jeudi 15 novembre 2012

EXTRAIT du DISCOURS D’OUVERTURE de Mgr . André VINGT-TROIS


Au sujet du projet de loi du mariage pour tous:

EXTRAIT du DISCOURS D’OUVERTURE
de Mgr . André VINGT-TROIS à l’Assemblée des Evêques de France, Lourdes 3 Novembre 2012

……
3. La loi républicaine.

La crise économique atteint de plus en plus l’ensemble de notre société. Des entreprises ferment et la précarité s’étend. Des actes de violence barbares heureusement isolés, montrent l’extrême fragilité de notre tissu social et le désarroi de nombreuses familles qui ont besoin d’être soutenues et confortées dans leur mission éducative.

C’est dans ce contexte préoccupant que le gouvernement fait passer en urgence des mutations profondes de notre législation qui pourraient transformer radicalement les modalités des relations fondatrices de notre société. Des changements de cette ampleur imposaient un large débat national qui ne se contente pas d’enregistrer des sondages aléatoires ou la pression ostentatoire de quelques lobbies. Nous aurions été heureux, comme dans d’autres occasions, notamment pour les lois de bio éthique, d’apporter notre contribution à ce débat. L’élection présidentielle et les élections législatives ne constituent pas un blanc-seing automatique, surtout pour des réformes qui touchent très profondément les équilibres de notre société. Puisque ce débat n’a pas encore été organisé, nous voulons du moins exprimer un certain nombre de convictions et alerter nos concitoyens sur la gravité de l’enjeu.

Contrairement à ce que l’on nous présente, le projet législatif  concernant le mariage n’est pas simplement une ouverture généreuse du mariage à de nouvelles catégories de concitoyens, c’est une transformation du mariage qui toucherait tout le monde. Ce ne serait pas le « mariage pour tous » (étrange formule qu’il ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre !). Ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous. Les conséquences qui en découlent pour l’état civil en sont suffisamment éloquentes : a-t-on demandé aux citoyens s’ils étaient d’accord pour ne plus être le père ou la mère de leur enfant et ne devenir qu’un parent indifférencié : parent A ou parent B ? La question fondamentale est celle du respect de la réalité sexuée de l’existence humaine et de sa gestion par la société. Alors que l’on prescrit la parité stricte dans de nombreux domaines de la vie sociale, imposer, dans le mariage et la famille où la parité est nécessaire et constitutive, une vision de l’être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des
fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants.

Que pouvons-nous faire ? Face à ces mesures qui menacent notre société, que pouvons-nous faire ? Que devons-nous faire ? Nous devons d’abord inviter à prier puisqu’il s’agit de provoquer et soutenir la liberté de conscience de chacun. Comme pasteurs de notre Église, il nous incombe d’éclairer les consciences, de dissiper les confusions, de formuler le plus clairement possible les enjeux. Comme évêques, nous nous efforçons d’être des interlocuteurs pour les responsables politiques et les parlementaires.

Nous n’hésitons pas à faire appel à leur liberté de conscience pour des projets et des votes qui engagent plus qu’une simple alternance politique. Nous en appelons à leur sens du bien commun qui ne se réduit pas à la somme des intérêts particuliers.  Nous continuons d’appeler les chrétiens, et tous ceux qui partagent  notre analyse et nos questions, à saisir leurs élus en leur écrivant des lettres personnelles, en les rencontrant et en leur exprimant leurs convictions. Comme citoyens, ils peuvent, et peut-être doivent, utiliser les moyens d’expression qui sont ceux d’une société démocratique, d’une « démocratie participative », pour faire connaître et entendre leur point de vue. Les sites de la conférence épiscopale et ceux de nos diocèses présentent toutes sortes d’arguments qui sont finalement assez connus. Une chose doit être claire : nous ne sommes pas dans une défense de je ne sais quels privilèges
confessionnels. Nous parlons pour ce que nous estimons le bien de tous.  C’est pourquoi nous ne mettons pas en avant la question du sacrement de mariage qui est une vocation particulière, mais la fonction sociale du mariage qui ne dépend d’aucune religion.
Notre société est très sensible et vigilante sur le respect dû aux enfants. Elle attend de ses responsables qu’ils prennent la défense des plus faibles et qu’elle les protège. C’est pourquoi, dans cette période il est important de rappeler un certain nombre de droits fondamentaux, qui sont le fruit de la sagesse cumulée de notre civilisation et qui ont marqué sa sortie progressive de la barbarie. Chacun des droits et des impératifs  éthiques qui en découle et que nous énonçons ici s’impose à la conscience morale des hommes, quelle que soit leur croyance religieuse ou leur
incroyance. Aucune règle, et a fortiori aucune loi, ne pourra jamais nous décharger de notre responsabilité personnelle et des enjeux de notre liberté.

