vendredi 26 décembre 2025

HOMÉLIE Dimanche Sainte Famille. Année A. Mt 2, 13-15.19-23 - 28 Déc. 2025

 

HOMÉLIE  Dimanche Sainte Famille. Année A. Mt 2, 13-15.19-23

28 Déc. 2025

 

"Il n'est pas bon que l'humain soit seul, 
je vais lui faire une aide qui sera comme son vis-à-vis" (Gn2,18)

« Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : “D’Égypte, j’ai appelé mon fils” » Mt 2,15 « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : “Il sera appelé Nazaréen” » Mt 2,23 et encore, dans le texte du massacre des saints innocents que la liturgie d’aujourd’hui n’a pas retenu et qui se situe entre les deux passages que nous avons entendus : « Ainsi s’accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie… » Mt 2,18. Cette insistance sur l’accomplissement des Écritures pourrait laisser entendre que Dieu réalise ses projets quoiqu’il arrive et télécommanderait ses créatures pour qu’elles accomplissent ses volontés. C’est oublier un peu vite que Dieu s’adresse avec un grand respect aux hommes et aux femmes auxquels Il s’adresse : certains d’ailleurs, comme Moïse, Jérémie et jusqu’à Zacharie, père de Jean-Baptiste, lui opposent des résistances. D’autres, davantage “ajustés” au désir de Dieu, comme Marie et Joseph ou encore Siméon, manifestent une hâte à accomplir les demandes du Seigneur. Il n’en demeure pas moins que ces derniers gardent leur liberté et savent prendre des initiatives personnelles comme Joseph qui, craignant que le fils d’Hérode, Arkélaus, régnant sur la Judée, aurait pu avoir les mêmes intentions que son père, averti en songe, décide de  s’installer à Nazareth. Ces références constantes aux Écritures sont là pour confirmer que Dieu est fidèle à ses promesses. Par ailleurs, Matthieu écrit pour des juifs qui ont besoin de cette continuité avec la première Alliance.

Mais pourquoi a-t-on choisi ce texte d’évangile pour la fête de la Sainte Famille ?

Ce passage de l’Évangile de St Matthieu met en évidence le rôle très discret mais non moins réel de Joseph, qui veille en responsable sur la famille que Dieu lui a confiée. Dans une société patriarcale, c’est bien le père qui prenait les décisions importantes. C’est bien pourquoi, en écoutant tout à l’heure la lettre de Saint Paul au Colossiens, certains ont pu être choqués de la recommandation qu’il fait aux femmes : « Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ». Saint Paul ne pouvait pas dire autre chose dans ce type de société où le père avait plein droit sur les membres de sa famille, en vertu de sa responsabilité. Mais ce à quoi personne ne s’attendait à l’époque, c’est la recommandation qui suit, adressée cette fois-ci aux maris : « Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréable avec elle » Et Paul de continuer de recommander aux enfants d’écouter leurs parents, et aux parents, de ne pas exaspérer leurs enfants. « Dans le Seigneur, c’est cela qui convient, c’est cela qui est beau ! » Ces recommandations, radicalement nouvelles, ne sont-elles pas l’application de la recommandation plus générale que Paul nous adressait à tous au début de ce passage de sa lettre : « Revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous mutuellement et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire ».  

Ces recommandations sont à vivre d’abord au cœur de notre famille, qui sera la meilleure école d’amour pour parents et enfants, mais aussi pour les vivre avec la famille plus large des frères dans la foi et enfin, avec l’immense famille humaine que Dieu aime.

Au début du Livre de la Genèse, Dieu se prend à dire « qu’il n’est pas bon que l’homme (l’humain, Adam) soit seul. Je vais lui faire une aide comme son vis-à-vis ». Combien de vis-à-vis nous ont été donnés pour que nous puissions nous découvrir chacun personnellement et nous construire, grâce à eux, tout au long de notre vie, aujourd’hui encore ?

La famille ne réunit-elle pas ces premiers vis-à-vis ?

Rendons grâce à Dieu pour nos familles et prions et soutenons celles et ceux qui en sont privés.

Que le Seigneur bénisse et soutienne nos familles et « Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait le l’unité dans la perfection »

AMEN !

mercredi 24 décembre 2025

Homélie de Noël - 25 décembre 2025

 

