe leur recommandant de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. 

Ne serions-nous pas aujourd’hui un peu comme ces mages ? Nous nous sommes déplacés pour venir à la messe dominicale, et nous nous présentons au Seigneur tels que nous sommes, avec notre « paganisme », ce qui, en nous, est étranger à l’Évangile, qui résiste à l’Esprit Saint et que nous ne sommes peut-être pas trop pressés de convertir. Mais nous sommes là aussi avec notre foi, même petite, mais qui nous guide comme une étoile. Comme les mages nous passons par les Écritures que nous venons d’entendre afin de trouver Celui que nous cherchons sans trop le connaître. Serons-nous comme Hérode, qui a eu peur d’être renversé dans son pouvoir installé ? Serons-nous comme les grands prêtres et les scribes du peuple qui ne souhaitaient pas que ce Messie change leurs habitudes, leurs privilèges, leurs sécurités et qui ne voulaient pas s’engager personnellement ?

Puis, à la messe, nous trouvons Celui que nous cherchons : nous Lui nous apportons notre vie, nos demandes, nos offrandes qui ne sont plus l’or ou l’encens mais le pain et le vin qui deviendront le Corps et le Sang de Celui qui a traversé la mort et se donne à nous.

Enfin, nous étant unis à Lui et à nos frères et sœurs ici présents, nous repartirons vers ceux qui ne sont pas là et à qui nous pourrons apporter le rayonnement de sa lumière : elle leur servira peut-être un jour d’étoile !

Comme les mages, bougerons-nous aujourd’hui à notre tour ?

« J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par Lui, de le chercher chaque jour sans cesse » Ecrivait le pape François dans son exhortation "La joie de l’Évangile" Evangelii Gaudium  n°3.

        

AMEN !

vendredi 25 décembre 2020

HOMELIE Dimanche de la Sainte Famille Année B Lc 2, 22-40 - 27 Décembre 2020

 

HOMELIE Dimanche de la Sainte Famille Année B

Lc2, 22-40  -  27 Décembre 2020

 

Entre Noël et le 1er Janvier, Fête de Sainte Marie, Mère de Dieu,  l’Église nous présente pour modèle "la Sainte Famille”

Un paroissien me confiait qu’il avait beaucoup de mal à considérer comme “modèle” cette famille en tout point tellement originale : un fils qui est Dieu, né d’une vierge avec un père adoptif ! Alors, en quoi cette famille si particulière peut-elle être proposée comme modèle pour nos familles ?

         Elle est d’origine toute simple, mais elle va vivre de forts évènements en marchant dans la foi et la confiance en son Dieu, comme leurs ancêtres, les patriarches.

         Cela commence par une “Annonciation” et un accueil confiant d’un merveilleux message mais aussi d’une situation délicate et hors du commun pour Marie et Joseph.

         Puis après l’attente, vient l’humble naissance et la visite  d’autres personnages apportant eux aussi leur message, plus par des actes que par des paroles : les bergers et les mages. Suit la fuite en Égypte et la tragédie des “Saints Innocents”

         Enfin la présentation au Temple et la rencontre avec ces deux “justes” que sont ces “anciens”, Anne et Siméon, livrant à leur tour leurs prophéties et leurs actions de grâce.

         Une famille bien insérée dans l’histoire de son temps, se rendant à Bethléem pour s’y faire recenser ; accomplissant les rites de la présentation du premier-né tel que le voulait la foi de leur peuple ; et obligé de fuir devant la cruauté du tyran de l’époque.

« Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui ».

Voilà : tout revient dans le cours du temps. Rien ne se passera jusqu’aux 12 ans de Jésus, lors d’un pèlerinage à Jérusalem. Jésus essaiera alors de faire comprendre à ses parents qui Il était : « Ton père et moi nous avons souffert en te cherchant ! – Il leur dit : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu’Il leur disait » Lc 2,48-50. Réponse étonnante, mais de quel père s’agit-il ? Joseph, père adoptif ou Le Père des cieux ? Facile pour nous de répondre, qui savons que Jésus est Fils de Dieu. St Luc a simplement voulu nous faire entrer dans le mystère de l’Incarnation dans lequel Jésus est à la fois Dieu et homme par Marie.

Puis plus rien jusqu’aux environs des trente ans de Jésus.

Que comprendre ? Le temps de Dieu n’est pas seulement celui des évènements extraordinaires : il est le temps de tous les jours. La vie de famille n’est pas forcément un “long fleuve tranquille” : elle est humble mais grande par la multitude des gestes d’amour, d’affections, d’écoute, d’échanges, d’obstacles et de conflits dépassés. Elle est grande aussi par la foi. Combien d’actes de foi ont été faits par Marie et Joseph depuis l’Annonciation jusqu’au pied de la Croix, pour Marie ! Faire confiance à Dieu, comme Abraham et Sarah, comme Marie et Joseph, même si à hauteur de vie humaine, l’avenir semble fermé ou extravagant pour nos enfants, nos parents ou nos grands parents, et même cousins, oncles et tantes. Garder confiance quand vient la maladie physique ou psychique de l’un ou l’autre de ses membres, quand les relations conjugales parfois fatiguées par le travail ou la perte des échanges deviennent plus difficiles. Espérer dans le délicat dialogue envers les adolescents ou encore dans la prise en charge de nos parents âgés et devenant dépendants. Etre artisan de paix et de justice dans un monde perturbé par les crises et les tensions sociales et internationales que nous connaissons aujourd’hui.

 

La “Sainte Famille” est celle qui, loin de cacher ou de fuir les inévitables difficultés et blessures de la vie, ose croire, malgré tout, à la présence de Dieu dans son histoire et en particulier, à l’immense force du pardon vrai et de l’amour donné par l’Esprit Saint, cet amour qui peut toujours être vécu et même renaître plus profond encore.

Que le Seigneur bénisse toutes nos familles !

AMEN !