vendredi 30 janvier 2026

HOMÉLIE 4ème Dimanche Ordinaire A. "Les Béatitudes " Mt 5, 1-12a - 1er février 2026

 

HOMÉLIE  4ème Dimanche Ordinaire A. Mt 5, 1-12a

1er février 2026

 

 "Heureux les pauvres par l'esprit"

 

Invités au bonheur ! Quel bel Évangile : la charte du Royaume ! Arrêtons-nous de plus près sur la première de ces Béatitudes. « Heureux les pauvres de cœur ! »

Il s’agit bien du mot : Pauvre ptwcoi ptokoï , [et même "qui se blottit, qui se cache" d’où humble, comme celui qui est réduit à mendier parce qu’il est démuni]. Mais le texte original grec ne désigne pas la pauvreté du cœur  "kardia" cardia , mais celle de l’esprit : pneuma, pneuma, mot à mot : « Heureux les pauvres par l’esprit (ou en esprit) ». Ce mot même peut désigner beaucoup de choses : un mouvement de l’air, un petit coup de vent ;  mais aussi le souffle, l’haleine, et par tant, le principe vital qui anime le corps ; il désigne encore l’esprit humain qui permet de penser ; puis l’âme spirituelle ; enfin, dans l’Ancien Testament, la puissance de Dieu, et dans le Nouveau Testament, l’Esprit Saint qui est Dieu.

Nous voyons bien qu’il est difficile de traduire cette Béatitude. Les deux  lectures bibliques de ce dimanche nous permettent de nous orienter vers une compréhension respectueuse de ce beau texte. Elles vont tout à fait dans ce sens. Le prophète Sophonie parle en effet des “humbles du pays, qui font la volonté du Seigneur” (So 2,3) ces humbles, qui selon la promesse de Dieu à Israël, seront son peuple : “Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur” (So 3,12)

 Paul, quelques siècles après, constate que cette prophétie s’accomplit parmi les membres de la jeune communauté chrétienne de Corinthe : “Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu” (Co 1,27).

Les pauvres, en effet, de par leur situation, lorsque leur misère ne les anéantit pas, sont plus facilement ouverts à une présence spéciale de Dieu. C’est à eux que Jésus annonce la Bonne Nouvelle, comme aux autres blessés de la vie. Lc 7, 22.

  Accueillie de la main de Dieu, la pauvreté est identique à l’humilité : sans cette “pauvreté”, toute richesse est trompeuse. Il faudrait donc comprendre  littéralement : “Heureux les humbles de souffle” ceux qui ont le souffle petit, et donc qui ne se gonflent pas d’orgueil, qui ne sont pas remplis d’eux-mêmes : ils ont de la place pour Dieu et leurs frères ! Enfin, on pourrait aller jusqu’à traduire : “Heureux, ceux que l’Esprit rend humble”. Cette béatitude commande toutes les autres : elle est au présent, alors que la plupart des autres sont au futur : “Le Royaume des cieux est à eux”.  Le Royaume des cieux, c’est l’espace divin : ils sont donc dans cet espace-là et Dieu leur est présent de façon invisible encore, mais bien réelle.

Cet Évangile veut nous éviter les fausses pistes vers le Royaume. Il nous invite à nous connaître en vérité et en particulier, à nous interroger sur quoi repose notre foi : nos connaissances spirituelles ou bibliques ? Nos intuitions, Nos réflexions, Nos convictions, celles de notre entourage ?... Qui d’une certaine manière nous donnent notre assurance et même notre fierté d’être chrétien, et dans le fond, tant mieux !

Cependant, il faudrait aussi écouter St Paul qui nous rappelle que c’est Dieu Lui-même (ou Jésus-Christ) qui nous a appelés par grâce. Et nous n’avons pas à témoigner d’un  Évangile qui donnerait  la "force d’âme" ou la "prospérité" , laissant croire que Dieu agit, pour nous croyants, en faisant fructifier nos initiatives sociales, pastorales ou liturgiques, récompensées par un succès en nombre de pratiquants ou en recettes financières !

Ainsi aujourd'hui, devant la croissance des demandes de Baptêmes, de Communions et de Confirmations chez les jeunes et les adultes, il nous faut rester humbles, joyeux d’accueillir  ces personnes comme elles sont, en les écoutant d’abord et en répondant à leurs questions et demandes. Ne nous apportent-elles pas fraîcheur dans notre foi, qui peut se fortifier à leur contact en se renouvelant et en reprenant conscience de tout ce que nous avons reçu du Seigneur. La communion au Christ que nous avons reçue nous a été gracieusement offerte et ne nous appartient que pour la vivre avec joie avec ceux que nous rencontrons.

