HOMÉLIE 4ème Dimanche Ordinaire A. Mt 5, 1-12a
1er février 2026
"Heureux les pauvres par l'esprit"
Invités au bonheur ! Quel bel Évangile : la charte du Royaume ! Arrêtons-nous de plus près sur la première de ces Béatitudes. « Heureux les pauvres de cœur ! »
Il s’agit bien du mot : Pauvre ptwcoi ptokoï , [et même "qui se blottit, qui se cache" d’où humble, comme celui qui est réduit à mendier parce qu’il est démuni]. Mais le texte original grec ne désigne pas la pauvreté du cœur "kardia" cardia , mais celle de l’esprit : pneuma, pneuma, mot à mot : « Heureux les pauvres par l’esprit (ou en esprit) ». Ce mot même peut désigner beaucoup de choses : un mouvement de l’air, un petit coup de vent ; mais aussi le souffle, l’haleine, et par tant, le principe vital qui anime le corps ; il désigne encore l’esprit humain qui permet de penser ; puis l’âme spirituelle ; enfin, dans l’Ancien Testament, la puissance de Dieu, et dans le Nouveau Testament, l’Esprit Saint qui est Dieu.
Nous voyons bien qu’il est difficile de traduire cette Béatitude. Les deux lectures bibliques de ce dimanche nous permettent de nous orienter vers une compréhension respectueuse de ce beau texte. Elles vont tout à fait dans ce sens. Le prophète Sophonie parle en effet des “humbles du pays, qui font la volonté du Seigneur” (So 2,3) ces humbles, qui selon la promesse de Dieu à Israël, seront son peuple : “Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur” (So 3,12)
Paul, quelques siècles après, constate que cette prophétie s’accomplit parmi les membres de la jeune communauté chrétienne de Corinthe : “Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu” (Co 1,27).
Les pauvres, en effet, de par leur situation, lorsque leur misère ne les anéantit pas, sont plus facilement ouverts à une présence spéciale de Dieu. C’est à eux que Jésus annonce la Bonne Nouvelle, comme aux autres blessés de la vie. Lc 7, 22.
Accueillie de la main de Dieu, la pauvreté est identique à l’humilité : sans cette “pauvreté”, toute richesse est trompeuse. Il faudrait donc comprendre littéralement : “Heureux les humbles de souffle” ceux qui ont le souffle petit, et donc qui ne se gonflent pas d’orgueil, qui ne sont pas remplis d’eux-mêmes : ils ont de la place pour Dieu et leurs frères ! Enfin, on pourrait aller jusqu’à traduire : “Heureux, ceux que l’Esprit rend humble”. Cette béatitude commande toutes les autres : elle est au présent, alors que la plupart des autres sont au futur : “Le Royaume des cieux est à eux”. Le Royaume des cieux, c’est l’espace divin : ils sont donc dans cet espace-là et Dieu leur est présent de façon invisible encore, mais bien réelle.
Cet Évangile veut nous éviter les fausses pistes vers le Royaume. Il nous invite à nous connaître en vérité et en particulier, à nous interroger sur quoi repose notre foi : nos connaissances spirituelles ou bibliques ? Nos intuitions, Nos réflexions, Nos convictions, celles de notre entourage ?... Qui d’une certaine manière nous donnent notre assurance et même notre fierté d’être chrétien, et dans le fond, tant mieux !
Cependant, il faudrait aussi écouter St Paul qui nous rappelle que c’est Dieu Lui-même (ou Jésus-Christ) qui nous a appelés par grâce. Et nous n’avons pas à témoigner d’un Évangile qui donnerait la "force d’âme" ou la "prospérité" , laissant croire que Dieu agit, pour nous croyants, en faisant fructifier nos initiatives sociales, pastorales ou liturgiques, récompensées par un succès en nombre de pratiquants ou en recettes financières !
Ainsi aujourd'hui, devant la croissance des demandes de Baptêmes, de Communions et de Confirmations chez les jeunes et les adultes, il nous faut rester humbles, joyeux d’accueillir ces personnes comme elles sont, en les écoutant d’abord et en répondant à leurs questions et demandes. Ne nous apportent-elles pas fraîcheur dans notre foi, qui peut se fortifier à leur contact en se renouvelant et en reprenant conscience de tout ce que nous avons reçu du Seigneur. La communion au Christ que nous avons reçue nous a été gracieusement offerte et ne nous appartient que pour la vivre avec joie avec ceux que nous rencontrons.
AMEN !