Homélie de Noël

Le Fils du Père veut être un homme comme tout le monde, sans faire semblant, sans tricher ; mais en même temps, Il nous respecte tellement qu’Il ne veut pas prendre la place d’un petit d’homme, qui serait le fils de Joseph et de Marie. Alors, Il demande à un femme de façonner 40 semaines cet enfant : Marie a accepté avec une foi simple et immense. Et Il demande à Joseph de le faire entrer dans la lignée humaine, qui plus est, messianique, comme le mérite tout enfant. Cette manière de faire de Dieu nous dépasse ; cette délicatesse et ce respect de Dieu fait notre admiration. Non, vraiment, ce ne sont pas les hommes qui ont inventé cette merveilleuse Histoire : elle ne fait que commencer à Noël : elle continuera de nous étonner au long de la vie du Christ et aura son sommet dans sa mort et sa Résurrection. L’amour de Dieu n’est pas petit et on comprend le sens de ce Mystère dans la belle phrase de St Irénée de Lyon : " Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu". Remercions-le du fond du cœur de nous appeler tous à cette dignité. Que ce soit votre joie !

jeudi 18 décembre 2025

HOMÉLIE 4ème Dimanche de l’Avent. Année A. "Emmanuel, Dieu avec nous " Mt 1, 18-24 - 25 Déc. 2025

 

HOMÉLIE  4ème Dimanche de l’Avent. Année A. Mt 1, 18-24  - 25 Déc. 2025

"Emmanuel" Dieu avec nous.  

Les textes des Écritures, à la veille de Noël, nous plongent au cœur de l’histoire humaine à la fois collective et personnelle.

Lorsque le Seigneur envoie le prophète Isaïe auprès du roi Acaz, roi de Juda, descendant de David, vers 734 avant Jésus-Christ, la situation du Royaume de Juda n’est pas brillante : ses deux voisins, le roi de Samarie et le roi de Damas, ont décidé une expédition punitive contre Jérusalem qui tentait de faire alliance avec le roi d’Assyrie. La dynastie davidique est alors menacée et risque d’être interrompue. Isaïe, devant le manque de foi du roi Achaz, roi de Juda, le reprend vertement : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! » (Is 7,13). Isaïe lui annonce quand même qu’un fils va lui être donné, promesse d’un avenir, et avant même que cet enfant ait atteint l’âge de raison, les ennemis seront vaincus. C’est ce qui se réalisa en 721.

Dieu intervient dans le cours de l’histoire. Il agit en faveur de son peuple. Il est l’Emmanuel, « Dieu avec nous ». Quel en est le signe ? Matthieu alors cite cette prophétie d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture de ce dimanche  « Voici que la vierge concevra… ». (Is 7,14)

Dans le cas de Joseph, Dieu intervient d’une manière encore plus affirmée. Ici auprès d’un descendant de David afin que soit accomplie la prophétie faite à David lui-même par le prophète Nathan. (2 Samuel 7,11-12). Et pourtant, la situation de Joseph est embarrassante : il est fiancé à une jeune fille qui est enceinte. Or Joseph est un homme juste. Mais en quoi est-il juste ? Il devrait appliquer la loi qui, dans ces circonstances, exige que l’on répudie publiquement celle qui a fauté. Il est certainement bon ; il ne veut pas faire de mal, ni de scandale ; il a sans aucun doute une grande estime pour Marie et, ce qu’elle a dû lui dire, le conduit à ne pas s’attribuer la paternité d’un enfant qui n’est pas le sien, dont il pressent qu’il est hors du commun. Il ne veut pas s’immiscer dans le projet de Dieu qui le dépasse.

C’est alors qu’intervient l’ange du Seigneur pour lui révéler l’origine divine de cet enfant et lui faire une double demande : prendre pour épouse Marie, qui a risqué elle-même pour Dieu sa propre réputation  et donner à cet enfant une ascendance davidique, « messianique , « christique » accomplissant les Écritures, « né de la race de David » comme l’écrira St Paul aux Romains (Rm1, 3). Et Joseph fait ce que Dieu lui demande : il est juste, c'est-à-dire “ajusté” à Dieu.

Les desseins du Seigneur ne sont pas les nôtres. Ils surprendront davantage lorsque l’on découvrira que ce « Messie », ce « Sauveur », montrera un chemin de bonté, d’attention aux petits et aux malheureux là où beaucoup attendait un Messie puissant et vengeur face à l’oppression romaine. Lui-même épousera la souffrance et la détresse humaine à l’extrême jusqu’à en mourir manifestant à quel point « Dieu est avec nous ». Mais par sa résurrection, écrit St Paul,  Il sera établi Fils de Dieu. Il sera aussi « Le Seigneur qui Sauve » « Jésus » « Yeoshua »

 

L’Évangile d’aujourd’hui où Dieu entre en la personne de son Fils dans l’histoire humaine, ouvre le temps de la Bonne Nouvelle à laquelle nous sommes appelés. Quelle est-elle ?