1/ Aucun être humain n’a le pouvoir de disposer de la vie de son  semblable, à quelque stade que ce soit de son développement ou de son itinéraire et quels que soient les handicaps dont il peut être frappé ou la détérioration de son état de santé. Chacun de nous est responsable du respect de cet interdit absolu du meurtre et notre société doit s’employer à éliminer les manquements à cette obligation. Dès lors que le respect absolu de la vie humaine ne serait plus la règle défendue par la société, les
individus entreraient dans une dynamique de suspicion et d’angoisse. Qui va décider si et jusqu’à quand je peux vivre, jusqu’à quel seuil de handicap, quel seuil de douleur, quel seuil de gêne pour les autres, quel coût pour la société ?

2/ Tout être humain conçu a le droit de vivre à quelque moment que  ce soit de son développement. Celui et celle qui l’ont appelé à la vie en sont responsables et la société doit les soutenir et les aider dans l’exercice de cette responsabilité. Le respect de l’embryon participe de cette protection que la société doit aux plus faibles de ses membres. Alors que les recherches sur les cellules souches adultes donnent déjà lieu à des applications thérapeutiques et que le prix Nobel de médecine vient d’être attribué au Professeur Yamanaka et au Professeur Gurdon pour leurs travaux sur la reprogrammation des cellules différenciées en cellules pluripotentes, certains voudraient autoriser plus largement encore la recherche sur des cellules souches embryonnaires. De telles recherches restent moralement inacceptables et économiquement hasardeuses.

3/ Tout enfant venu au monde a droit à connaître ceux qui l’ont  engendré et à être élevé par eux, conformément à la Convention Internationale relative aux droits de l’enfant ratifiée par la France en 1990 (article 7 /1 : « L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux. »). Ce droit impose de ne pas légaliser les procréations anonymes qui rendent cet
impératif impossible à tenir. Dans certaines situations exceptionnelles des personnes peuvent, pour le bien de l’enfant, assumer généreusement la responsabilité parentale. Elles ne peuvent jamais se substituer totalement à l’homme et à la femme qui ont engendré l’enfant.

4/ Tout enfant a droit à être éduqué. Cette obligation repose d’abord  sur les parents qui sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. La société doit les soutenir et les aider dans cette mission, aussi bien par les aides financières, qui reconnaissent leur apport pour un meilleur avenir de l’ensemble de notre société, que par des aides pédagogiques qui sont souvent très nécessaires.

L’obligation de l’éducation repose ensuite sur l’institution scolaire  qui a la charge de transmettre les savoirs nécessaires à l’exercice de la liberté personnelle, mais aussi le devoir de développer chez les jeunes la reconnaissance et le développement d’un certain nombre de qualités morales sur lesquelles reposent le consensus social et l’apprentissage de relations respectueuses et pacifiques entre les membres du corps social. Nommer le bien et le mal fait partie de cette responsabilité collective.

5/ Les enfants ou les jeunes délinquants, quels que soient leur statut juridique : français, étrangers, en situation régulière ou non, ne doivent pas être traités par la seule incarcération. Dans une démarche éducative, la punition peut être nécessaire. Elle doit toujours avoir pour objectif la transformation positive de celui qui l’a méritée. Elle ne doit pas éluder les responsabilités des adultes dans le déclenchement, l’organisation ou l’exploitation de la délinquance : réseaux organisés de mendicité, institution du trafic de drogues, prostitution, pornographie publique, etc.