AMEN !

jeudi 22 janvier 2026

HOMÉLIE 3ème Dimanche Ordinaire A. Mt 4, 12-17 - 25 Janvier 2026

 

HOMÉLIE  3ème Dimanche Ordinaire A. Mt 4, 12-17

25 Janvier 2026

A la voix de Jean-Baptiste, qui s’est tue, succède la Parole de Jésus qui prend le relais dans les mêmes termes : « Convertissez-vous ; car le Royaume des Cieux est tout proche ! » (Mt 3, 2).

Entendrons-nous aujourd’hui ce même appel ? Prenons conscience que ce "Royaume des Cieux" est tout proche, qu’il nous est offert et que nous n’avons qu’à l’accueillir pour que Celui qui nous l’annonce, le Christ, puisse nous faire "passer de l’ombre", dont parlait Isaïe en première Lecture, "à Sa Lumière" en nous.

Alors, à quelles conversions sommes-nous appelés ? J’en vois une pour ma part qui me semble urgente. Notre monde est plongé dans la nuit des affrontements meurtriers, des divisions, des communautarismes et de l’individualisme grandissant. Saurons-nous aller à la rencontre des gens de bonne volonté qui s’efforcent de créer des liens, de rompre des solitudes, de renverser des barrières de préjugés ?  Et au moins pour ceux qui se réclament de Notre Seigneur Jésus-Christ, saurons-nous apprendre et chercher à être tous vraiment d’accord mot à mot “à dire tous la même chose” en son Nom tel que Paul l’écrivait dans sa lettre aux Corinthiens, en deuxième lecture : « Soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions » (1 Co 1,10); rejetons toute revendication d’appartenance politique, sociale, culturelle ou religieuse qui crée les divisions. Il y  en avait à Corinthe au temps de St Paul ; il y en a encore beaucoup aujourd’hui.

Que devons-nous faire ? Tout d’abord écouter et chercher à comprendre ceux qui sont différents de nous. Cet effort qui nous décentre par rapport à nous-mêmes peut nous apporter un air nouveau et nous enrichir. Il ne s’agit pas d’accepter tout à n’importe quel condition, ni de communier à n’importe quel prix, mais de nous laisser interroger par ce que pensent et vivent d’autres que nous, quitte à leur partager nos propres manières de voir et de vivre. Il convient même de questionner sur les raisons de nos différences pour apporter aux vis-à-vis notre propre lumière.

En cette fête de la conversion de St Paul, qui clôt la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, ces dispositions, accompagnées et souvent précédées par la prière, ont produit beaucoup de possibilité de partage et d’enrichissements mutuels. S’il reste encore du chemin à faire, la Bonne Nouvelle du Royaume nous est commune. Le monde a besoin de cette volonté et de ce courage dans la recherche de l’Unité entre chrétiens. Elle est particulièrement importante pour les catéchumènes qui se préparent à entrer dans l’Église par leur Baptême et pour les néophytes qui ont été baptisés en nombre croissant ces dernières années, afin qu’ils ne soient déconcertés par le contre témoignage de croyants qu’ils voulaient rejoindre et qui sont divisés entre eux.

Si Jésus, à la veille de sa mort, a prié le Père « pour que tous soient Un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21), c’est parce que cette Unité n’est pas simplement au bout de nos efforts mais parce qu’elle nous sera donnée par Dieu Lui-même.

Faisons alors monter notre prière vers le Seigneur, soyons attentifs les uns aux autres, aux catéchumènes comme aux néophytes et bien sûr, à nos frères d’autres confessions chrétiennes. Remercions-Le des progrès opérés depuis plus d’un siècle. 

        AMEN !     

mercredi 14 janvier 2026

HOMÉLIE 2ème Dimanche Ordinaire. Année A. "Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui enlève les péchés du monde" (Jn 1,29) - 18 Janvier. 2026

 

HOMÉLIE  2ème Dimanche Ordinaire. Année A. Jn 1.29-34

18 Janvier. 2026

 

« Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui enlève les péchés du monde » (Jn 1,29)

 

Vous avez reconnu la phrase que le célébrant prononce chaque dimanche en vous invitant  à venir communier au Christ. Jean-Baptiste désigne son cousin comme l’Agneau de Dieu. D’où tient-il cette expression ?