Tout d’abord, prendre conscience qu’à aucun moment nous ne sommes seuls puisque Dieu est avec nous jusqu’à la fin des temps. C’est d’ailleurs une des grandes révélations présente tout au long de la première Alliance. Dieu ne demande-t-Il pas à Abraham : « Marche en ma présence et soit intègre ” ? (Gn 17,1). Ne promet-Il pas à Moïse : « Je serai avec toi  » au moment de l’envoyer auprès de Pharaon pour libérer son peuple ? Et encore, que répond le prophète Michée à ses contemporains, croyant satisfaire Dieu par des pratiques cultuelles tout en ignorant la morale ? « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6,8). Voilà donc ce leitmotiv qui court de siècles en siècles.

 

Cette présence de "Dieu avec nous" est-elle Bonne Nouvelle pour chacun d’entre nous ?  Bon et joyeux Noël !     

 

 AMEN !

mercredi 10 décembre 2025

HOMÉLIE 3ème Dimanche de l’Avent. Année A. "Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? " Mt 11,2 - 14 Décembre 2025

 

HOMÉLIE  3ème  Dimanche de l’Avent. Année A. Mt 11, 2-11

14 Décembre 2025

 

« Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » » Mt 11,2

 

Étonnante cette question que les disciples de Jean-Baptiste adressent à Jésus, alors qu’il a été enfermé dans son cachot par le roi Hérode. Ne laisse-t-elle pas apparaître de sa part un certain désarroi devant un messie qu’il n’attendait pas sous cette forme ? Comment Jésus va-t-il lui répondre ? Va-t-il se justifier ?

Comme bien souvent, Jésus ne répond pas directement, mais il invite les disciples de Jean à se faire une opinion à partir de la réalité de ce qu’ils voient : les aveugles, les boiteux, les lépreux, les sourds, les morts, les pécheurs et les pauvres ont repris vie. La prophétie d’Isaïe que nous avons écoutée en première Lecture (Is 35,1-10) s’accomplit et Jean qui la connaissait bien ne va pas s’y tromper : Jésus est vraiment l’envoyé de Dieu, le Messie ; ses paroles et ses actes l’attestent.

 

Aujourd’hui, comme Jésus invitait Jean Baptiste à le faire, Il nous demande de regarder ce qui nous entoure et de discerner la valeur d’une action, d’un évènement en « reconnaissant l’arbre à ses fruits » Mt 7,20. En particulier, Il attire notre attention vers ceux dont « les mains sont défaillantes » (Isaïe, 1ère lecture de ce Dimanche) : comprenons “ceux qui ne sont pas sûrs d’eux-mêmes et qui n’osent pas faire…” ; ceux dont «  les genoux fléchissent » comprenons “ceux dont le poids de la vie est trop lourd, qui sont épuisés et menacent de tomber”. Bref, il nous dit d’aller vers ceux qui sont vulnérables.

Ce n’est pas si facile car nous devons faire un discernement qui n’est pas toujours aisé. Mais aussi, parce que nous sommes en général attirés, à l’instar de notre société, par ceux qui sont forts, sûrs d’eux-mêmes, habiles, efficaces, qui réussissent, bref vers ceux qui sont performants.

 

 Une fois les disciples de Jean partis, Jésus s’adresse aux foules en faisant le plus bel éloge de ce « "plus que prophète" ; le messager envoyé par Dieu pour préparer le chemin du messie ; aussi est-il le plus grand parmi les enfants des femmes » 

Et pourtant, « le plus petit dans le Royaume des cieux  est plus grand que lui » Pourquoi ?

Rassurez-vous : il n’y a pas concurrence entre Jean-Baptiste et Jésus, mais avec Jésus, le Règne de Dieu tant attendu est enfin là ; il y a un changement dans l’histoire de l’humanité. Jean Baptiste pouvait énergiquement dénoncer le mal, mais il ne pouvait le vaincre, ni pardonner et habiter les cœurs.

 

Par notre Baptême, Jésus ressuscité nous unit à sa cause et aujourd’hui, les chrétiens sont crédibles dans la mesure où ils sont fidèles à son Évangile et font comme Lui. Elle va certes à l’encontre de ceux qui suivent l’esprit du monde, mais la présence de Jésus et la mise en pratique de Sa Parole peut les sauver de leur mal être, de leur mal de vivre, de leur course effrénée vers ce qui ne les comble pas, leur laisse un goût amer, les déçoit, les abandonnent dans un grand vide au cœur et même parfois au corps qui les plonge dans la déprime.

 

En préparant Noël, prenons davantage conscience qu’avec Jésus nous pouvons agir sur le monde pour le faire évoluer et même changer avec la force de l’Esprit du Ressuscité. Comme les disciples d’Emmaüs qui Le découvrirent  alors qu’ils ne s’y attendaient vraiment pas, soyons témoins de cette joyeuse espérance qui sait reconnaître les signes discrets mais réels de la venue du Seigneur, tout spécialement auprès des plus blessés de la vie.

« Soyons dans la joie du Seigneur, soyons toujours dans la joie : le Seigneur est proche » (Ph 4, 4.5)

AMEN !