Pour terminer, je voudrais évoquer un droit qui concerne directement l’exercice de notre religion et qui, à ce titre, fait partie des éléments constitutifs de la laïcité, comme l’avait très bien compris et institutionnalisé J. Ferry. Il s’agit du droit des enfants à recevoir une formation chrétienne librement choisie par leur famille comme le complément de leur formation scolaire. Il est trop clair que nous ne sommes plus dans la même situation qu’à la fin du XIX° siècle. Mais puisque le ministre de l’Éducation Nationale veut entreprendre un réaménagement de l’ensemble du temps scolaire et qu’il souhaite le faire dans une pratique de la concertation, il serait assez étrange que cette concertation exclue la consultation de l’Église qui catéchise plus du quart des enfants de France. À ce jour, nous suivons avec intérêt la liste des organisations consultées. Nous attendons toujours de savoir quand et comment nous le serons.

Pour nous, cette question est primordiale puisqu’elle touche plus particulièrement les enfants dont les familles ont le moins de possibilités concrètes d’organiser le temps libre de leurs enfants. Ce sont ces enfants qui ont aussi souvent le plus de difficultés à trouver les chemins d’une bonne insertion sociale. Ils n’y seront pas aidés si le temps de la catéchèse devient une sorte de créneau négligé dans l’organisation du temps scolaire. Les
enfants catholiques, comme ceux des autres religions, ont le droit de disposer d’un temps convenable pour cette formation.


HOMELIE 33ème Dimanche Temps Ordinaire B. Fin du monde ou fin d’un monde ?Mc 13, 24-32 18 Novembre 2012.


HOMELIE 33ème Dimanche Temps Ordinaire B. Mc 13, 24-32
18 Novembre 2012.

Fin du monde ou fin d’un monde ?

N’avez-vous pas entendu dire que la fin du monde serait programmée pour le 21 Décembre prochain ? Cette date marquerait  la fin des  5125 années d'un cycle du calendrier maya, interprétée par certains comme la fin définitive de ce monde !
Et si on prenait un autre calendrier juif, musulman ou chinois, que deviendrait cette date ? Vous voyez que cela n’est pas très sérieux.
Plus répandue est l’idée que la fin du monde sera quelque chose de terrible, apocalyptique,  qui s’abattra sur la terre : une guerre atomique, des tornades, des tsunamis, des tremblements de terre, une épidémie monstrueuse, des animaux gigantesques qui dévoreront les humains… ? Que d’images qui font peur !

Que dit Jésus à ses disciples ? Il utilise Lui aussi les images de son temps : Il annonce une terrible détresse suivie des astres, le soleil et la lune, considérés à l’époque comme des divinités païennes, qui perdent leur éclat ; les étoiles qui tombent du ciel… Il ne faut pas prendre ces images au pied de la lettre. Ce langage annonce tout simplement  la victoire de Dieu sur les forces du mal et en particulier sur l’idolâtrie païenne ; la fin du vieux monde et l’avènement d’un monde nouveau.  Non pas fin du monde, mais fin d’un monde.
Comment  continue-t-Il de présenter cette fin du monde ? De façon très différente. Il parle de sa “venue”. Ce sera un grand moment de lumière et de joie. Celui qui a donné sa vie pour tous les hommes viendra sur les “nuées”, c'est-à-dire là où se trouve notre Père des Cieux. Il fait référence à une vision du prophète Daniel (Dn 7, 13-14) ; les « Cieux », c’est le “monde de Dieu”, où tous les gens s’aiment, parce que tous sont devenus comme Lui. Alors par sa puissance, Jésus, le “Fils de l’Homme”, détruira toutes les injustices; Il dénoncera tous les mensonges et fera la vérité sur tous ; Il ne laissera plus de place à l’égoïsme, à la haine, mais toute la place sera faite à l’amour vrai, au partage, au respect de la dignité de chacun,  à l’union entre tous.

         Si Jésus annonce un événement heureux et définitif, Il nous invite également à l’anticiper pour mieux l’accueillir quand il se produira. Nous ne savons ni le jour ni l’heure de sa venue mais nous pouvons nous y préparer dès maintenant. Sa Parole éclaire déjà notre vie mieux qu’un soleil. En la mettant en pratique, c’est déjà Lui et son Père que nous accueillons : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. » Jn 14,22.

 En ce Dimanche de l’année, le Secours Catholique nous invite de façon pressante au partage avec ceux plus démunis.  Comment répondre à cet appel urgent aujourd’hui puisque l’on a recensé plus de 8 Millions de pauvres dans notre pays et plus d’un milliard dans le monde entier. Nous ne pouvons rester  insensibles et indifférents, craintifs sur notre propre avenir particulièrement en ce temps d’incertitude économique.