Sans doute se souvient-il de la parole du prophète Isaïe au ch. 53,7 qui désigne le Serviteur de Dieu comme un agneau innocent trainé à l’abattoir. Il faut dire qu’en araméen, langue parlé par Jean-Baptiste, Jésus et leurs contemporains, le mot qu’il utilise, "talya",hyflf=” signifie "jeune homme" mais aussi "serviteur" et désigne également un "agneau". L’Évangile de Jean, qui est écrit en grec, a choisi le mot agneau : très probablement en référence à l’agneau pascal qui était sacrifié et consommé  la veille de Pâques, en souvenir de la libération d’Égypte, et que les premiers chrétiens, qui étaient juifs, ont  identifié au Christ mis à mort la veille de Pâques.

Quel sont donc ces "péchés du monde" ?

Dans la Bible, pécher, c’est "rater la cible, manquer son but" : lorsque nous péchons, il y a une erreur, un ratage : "J’aurais dû le faire, je ne l’ai pas fait ; je n’aurais pas dû le faire, je l’ai fait". J’ai raté ma rencontre avec l’autre, et sans doute avec ce que Dieu aurait voulu que je fasse ou ne fasse pas.

L’origine même du péché est plus profonde : elle advient dès le commencement de l’humanité. Cela est raconté de façon imagée dans le second chapitre du livre de la Genèse. Dieu propose à l’homme d’entrer avec lui dans un dialogue d’amour et de confiance symbolisé par le respect d’un interdit concernant "l’arbre de la connaissance du bien et du mal, du bonheur et du malheur". Mais le malin, l’ennemi de l’humanité, désigné comme le serpent, introduit dans l’esprit du premier couple le soupçon sur cet amour, contestant cet interdit: le couple mange et se trouve tout nu, c’est-à-dire rien !

Voilà le péché du monde : douter de notre raison d’être : d’être créé par un amour de Dieu pour chacun de nous. Ce péché du monde est l’ignorance de la réelle nature de Dieu, qui nous aime infiniment. Ce péché associé à des mensonges, des caricatures sur le Bonheur, sur  l’amour, sur l’Église, sur la foi en ce Dieu-Amour, etc…fait fuir les hommes et les éloignent de la Vérité en les empêchant de reconnaître une autre réalité : nous sommes tous enfants de ce Dieu invités à ne former qu’une seule famille humaine.

Jésus au contraire est le "Oui à Dieu". Il a repris le Psaume de notre messe d’aujourd’hui (Ps 39,40) :

« Tu ne demandais ni holocauste ni victime

Alors j’ai dit : "Voici, je viens"

…ce que tu veux que je fasse

Mon Dieu, voilà ce que j’aime »

 

Enlever le péché du monde, c’est nous donner la possibilité de nous libérer de ce refus de Dieu, particulièrement en nous laissant guider comme Jésus par l’Esprit-Saint. Plongés en lui par notre baptême, nous pouvons vivre de cette liberté nouvelle : aimer comme Lui et avec Lui ; pardonner comme Lui et avec Lui ; donner comme Lui et avec Lui.

Il ne s’agit pas seulement d’une démarche individuelle. Membre de l‘Église, nous sommes appelés à être "lumière des nations" et le salut doit arriver "jusqu’aux extrémités de la terre". 

        L’Église Catholique et toutes nos Églises sœurs sont, par la volonté de Dieu, communautés pluriculturelles et plurilingues. Vivre cette réalité concrète de la communion dans la diversité n’est pas dépourvu de tensions et de difficultés. Parfois des expériences malheureuses,  des peurs et des préjugés peuvent amener certains à ériger des murs et à fermer des portes. Mais dans nos Églises, personne n’est étranger : nous sommes tous enfants de Dieu et donc frères et sœurs. C’est bien pour cela que nous sommes invités, toutes confessions ecclésiales confondues, à prier pour qu’advienne notre recherche commune à la réalisation du dessein de Dieu : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé» (Jn 17,21)

        Avec "l’Agneau", ce Jésus-Christ que nous voulons recevoir en communiant au "Pain de Vie", et avec son Esprit-Saint, soyons les témoins vivants de cette fraternité, par notre respect et notre accueil bienveillant de tous ceux qui auprès de nous ont une diversité de langue, de traditions et de coutumes et confessent leur attachement au Christ et à son Évangile