Nous, les baptisés, marqués par la Croix de l’amour du Christ et qui écoutons et retenons sa Parole, nous savons que son retour est aussi sûr que, lorsque les branches du figuier deviennent tendres et que les feuilles sortent, c’est bientôt l’été et que Ses Paroles ne passeront pas.
Enfin, quand nous constaterons que  la justice, la vérité et la bonté grandissent dans notre cœur et notre intelligence, alors nous saurons que Jésus, “le Fils de l’Homme” est proche, à notre porte. Ce sera un grand bonheur : nous n’aurons vraiment pas peur !
          
    AMEN !

jeudi 8 novembre 2012

HOMELIE 32ème Dimanche du Temps Ordinaire B. L'offrande de la veuve. Mc 12, 38-44 11 Novembre 2012


HOMELIE 32ème Dimanche du Temps Ordinaire B. Mc  12, 38-44
11 Novembre 2012

"L'offrande de la veuve" 

 L'Evangile de ce dimanche nous présente deux séquences aux personnages bien opposés. D’une part, les scribes, plein de vanité et d’hypocrisie et une pauvre veuve effacée et généreuse. Jésus mets en garde contre l’attitude des premiers qui pourrait être parfois la nôtre si nous n’y prenions garde, et s’intéresse davantage à cette pauvre veuve.
Qu’a-t-elle de si intéressant ?
Au temps de Jésus, une veuve était dans une très grande précarité. Femme dans un monde plutôt masculin, elle était privée de la protection de son mari et de ce fait ne disposait pas de ressources propres ni d’assistance. Elle faisait partie des trois catégories de pauvres que la Bible mentionne tout au long de ses livres : l’orphelin, l’étranger et la veuve. La Loi juive, la Torah, prescrit plusieurs mesures en leur faveur : « Tu ne prendras pas en gage le vêtement d’une veuve » « Tu leur laisseras les épis de blés que tu n’auras pas moissonnés » « « Tu leur laisseras les olives que tu n’auras pas ramassées » « Tu leur laisseras quelques grappes sur la vigne que tu auras vendangée » (Dt 24, 17-22).
Jésus observe donc la foule qui vient apporter ses offrandes au Trésor du Temple. Les riches mettent des grosses sommes : c’est alors, dit-on, que l’on sonnait la trompette pour que les fidèles reconnaissent, admirent et imitent éventuellement ces généreux donateurs. La « pauvre veuve » ne dépose que deux piécettes (un quadrant, le 1/64 d’une journée de travail, autrement dit, pas grand-chose, de fait). Mais pour Jésus, il en va autrement !
« Amen, je vous le dis :… » Parole solennelle, qui va en étonner plus d’un, à commencer peut-être par les disciples. « …cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde ! » Pourquoi ? « … car tous, ils ont pris sur leur “périsseuntos : perisseuntoV” mot à mot : “ce qu’ils ont en plus autour d’eux”, leur superflu », ce qu’il ne leur est pas nécessaire. « …mais elle, de son indigence (de son manque), elle jeta toute sa “bion” (vie, ressources pour vivre) subsistance »
Jésus s’émerveille de cette pauvre veuve. Il nous invite à voir au-delà du visible, particulièrement, le  spectaculaire qui nous attire voire, nous fascine. Certains médias sont redoutables pour cela. Lui, Jésus, nous conduit à ce qui est invisible mais à l’œuvre dans un cœur capable de donner.

La 1ère lecture de ce dimanche (1R 17, 10-16) nous présente également une veuve de Sarepta, au Liban actuel. Celle-ci offre au prophète Elie tout ce qui lui reste de nourriture représentant quelques heures à vivre avec son fils. Elle fait confiance au prophète et, à travers lui, à Dieu. Ces veuves ont su découvrir, sans doute avec l’épreuve de leur deuil, qu’elles n’avaient plus d’autre appui que Dieu seul. Par leurs gestes, elles révèlent où est leur vrai trésor. Jésus ne s’y trompe pas, Lui qui quelques temps après fera la même démarche en donnant sur la Croix tout ce qu’Il a pour vivre, sa vie d’homme.