        Oui ! « Heureux les invités au Festin des Noces de l’Agneau »

AMEN !

vendredi 9 janvier 2026

HOMÉLIE du Dimanche du BAPTÊME de JESUS. - Mt 3,13-17 - 11 Janvier 2026

 

HOMÉLIE  du Dimanche du BAPTÊME de JESUS. - Mt 3,13-17

11 Janvier 2026

   

 

« Alors Jésus paraît sur les bords du Jourdain, et Il vient à Jean pour se faire baptiser »

Mais que venait-Il donc faire en ces lieux où J-Baptiste exhortait tout le peuple à la conversion, lui qui était sans péché : qu’avait-Il besoin d’un tel baptême ?  Évidemment, Jean-Baptiste est surpris, mais Jésus lui répond : « Pour le moment…nous devons accomplir ce qui est juste ».

Pour Jésus, accomplir ce qui est juste,  c’est rencontrer en profondeur notre humanité et lui faire découvrir Dieu, qui l’aime infiniment. S’unir à elle et d’abord à son peuple que Jean appelle à ne plus se tenir loin de Dieu et de ce qu’Il veut de bien pour nous, par un baptême de conversion.

 En demandant à Jean de Le baptiser, Jésus manifeste ainsi Sa  solidarité avec chacun, hormis le péché, pour le sauver de tout ce qui conduit à une mort plus ou moins lente par égoïsme, volonté de puissance ou recherche de nourritures qui déçoivent toujours davantage.

Des siècles auparavant, le prophète Isaïe présentait ce serviteur de Dieu comme un personnage discret qui ne s’imposera  pas par la force ou la menace ; qui ne profitera pas de la faiblesse des autres pour prendre le pouvoir sur eux…Qui tracera sa route, ne faiblira pas : « Il n’écrasera pas le roseau froissé ; il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité » Is 42, 3.

Saint Pierre, au Centurion païen Corneille qui lui avait demandé de le rencontrer, présentera le serviteur Jésus comme « Un homme qui passait en faisant le bien » Ac 10, 34. 

Jésus est donc baptisé par Jean. Le Père Lui donne raison et les cieux, si longtemps fermés par les infidélités de son peuple, se déchirent pour que l’Esprit soit donné et que Jésus soit reconnu comme « le Fils bien-aimé en qui le Père a mis tout son amour ». Ce Fils bien-aimé n’en est qu’au début de sa mission. Elle le conduira à un autre Baptême : celui de sa Passion, de sa mort et de sa Résurrection. Alors, l’Esprit que le Père a promis d’envoyer sera répandu sur tout disciple qui désirera être baptisé au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et qui aura pour mission de continuer celle du Christ : faire vivre les hommes dans l’amour, par la paix, la bonté, la compassion, le pardon.

Frères et sœurs, quel abîme entre ce qui nous est donné à voir aujourd’hui à travers nos actualités, par les chefs de différents  pays, par les dirigeants de certaines entreprises, par toutes les formes de violences dont nous sommes informés : criminelles, politiques, sociales, sportives, religieuses, qui veulent imposer par la force leur toute puissance afin de réaliser leurs desseins dominateurs !

Mais attention : cet état d’esprit ne nous atteint-il pas aussi par moment ou petit à petit, nous laissant à penser qu’il n’y a pas d’autre manières de faire et de voir les situations autrement, sinon en recherchant ensemble les solutions qui éviteraient les conflits ?

C’est ainsi que Jésus use d’une tout autre puissance : celle d’apporter sa lumière par Son Enseignement, Sa Parole, qui donne place à la faiblesse et à l’homme tel qu’il est dans son mal. En les prenant en compte, Il libère, Il guérit et avant même de donner sa vie, Il  promet de répandre en nous  Son Esprit d’Amour qui rend possible le relèvement, le pardon, la vie qui renaît.

 

Ce qui peut nous paraître impossible, irréalisable, utopique,  n'hésitons pas à le Lui demander dans notre prière quotidienne, pour qu’Il nous aide à Le suivre et à "accomplir ce qui est juste". Dans la foi, puisons dans la grâce toujours présente de notre Baptême et notre Confirmation  et "passons notre vie en faisant le plus de bien possible".

 

         AMEN !