La veuve de Sarepta, la pauvre veuve du Temple et Jésus sont de la même famille : généreux, humbles et discrets, mais si profondément croyants. C’est ce que Jésus essaye d’apprendre aux disciples qui, comme les scribes, s’intéressent jusqu’au bout aux premières places. Au lieu de cela, Il les invite et Il nous invite à être discrètement généreux, et en même temps, audacieux dans le don d’eux-mêmes.
Que la célébration de cette Eucharistie où le Christ une nouvelle fois se livre à nous, nous aide à voir ce qui est discret, petit aux yeux du monde mais si grand au regard de Dieu. Qu’Il nous donne, par son Esprit Saint, le courage et la grâce de Le suivre.
          
         AMEN !

jeudi 1 novembre 2012

HOMELIE 31ème Dimanche ordinaire B. Quel est le plus grand commandement ? Mc 12, 28b-34 Le 4 Novembre 2012.


HOMELIE 31ème Dimanche ordinaire B. Quel est le plus grand commandement ?  Mc  12, 28b-34
Le 4 Novembre 2012.

“ Quel est le plus grand commandement ? ”
 
Un scribe, un intellectuel juif connaissant bien les Ecritures, s’avance vers Jésus, sans malveillance, et lui pose une question qui peut nous étonner : « Quel est le plus grand de tous les commandements ? »  La Loi juive comporte en effet 613 prescriptions pour les hommes, 365 négatives (autant que les jours de l’année), et 248 positives, (autant qu’il y a d’éléments composant le corps humain, selon la science de l’époque). Il s’en suit nécessairement des problèmes de choix  de priorités d’où la question du scribe.
Jésus lui répond en se référant à l’Ecriture et en citant le premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… » (C'est-à-dire, tu t’attacheras au Seigneur, en particulier en cherchant à comprendre ce qu’Il veut dans ses Paroles). Ce commandement, le « Shema Israël… » « Ecoute Israël… » (Dt 6,4-5), est le Credo qui est récité chaque jour par les juifs ; le second commandement est la citation d’un passage du livre du Lévitique: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18)
Le scribe alors approuve Jésus et ajoute que le rapprochement qu’Il avait fait des deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain  « valait mieux que toutes les offrandes et les sacrifices » : autrement dit, il affirme que le commandement unique de l’amour est le vrai culte rendu à Dieu. Jésus voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, le félicite et pourtant lui dit : “ Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ”
Que lui manque-t-il donc à ce scribe pour qu’il soit dans le Royaume de Dieu ?  Il ne suffit pas de savoir ce que Dieu demande : il faut aussi vouloir et pouvoir le faire ; et comment vivre un amour si exigeant ? Comment respecter un tel commandement ? Le scribe devra attendre encore un peu pour comprendre comment entrer dans le Royaume de Dieu.
En effet, pour entrer dans le Royaume, il faut accueillir en soi l’Esprit de Jésus qui nous a été rappelé à la Toussaint par les béatitudes. Il demande d’accueillir Jésus Lui-même, pétri d’amour, constitué par l’amour, qui a aimé jusqu’au bout et qui par sa mort et sa résurrection peut nous enraciner dans un amour toujours plus grand et plus profond. Il se charge de nos faiblesses en amour, et même de nos erreurs, de nos refus, de nos péchés, et nous donne son Esprit Saint. Il nous communique ainsi la force d’aimer qui va jusqu’au pardon et l’amour des ennemis. Jésus accomplira cela à Pâques, à Jérusalem : par la suite, les Apôtres, témoins, le révèleront après la Pentecôte. Le scribe, comme chacun de nous, pourra alors entrer dans le Royaume avec l’Esprit de Jésus.

L’amour comme seule et unique règle de vie des croyants accomplit ce que la Loi proposait au peuple de l’Alliance. En communiant au Christ, nous entrons en communion avec Dieu et avec nos frères, communion inséparable qui, si elle n’est pas respectée, fait de nous un menteur : « Si quelqu’un dit qu’il aime Dieu et qu’il hait son frère, il est un menteur » 1 Jn 4,20.

Continuons à accueillir le Seigneur pour apprendre à aimer. Rendons-Lui grâce et comme le scribe, chantons : « De quel amour j’aime ta loi ! Tous les jours je la médite ! » Ps 118. 

Mais le Christ n’est-Il pas notre Torah ?

        
AMEN !